Synt. Gen., 2 part., pag. 48, 98. — 4. Liv. XXII
S. SynS, Gen.} 2 part., pag. 94 et se<i. — 6. Ibid.
qu'il y avoit d'essentiel : « Il faut, disoit-il1, apprendre aux hommes que les sacrements sont des actions instituées de Dieu, et que les choses ne sont sacrements que dans le temps de l'usage ainsi établi; mais que dans l'usage établi de cette communion, Jésus-Christ est véritablement et substantiellement présent, vraiment donné à ceux qui reçoivent le corps et le sang de Jésus-Christ, par où Jésus-Christ témoigne qu'il est en eux, et les fait ses membres. »
Mélanchthon évite de mettre ce qu'il avoit mis à Augsbourg, « que le corps et le sang sont vraiment donnés avec le pain et le vin; » et encore plus ce que Luther avoit ajouté à Smalcalde, «que le pain et le vin sont le vrai corps et le vrai sang de Jésus-Christ, qui ne sont pas seulement donnés et reçus par les chrétiens pieux, mais encore parles impies. » Ces importantes paroles, que Luther avoit choisies avec tant de soin pour expliquer sa doctrine, quoique signées par Mélanchthon à Smalcalde, comme on a vu, furent retranchées par Mélanchthon même de sa Confession saxonique. Il semble qu'il ne vouloit plus que le corps de Jésus-Christ fût pris par la bouche avec le pain, ni qu'il fût reçu substantiellement par les impies, encore qu'il ne niât pas une présence substantielle où Jésus- Christ vînt à ses fidèles, non-seulement par sa vertu et par son esprit, mais encore en sa propre chair et en sa propre substance , détaché néanmoins du pain et du vin : car il falloit que l'eucharistie produisît encore cette nouveauté, et que, selon la prophétie du saint vieillard Siméon, Jésus-Christ y fût dans les derniers siècles « en butte aux contradictions2, » comme sa divinité et son incarnation l'avoient été dans les premiers.
Voilà comme on répétait la Confession d'Augsbourg et la doctrine de Luther dans la Confession saxonique. La Confession de Virtemberg ne s'éloigne pas moins de celle d'Augsbourg, ni des articles de Smalcalde. Elle dît « que le vrai corps et le vrai sang est distribué dans l'eucharistie;» et rejette ceux qui disent «que le pain et le vin sont des signes du corps et du sang de Jésus-Christ absent3. » Elle ajoute, « qu'il est au pouvoir de Dieu d'anéantir la substance du pain, ou de la changer en son corps; mais que Dieu n'use pas de ce pouvoir dans la cène, et que le vrai pain demeure avec la vraie présence du corps.» Elle établit manifestement la concomitance, en décidant «qu'encore que Jésus-Christ soit distribué tout entier tant dans le pain que dans le vin de l'eucharistie, l'usage des deux parties ne laisse pas de devoir être universel. » Ainsi elle nous accorde deux choses : l'une que la transsubstantiation est possible; et l'autre que la concomitance est certaine : mais encore qu'elle défende la réalité jusqu'à admettre la concomitance, elle ne laisse pas d'expliquer cette parole , «Ceci est mon corps, » par celle d'Ézéchiel, qui dit : « Celle-là est Jérusalem, » en montrant la représentation de cette ville.
C'est ainsi que tout se confond, lorsqu'on sort du droit sentier pour suivre ses propres idées. Comme les défenseurs du sens figuré reçoi-
i. Cap. De Cœnâ Synt. Gen., 2 part., page 72. — 2. Luc. n, 34. 3. Conf. Virtemberg., cap. De Euch., ibid., pag. 115.
vent quelque impression du sens littéral, ainsi les défenseurs du sens littéral sont quelquefois éblouis par les trompeuses subtilités du sens figuré. Au reste, il ne s'agit pas ici de savoir si, à force de raffiner sur des expressions différentes de tant de Confessions de foi, on trouvera quelque moyen violent de les réduire à un sens conforme. Il me suffit de faire observer combien de peine ont eu à se contenter de leurs propres Confessions de foi , ceux qui ont quitté la foi de l'Église.
Les autres articles de ces Confessions de foi ne sont pas moins remarquables que celui de l'eucharistie.
La Confession saxonique reconnoît que « la volonté est libre; que Dieu ne veut point le péché, ni ne l'approuve, ni n'y coopère : mais que la libre volonté des hommes et des diables est cause de leur péché et de leur chute '. » Il faut louer Mélanchthon d'avoir ici corrigé Luther et de s'être corrigé lui-même plus clairement qu'il n'avoit fait dans la Confession d'Augsbourg.
Nous avons déjà remarqué qu'il n'avoit reconnu à Augsbourg l'exercice du libre arbitre que dans les actions de la vie civile, et que depuis il l'avoit étendu même aux actions chrétiennes. C'est ce qu'il commence à nous découvrir plus clairement dans la Confession saxonique2 : car après avoir expliqué la nature du libre arbitre et le choix de la volonté, et avoir aussi expliqué qu'elle ne suffit pas seule pour les œuvres que nous appelons surnaturelles, il répète par deux fois que «la volonté, après avoir reçu le Saint-Esprit, ne demeure pas oisive, » c'est-à-dire qu'elle n'est pas sans action; ce qui semble lui donner, comme fait aussi le concile de Trente, une action libre sous la conduite du Saint- Esprit qui la meut intérieurement.
Et ce que Mélanchthon nous donne à entendre dans cette Confession de foi, ;l l'explique plus clairement dans ses lettres; car il en vient jusqu'à reconnoître dans les œuvres surnaturelles la volonté humaine, selon l'expression de l'école, comme «un agent partial, agens partiale3', » c'est-à-dire, que l'homme agit avec Dieu, et que des deux il se fait un agent total. C'est ainsi qu'il s'en étoit expliqué dans la conférence de Ratisbonne, en 1541. Et encore qu'il sentît bien que cette manière de s'expliquer déplairoit aux siens, il ne laissa pas de passer outre, «à cause, » dit-il, «que la chose est véritable.» Voilà comme il revenoit des excès que Luther lui avoit appris, encore que Luther y eût persisté jusqu'à la fin. Mais il s'explique plus amplement sur cette matière dans une lettre écrite à Calvin, a J'avois, dit-il4, un ami qui, en raisonnant sur la prédestination, croyoit également ces deux choses, et que tout arrive parmi les hommes comme l'ordonne la Providence, et qu'il y a néanmoins de la contingence. Il avouoit cependant qu'il ne pouvoit pas concilier ces choses. Pour moi qui tiens, poursuitil, que Dieu n'est pas la cause du péché, et ne veut pas le péché, je reconnois cette contigence dans l'infirmité de notre jugement, afin
i. Pag. 53.
2. Gap. De rem. pecc, De lib. arb., etc.; Synt. Gen., 2 part., pag. 5%. 60, «1, etc.
3. Lib. IV, ep. 240. — 4. Ep. Mel. inter Ep. Calv., pag. 384.
que les ignorants confessent que David est tombé de lui-même, et par sa propre volonté, dans le péché; qu'il pouvoit conserver le Saint-Esprit qu'il Lvoit en lui, et que dans ce combat il faut reconnoître quelque action de la volonté. » Ce qu'il confirme par un passage de saint Basile, où il dit : « Ayez seulement la volonté, et Dieu vient à vous.» Par où Mélanchthon sembloit insinuer, non-seulement que la volonté agit, mais qu'elle commence; ce que saint Basile rejette en d'autres endroits, et ce qu'il ne me paroît pas que Mélanchthon ait jamais assez rejeté, puisque même nous avons vu qu'il avoit coulé un mot dans la Confession d'Augsbourg, où il sembloit insinuer que le grand mal est de dire, non que la volonté puisse commencer, mais qu'elle puisse « achever » par elle-même l'œuvre de Dieu1.
Quoi qu'il en soit, il est certain qu'il reconnoissoit l'exercice du libre arbitre dans les opérations de la grâce; puisqu'il avouoit si clairement que David pouvoit conserver le Saint-Esprit, quand il le perdit; comme il pouvoit le perdre, quand il le conserva : mais encore que ce fût là son sentiment, il n'osa le déclarer nettement dans la Confession saxonique : trop heureux de le pouvoir insinuer doucement par ces paroles : « La volonté n'est pas oisive ni sans action. »
C'est que Luther avoit tellement foudroyé le libre arbitre, et avoit laissé dans sa secte une telle aversion pour son exercice, que Mélanchthon n'osoit dire qu'en tremblant ce qu'il en croyoit, et que ses propres Confessions de foi étoient ambiguës.
Mais toutes ces précautions ne le sauvèrent pas de la censure. Illyric et ses sectateurs ne lui purent souffrir ce petit mot qu'il avoit mis dans la Confession saxonique, « que la volonté n'étoit pas oisive ni sans action. \> Ils condamnèrent cette expression dans deux assemblées synodales, avec le passage de sair.t Basile dont no£9 avons vu que Mélanchthon se servoit.
Cette condamnation est insérée dans le livre de la Concorde*. Tout l'honneur qu'on fait à Mélanchthon, c'est de ne le pas nommer, nt de condamner ces expressions, sous le nom général de nouveaux auteurs, ou sous le nom des papistes et des scolastiques. Mais qui considérera avec quel soin on a choisi les expressions de Mélanchthon pour les condamner, verra bien que c'est à lui qu'on en vouloit, et les luthériens de bonne foi en sont d'accord.
Voilà donc enfin ce que c'est que les nouvelles sectes. On s'y laisse prévenir contre des dogmes certains, dont on prend de fausses idées. Ainsi Mélanchthon s'étoit emporté d'abord avec Luther contre le libre arbitre, et n'en vouloit reconnoître aucune action dans les œuvres surnaturelles. Convaincu de son erreur, il penche à l'extrémité opposée; et, loin d'exclure l'action du libre arbitre, il se porte à lui attribuer le commencement des œuvres surnaturelles. Quand il veut un peu revenir à la vérité, et dire que le libre arbitre a son action dans les ouvrages de la grâce, il se trouve condamné par les siens. Telles sont les