Syst» de l'Egl; liv. I- ahaD. xn, pag. 98. 99. joq
SUR LES LETTRES DE M. JlfRIEU. 431
de la parole de Dieu ne peut demeurer sans produire quelque véritable sanctification , et le salut de quelques-uns. »
Mais peut-être qu'on croira que, pour avoir cet effet, il faudra, selon le ministre, que cette parole soit prêchée dans sa pureté? Point du tout; puisqu'il met au nombre des sociétés où la prédication a son effet des églises séparées entre elles de communion et de doctrine : telles que sont « l'éthiopienne, jacobite, nestorienne, grecque, et généralement toutes les communions de l'Orient, » quoiqu'elles soient a dans une grande décadence ' : » d'où il conclut que « Dieu peut se conserver des élus dans des communions et dans des sectes très-corrompues; » jusque-là qu'il s'en est conservé dans l'Église la plus corrompue et la plus perverse de toutes, qui est a Pantichrétienne, » d'où il fait sortir les cent quarante-quatre mille marqués dans l'Apocalypse, c'est-à-dire, un très-grand nombre d'élus; et tout cela par ce principe général, que « la parole de Dieu n'est jamais prêchée en un pays, que Dieu ne lui donne efficace à l'égard de quelques-uns : » encore, comme on voit, qu'elle soit si loin d'y être prêchée purement.
Le principe fondamental sur lequel il appuie cette doctrine, c'est, dit-il, que la parole de Dieu, a écrite et prêchée, » est pour les élus 2, et ne seroit jamais adressée aux réprouvés, s'il n'y avoit parmi eux des élus mêlés : ce qu'il prouve finalement, et comme pour mener les choses au premier principe, en disant, que « ce ne seroit pas concevoir un Dieu sage et miséricordieux, s'il faisoit annoncer sa parole à des peuples entre lesquels il n'a pas d'élus; » parce que cela a ne serviroit qu'à les rendre plus inexcusables : » ce qui seroit « cruauté , et non pas miséricorde. »
De principes si généraux il suit clairement , que Dieu conservant parmi les sociniens sa parole « écrite et prêchée, » il a dessein de sauver quelqu'un parmi eux; autrement, cette parole ne leur serviroit, non plus qu'aux autres, qu'à les rendre plus inexcusables : ce qui est, selon le ministre, une cruauté, qu'on ne peut attribuer, sans égarement, a à un Dieu sage et miséricordieux. » Mais de peur qu'on ne nous reproche que nous imputons à M. Jurieu une conséquence qu'il rejette, il la prévoit et l'approuve par ces paroles : « On ne doit pas dire que, par mon raisonnement, il s'ensuivroit que Dieu pourroit avoir des élus dans les sociétés sociniennes , qui conservent l'Évangile, le prêchent et le lisent; et que cependant j'ai mis les sociétés qui ruinent le fondement, entre celles où Dieu ne conserve point d'élus3. » Voilà du moins la difficulté bien prévue et bien posée; voyez maintenant la réponse : a Je réponds que si Dieu avoit permis que le socinianisme se fût autant répandu que l'est, par exemple, le papisme, ou la religion grecque, il auroit aussi trouvé des moyens d'y nourrir ses élus, et de les empêcher de participer aux hérésies mortelles de cette secte; comme autrefois il a trouvé bon moyen de conserver dans l'arianisme un nombre d'élus et de bonnes âmes, qui se garantiront de l'hérésie les ariens. Mate comme les sociniens ne font point de nombre dans le
l.Syst. de VÉgl.,pdLgA0ly'n5]Préj.légit.,p'd%. 16.-2. Syst. 99.— 3. Ibid. 102.
monde, qu'ils y sont dispersés sans y faire figure, qu'en la plupart des lieux ils n'ont point d'assemblées , ou de très-petites assemblées ; il n'est point nécessaire de supposer que Dieu y sauve personne, parce qu'une si petite exception ne fait aucun préjudice à la règle générale,» savoir, que Dieu ne fait jamais prêcher sa parole où il n'a pas d'élus. Voilà le passage entier dans toute sa suite, et voilà sans difficulté la société socinienne, par elle-même, en état d'élever des enfants à Dieu, D'où vient donc, selon le ministre, qu'il ne s'y en trouve point à présent? Ce n'est pas à cause qu'elle rejette des vérités fondamentales, comme il faudroit dire , si on vouloit l'exclure , par sa propre constitution, de donner à Dieu des élus; c'est à cause que les sociniens ne sont pas assez multipliés : tout dépendoit du succès ; et s'ils trouvent moyen de s'étendre assez pour faire quelque figure dans le monde, ils forceront Dieu à faire naître parmi eux de vrais fidèles.
Mais pourquoi n'y en auroit-il pas eu, et n'y en auroit-il pas encore à présent, puisqu'il est constant qu'ils ont eu des églises en Pologne, et qu'ils en ont encore aujourd'hui en Transylvanie? Dieu n'est-il cruel qu'à ces sociétés? Mais pourquoi plutôt qu'aux autres? Est-ce à cause qu'il y a aussi d'autres sectes en Transylvanie? Il y en a aussi beaucoup d'autres dans les pays où notre ministre a sauvé les jacobites et les nestoriens. Mais, quoi! s'il ne restoit en Transylvanie que des sociniens, y auroit-il alors de vrais fidèles parmi eux; ou bien cette nation seroit-elle la seule réprouvée de Dieu, où sa parole « écrite et prêchée » se conserveroit sans aucun fruit, et seulement pour la rendre plus inexcusable? Quel motif pourroit avoir cette « cruauté,» comme l'appelle M. Jurieu ? Quoi! ce petit nombre et le peu d'étendue de ces églises? Qu'on nous montre donc dans quel nombre et dans quelles bornes sont renfermées les sociétés où Dieu peut être cruel, selon le ministre?
C'est en substance ce que j avots nn.] :c;e crans l'Histoire des Variations'; et on n'y répond que par ces paroles : « Il est vrai , dit le ministre , j'ai dit quelque part, que si Dieu, par une supposition impossible, avoit permis que le socinianisme eût gagné tout le monde, ou une partie , comme a fait le papisme , il s'y seroit conservé des élus • » illusion si grossière, qu'un aveu formel de sa faute ne seroit pas plus honteux ni moins convaincant. On n'a qu'à relire le passage de son Système, qu'on vient de citer, pour voir s'il y a un mot de « supposition impossible, » ou rien qui y tende : au contraire M. Jurieu prend pour exemple une chose déjà arrivée, qui est le salut dans l'arianisme; car enfin il le veut ainsi : à tort, ou à droit, il ne nous jmporte. Il veut, dis-je, encore un coup, qu'on se soit sauvé dans une société où l'on nioit la divinité du Fils de Dieu. Comment donc pouvoit-il exclure les sociniens, après un préjugé si favoralle, ou s'imaginer que le nombre ne pût jamais égaler celui des calvinistes ou des luthériens, ou le nôtre, ou celui des Grecs, ou celui des nestoriens et des jacobites, ou en tout cas, celui des arens, parmi lesquels le mi-