Chyt., lib. XVII. Saxon, tit. Osiandrica, pag
2. ls. xxiii, 6, 16-, xxxiii, 16; Jer. xxm, 6. — 3. Lib. IV, ep. 88. k. Cal., ep. ad Mel., 146.
Nuremberg, une des premières de la secte, l'avoit mis à la tête de ses pasteurs dès l'an 1522, et on le trouve partout dans les conférences avec les premiers du parti : mais Calvin s'étonne « qu'on ait pu l'y endurer si longtemps; et on ne comprend pas après toutes ses fureurs comment Mélanchthon a pu lui donner tant de louanges.
On croira peut-être que Calvin le traite si mal par une haine particulière; car Osiandre étoit le plus violent ennemi des sacramentaires; et c'est lui qui avoit outré la matière de la présence réelle, jusqu'à soutenir qu'il falloit dire du pain de l'eucharistie : «Ce pain est Dieu !.» Mais les luthériens n'en avoient pas meilleure opinion : et Mélanchthon, qui trouvoit souvent à propos, comme Calvin lui reproche, de lui donner des louanges exclusives, ne laisse pas, en écrivant à ses amis, de blâmer «son extrême arrogance, ses rêveries, » ses autres excès, et « les prodiges de ses opinions2. » Il ne tint pas à Osiandre qu'il n'allât troubler l'Angleterre, où il espéroit que la considération de son beaufrère Cranmer lui donneroit du crédit : mais Mélanchthon nous apprend que des personnes de savoir et d'autorité avoient représenté le péril qu'il y avoit a d'attirer en ce pays-là un homme qui avoit répandu dans l'Église un si grand chaos de nouvelles opinions. » Cranmer luimême entendit raison sur ce sujet, et il écouta Calvin, qui lui parloit « des illusions » dont Osiandre fascinoit les autres et se fascinoit luimême 3.
Il ne fut pas plutôt en Prusse, qu'il mit en feu l'université de Kœnigsberg par sa nouvelle doctrine de la justification4. Quelque ardeur qu'il eût toujours eue à la soutenir, il craignoit, disent mes auteurs, « la magnanimité de Luther5; » et durant sa vie il n'osa rien écrire sur cette matière. Le magnanime Luther ne le craignoit pas moins : en général, la réforme, sans autorité, ne craignoit rien tant que de nouvelles divisions, qu'elle ne savoit comment finir; et pour ne pas irriter un homme dont l'éloquence étoit redoutée, on lui laissa débiter de vive voix tout ce qu'il voulut. Quand il se vit dans la Prusse, affranchi du joug du parti, et, ce qui lui enfla le cœur, en grande faveur auprès du prince, qui lui donna la première chaire dans son université, il éclata de toute sa force, et partagea bientôt toute la province.
D'autres disputes s'allumoient en même temps dans le reste du luthéranisme. Celle qui eut pour sujet les cérémonies, ou les choses indifférentes, fut poussée avec beaucoup d'aigreur. Mélanchthon, soutenu des académies de Leipsick et de Vitemberg, où il étoit tout-puissant, ne vouloit pas qu'on les rejetât6. De tout temps ç'avoit été son opinion qu'il ne falloit changer que îe moins qu'il se pouvoit dans le culte extérieur7. Ainsi, durant «l'intérim,» il se rendit fort facile sur ces pratiques indifférentes; et ne croyoit pas, dit-il, que «pour un surplis, pour quelques fêtes, ou pour l'ordre des leçons8, » il fallût attirer la
i. Ci-dessus, liv. II. — 2. Lib. II, ep. 240, 259, 447, etc.
3. Calv., ep. ad. Cranmer, col. 134. — 4. Acad. Regiomontana.
5. Chytr., ibid., pag. 445. — 6. Sleid., lib. XXI, 365; XXII, 378.
7. Lib. I, ep. 16, ad Phil. Cant.,an. 1525. — 8. Lib. II, ep. 70. Lib. II, 16.
persécution. On lui fit un crime de cette doctrine, et on décida dans le parti, que ces choses indifférentes dévoient être absolument rejetées1; parce que l'usage qu'on en faisoit étoit contraire à la liberté des Églises, et enfermoit, disoit-on, une espèce de profession du papisme.
Mais Flaccius Illyricus, qui remuoit cette question, avoit un dessein plus caché. Il vouloit perdre Mélanchthon dont il avoit été disciple; mais dont il étoit ensuite tellement devenu jaloux, qu'il ne le pouvoit souffrir. Des raisons particulières l'obligeoient à le pousser plus que jamais : car, au lieu que Mélanchthon tâchoit alors d'affoiblir la doctrine de Luther sur la présence réelle, Illyric et ses amis l'outroient jusqu'à établir l'ubiquité2. En effet, nous la voyons décidée par la plupart des Églises luthériennes; et les actes en sont imprimés dans le livre de la Concorde, que presque toute l'Allemagne luthérienne a reçu.
Nous en parlerons dans la suile : et pour suivre l'ordre des temps, il nous faut parler maintenant dans la Confession de foi qu'on appela saxonique, et de celle de Virtemberg3 : ce n'est point Vitemberg en Saxe, mais la capitale du duché de Virtemberg.
Elles furent faites toutes deux à peu près dans le môme temps, c'està-dire en 1551 et 1552, pour être présentées au concile de Trente, où Charles V victorieux vouloit que les protestants comparussent.
La Confession saxonique fut dressée par Mélanchthon : et nous apprenons de Sleidan 4 que ce fut par ordre de l'électeur Maurice, que l'empereur avoit mis à la place de Jean-Frédéric. Tous les docteurs et tous les pasteurs, assemblés solennellement à Leipsick, l'approuvèrent d'une commune voix; et il ne devoit rien y avoir de plus authentique qu'une Confession de foi faite par un homme si célèbre, pour être proposée dans un concile général. Aussi fut-elle reçue non-seulement dans toutes les terres de la maison de Saxe et de plusieurs autres princes, mais encore par les Églises de Foméranie et de Strasbourg5, comme il paroît par les souscriptions et les déclarations de ces Églises. Brentius fut l'auteur de la Confession de Virtemberg 6; et c'étoit après Mélanchthon l'homme le plus célèbre de tout le parti. La Confession de Mélanchthon fut appelée par lui-même la répétition de la Confession d'Augsbourg. Christophe, duc de Virtemberg, par l'autorité duquel la Confession de Virtemberg fut publiée, déclare aussi qu'il confirme et ne fait que répéter la Confession d'Augsbourg. Mais pour ne faire que la répéter, il n'étoit pas besoin d'en faire une autre; et ce terme de répétition fait voir seulement qu'on avoit honta de jarûduire tant de nouvelles Confessions de foi.
En effet, pour commencer parla saxonique, l'article de l'eucharistie y fut expliqué en des termes bien différents de ceux dont on s'étoit servi à Augsbourg. Car, pour ne rien dire du long discours de quatre ou cinq pages que Mélanchthon substitue aux deux ou trois lignes du dixième article d'Augsbourg, où cette matière est décidée, voici ce