Burn., tom. I, liv. II, pag
2. Ibid., pag. 227, 229, etc.; liv. III, pag. 483 et suiv. — 3. Ibid., 228. 4. Ibid., tom. I, liv. III, pag. 242. — 5. Préf.
tendre. » M. Burnet veut avec tout cela que nous croyions qu'encore que pour des a fautes légères il traînât les gens en justice, » néanmoins « les lois présidoient dans toutes ces causes-là; les accusés n'étoient ni poursuivis ni jugés que conformément au droit l : » comme si ce n'étoit pas le comble de la cruauté et de la tyrannie, de faire des lois iniques, comme fut celle de condamner des accusés sans les ouïr, et de tendre des pièges aux innocents, dans les formalités de la justice. Mais qu'y a-t-il de plus affreux que ce qu'ajoute ce même historien2: « Que ce prince, soit qu'il ne pût souffrir qu'on lui contredît, soit qu'il fût enflé du titre glorieux de chef de l'Église, que ses peuples lui avoient déféré, soit que les louanges de ses flatteurs l'eussent gâté, se persuadoit que tous ses sujets étoient obligés de régler leur foi sur ses décisions? » Voilà, comme dit M. Burnet, dans la vie d'un prince, «des taches si odieuses, qu'un honnête homme ne sauroit l'en excuser; » et nous sommes obligés à cet auteur de nous avoir, par son aveu, sauvé la peine de rechercher des preuves de tous ces excès, dans des histoires qui auroient pu paroître plus suspectes. Mais ce qu'on ne peut dissimuler, c'est que Henri, auparavant si éloigné de ces horribles désordres, n'y tomba, de l'aveu de M. Burnet, que dans les dix dernières années de sa vie, c'est-à-dire qu'il y tomba incontinent après son divorce, après sa rupture ouverte avec l'Église, après qu'il eut usurpé, par un exemple inouï dans tous les siècles, la primauté ecclésiastique : et on est forcé d'avouer qu'une des causes de son prodigieux aveuglement fut « ce titre glorieux de chef de l'Église, que ses peuples lui avoient déféré. » Je laisse maintenant à penser au lecteur chrétien si ce sont là des caractères d'un réformateur, ou d'un prince dont la justice divine venge les excès par d'autres excès, qu'elle livre aux désirs de son cœur, et qu'elle abandonne visiblement au sens réprouvé.
Le supplice de Fischer et de Morus, et tant d'autres sanglantes exécutions, répandirent la terreur dans les esprits: chacun jura la primauté de Henri, et on n'osa plus s'y opposer. Cette primauté fut établie par divers décrets du parlement; et le premier acte qu'en fit le roi, « fut de donner à Cromwel la qualité de son vicaire général » au spirituel, a et celle de visiteur de tous les couvents et de tous les privilégiés d'Angleterre 3. » C'étoit proprement se déclarer pape : et ce qu'il y a ici de plus remarquable, c'étoit remettre toute la puissance ecclésiastique entre les mains d'un zuinglien, car je crois que Cromwel l'étoit; ou tout au moins d'un luthérien, si M. Burnet l'aime mieux ainsi. Nous avons vu que Cranmer étoit de même parti, intime ami de Cromwel ; et tous deux ils agissoient de concert pour pousser le roi irrité contre la foi ancienne4. La nouvelle reine les appuyoit de tout son pouvoir, et fit donner à Schaxton et à Latimer, ses aumôniers, autres protestants cachés, les évêchés de Salisbury et de Worchestre. Mais, quoique tout fût si contraire à l'ancienne religion, et que les premières puissances ecclésiastiques et séculières conspirassent à la détruire de
1. Burn., tom. I, liv. III, pag. 243. — 2. Ibid. — 3. Pag. 244 4. Ibid., pag. 245.
fond en comble, il n'est pas toujours au pouvoir des hommes de pousser leurs mauvais desseins aussi loin qu'ils veulent. Henri n'étoit irrité que contre le pape et le saint Siège. Ce fut donc cette autorité qu'il attaqua seule: et Dieu voulut que la réformation portât sur le front, dès son origine, le caractère de la haine et de la vengeance de ce prince. Ainsi, quelque aversion que le vicaire général eût de la messe, il ne lui fut pas donné alors de prévaloir, comme un autre Antiochus, a contre le sacrifice perpétuel '. » Une de ses ordonnances de visite fut que chaque prêtre diroit la messe tous les jours 2, et que les religieux observeroient soigneusement leur règle, et en particulier leurs trois vœux3.
Cranmer fit aussi sa visite archiépiscopale dans sa province; mais ce fut « avec la permission du roi 4; » on commençoit à faire tous les actes de la juridiction ecclésiastique par l'autorité royale. Tout le but de cette visite, comme de toutes les actions de ce temps, fut de bien établir la primauté ecclésiastique du roi. Le complaisant archevêque n'avoit rien tant à cœur alors; et le premier acte de juridiction que fil l'évêque du premier siège d'Angleterre fut de mettre l'Église sous K joug, et de soumettre aux rois de la terre la puissance qu'elle avoit rev çue d'en haut.
Ces visites furent suivies de la suppression des monastères, dont le roi s'appropria le revenu. On cria dans la réforme, comme dans l'Église, contre cette sacrilège déprédation des biens consacrés à Dieu : mais au caractère de vengeance que la réformation anglicane avoit déjà dans son commencement, il y fallut joindre celui d'une si honteuse avarice; et ce fut un des premiers fruits de la primauté de Henri, qui se fit chef de l'Église pour la piller avec titre.
Un peu après, la reine Catherine mourut : a Illustre par sa piété, dit M. Burnet5, et par son attachement aux choses du ciel; vivant dans l'austérité et dans la mortification; travaillant de ses propres mains, et songeant même, au milieu de sa grandeur, à tenir ses femmes dans l'occupation et dans le travail : » et afin que les vertus les plus communes se joignent aux grandes, le même historien ajoute, que a les écrivains du temps nous la représentent comme une fort bonne femme. » Ces caractères sont bien différents de ceux de sa rivale, Anne de Boulen. Quand on voudroit la justifier des infamies dont ses favoris la chargèrent en mourant, M. Burnet ne nie pas que son enjouement ne fût immodeste, ses libertés indiscrètes, sa conduite irrégulière et licencieuse 6. On ne vit jamais une honnête femme, pour ne pas dire une reine, se laisser manquer de respect jusqu'à souffrir des déclarations telles que des gens de toute qualité, et même de la plus basse, en firent à cette princesse. Que dis-je, les souffrir? s'y plaire; et non-seulement y entrer, mais encore se les attirer elle-même, et ne rougir pas de dire à un de ses galants, a qu'elle voyoit bien qu'il difîëroit de se marier, dans l'espérance de l'épouser elle-même après la mort du roi. » Ce sont toutes choses avouées par Anne; et loin d'en voir de plus mauvais œil
i. Dan. vin, 12. — 2. Burn., tom. I, liv. III. 251 — 3. Ibid., 24b. k. ibid., 247. — 5. Ibid. 261. — G. Ibid.. '2G8, 271, 282, etc.
ces hardis amants, il est certain, sans vouloir approfondir davantage, qu'elle ne les en traitoit que mieux. Au milieu de cette étrange conduite, on nous assure « qu'elle redoubloit ses bonnes œuvres et ses aumônes , ; » et hors l'avancement de la réformation prétendue, que personne ne lui dispute, voilà tout ce qu'on nous dit de ses vertus.
Mais, à regarder les choses plus à fond, on ne peut s'empêcher de reconnoître la main de Dieu sur cette princesse. Elle ne jouit que trois ans de la gloire où tant de troubles l'avoient établie : de nouvelles amours la ruinèrent , comme la nouvelle amour qu'on eut pour elle l'avoit élevée ; et Henri , qui lui avoit sacrifié Catherine , la sacrifia bientôt elle-même à la jeunesse et aux charmes de Jeanne Seymour. Mais Catherine, en perdant les bonnes grâces du roi , conserva du moins son estime jusqu'à la fin; au lieu qu'il fit mourir Anne sur un échafaud, comme une infâme. Cette mort arriva quelques mois après celle de Catherine. Mais Catherine sut conserver jusqu'à la fin le caractère de gravité et de constance qu'elle avoit eu dans tout le cours de sa vie2. Pour Anne, au moment qu'elle fut prise, pendant qu'elle prioit Dieu, fondant en larmes, on la vit éclater de rire comme une personne insensée 3 : les paroles qu'elle prononçoit dans son transport, contre ses amants qui l'avoient trahie, faisoient voir le désordre où elle étoit, et le trouble de sa conscience. Mais voici la marque visible de la main de Dieu. Le roi, toujours abandonné à ses nouvelles amours, fit casser son mariage avec Anne, en faveur de Jeanne Seymour, comme il avoit, en faveur d'Anne, fait casser le mariage de Catherine. Elisabeth, fille d'Anne, fut déclarée illégitime, comme Marie, fille de Catherine, l'avoit été. Par un juste jugement de Dieu, Anne tomba dans un abîme semblable à celui qu'elle avoit creusé à sa rivale innocente. Mais Catherine soutint jusqu'à la mort, avec la dignité de reine, la vérité de son mariage, et l'honneur de la naissance de Marie : au contraire, par une honteuse complaisance, Anne reconnut (ee qui n'étoit pas) qu'elle avoit épousé Henri durant la vie de milord Perci, avec lequel elle avoit auparavant contracté; et contre sa conscience, en avouant que son mariage avec le roi étoit nul, elle enveloppa dans sa honte sa fille Elisabeth. Afin qu'on vît la justice de Dieu plus manifeste dans ce mémorable événement , Cranmer , ce même Cranmer qui avoit cassé le mariage de Catherine , cassa encore celui dAnne, à laquelle il devoit tout. Dieu frappa d'aveuglement tout ce qui avoit contribué à la rupture d'un mariage aussi solennel que celui de Catherine ; Henri, Anne , l'archevêque même , rien ne s'en sauva. L'indigne foiblesse de Cranmer , et son extrême ingratitude envers Anne , furent l'horreur de tous les gens de bien ; et sa honteuse complaisance à casser tous les mariages, au gré de Henri , ôta à sa première sentence toute l'apparence d'autorité que le nom d'un archevêque lui pouvoit donner.
M. Burnet voit avec peine une tache si odieuse dans la vie de son grand réformateur, et il dit, pour l'excuser, qu'Anne déclara en sa présence son mariage avec Perci, qui emportoit la nullité de celui
i. Burn.,266. — 2. P. 260, 261. — 3. P. 270.
qu'elle avoit fait avec le roi; de sorte qu'il ne pouvoit s'empêcher de la séparer d'avec ce prince, ni de donner sa sentence pour la nullité de ce mariage1. Mais c'est ici une illusion trop manifeste : il étoit notoire en Angleterre que l'engagement d'Anne avec Perci, loin d'être un mariage conclu, comme on dit, par paroles de présent, n'étoit pas même une promesse d'un mariage à conclure , mais une simple proposition d'un mariage désiré par le milord2 : ce qui, bien loin d'annuler un autre mariage contracté depuis, n'eût pas même été un empêchement à le faire. M. Burnet en convient, et il établit tous ces faits constants3. Cranmer, qui avoit su tout le secret du roi et d'Anne, n'avoit pu les ignorer; et Perci, ce prétendu mari de la reine, avoit déclaré par serment, en présence de cet archevêque, et encore de celui d'York, « qu'il n'y avoit jamais eu de contrat ni même de promesse de mariage entre lui et Anne. Pour rendre ce serment plus solennel, il reçut la communion » après sa déclaration, en présence des principaux du conseil d'État, « souhaitant que la réception de ce sacrement fût suivie de sa damnation, s'il avoit été dans un engagement de cette nature. » Un serment si solennel, reçu par Cranmer, lui faisoit bien voir que l'aveu d'Anne n'étoit pas libre. Quand elle le fit, elle étoit condamnée à mort, et, comme dit M. Burnet, « encore étourdie de l'arrêt terrible qui avoit été rendu contre elle *. » Les lois la condamnoient au feu, et tout l'adoucissement dépendoit du roi. Cranmer pouvoit bien juger qu'en cet état on lui feroit avouer tout ce qu'on voudroit, en lui promettant « de lui sauver la vie, ou tout au moins d'adoucir son supplice. » C'est alors qu'un archevêque doit prêter sa voix à une personne opprimée, que son trouble, ou l'espérance d'adoucir sa peine, fait parler contre sa conscience. Si Anne sa bienfaitrice ne le touchoit pas, il devoit du moins avoir pitié de l'innocence d'Elisabeth, qu'on alloit déclarer née en adultère, et comme telle, incapable de succéder à la couronne, sans autre fondement que celui d'une déclaration forcée de la reine sa mère. Dieu n'a donné tant d'autorité aux évêques qu'afin qu'ils puissent prêter leur voix aux infirmes, et leur force aux oppressés. Mais il ne falloit pas attendre de Cranmer des vertus qu'il ne connoissoit pas : il n'eut pas même le courage de représenter au roi la manifeste contrariété des deux sentences qu'il faisoit prononcer contre Anne5, dont l'une la condamnoit à mort comme ayant souillé la couche royale par son adultère; et l'autre déclaroit qu'elle n'étoit pas mariée avec le roi. Cranmer dissimula une iniquité si criante; et tout ce qu'il fit en faveur de la malheureuse princesse, fut d'écrire au roi une lettre où il souhaite « qu'elle se trouve innocente6; » qu'il finit par une apostille, où il témoigne son déplaisir de ce que les fautes de cette princesse a sont prouvées, » comme on l'en assure : tant il craignoit de laisser Henri dans la pensée qu'il pût improuver ce qu'il faisoit.
{. Tom. I, liv. Il, pag. 281. — 2. Liv, I, 71; Liv, III, 276, etc. i. lbid., 276. — 4. Pag. 277. — 5. Ibid. * ibid., pag. 273, 274.
On avoit cru son crédit ébranlé par la chute d'Anne. En effet, ii avoit reçu d'abord des défenses de voir le roi ; mais il sut bientôt se rétablir aux dépens de sa bienfaitrice , et par la cassation de son mariage. La malheureuse espéra en vain de fléchir le roi, en avouant tout ce qu'il vouloït. Cet aveu ne lui sauva que le feu. Henri lui fit couper la tète1. Le jour de l'exécution elle se consola, sur ce qu'elle avoit ouï dire que « l'exécuteur étoit fort habile; et d'ailleurs, » ajouta-t-elle2, a j'ai le cou assez petit. Au même temps, » dit le témoin de sa mort, « elle y a porté la main et s'est mise à rire de tout son cœur, » soit par l'ostentation d'une intrépidité outrée , soit que la tête lui eût tourné aux approches de la mort; et il semble, quoi qu'il en soit, que Dieu vouloit, quelque affreuse que fût la fin de cette princesse, qu'elle tînt autant du ridicule que du tragique.
Il est temps de raconter les définitions de foi que Henri fit en Angleterre, comme chef souverain de l'Église. Voici, dans les articles qu'il dressa lui-même, la confirmation de la doctrine catholique. On y trouve « l'absolution du prêtre » comme « une chose instituée par Jésus-Christ, et aussi bonne que si Dieu la donnoit lui-même, avec la confession de ses péchés à un prêtre, nécessaire quand on la pouvoit faire3. » On établit sur ce fondement les trois actes de la pénitence divinement instituée, « la contrition et la confession en termes formels, et la « satisfaction, » sous le nom de «dignes fruits de la repentance, »< qu'on est obligé « de porter, » « encore qu'il soit véritable que Dieu pardonne les péchés dans la seule vue de la sanctification de Jésus- Christ, et non à cause de nos mérites. » Voilà toute la substance de la doctrine catholique. Et il ne faut pas que les protestants s'imaginent que ce qui est dit de la satisfaction leur soit particulier; puisque le concile de Trente a toujours cru la rémission des péchés une pure grâce accordée par les seuls mérites de Jésus-Christ.
Dans le sacrement de l'autel on reconnoît « le même corps du Sauveur conçu de la Vierge, comme donné en sa propre substance sous les enveloppes, » ou, comme parle l'original anglois, « sous la forme et figure du pain : » ce qui marque très-précisément la présence réelle du corps, et donne à entendre, selon le langage usité, qu'il ne reste du pain que les espèces.
Les images étoient retenues avec la liberté tout entière « de leur faire fumer de l'encens, de ployer le genou devant elles, de leur faire des offrandes, et de leur rendre du respect, en considérant ces hommages Comme un honneur relatif qui alioit à Dieu, et non à l'image 4. » Ce n'étoit pas seulement approuver en général l'honneur des images, mais encore approuver en particulier ce que ce culte avoit de plus fort. On ordonnoit d'annoncer au peuple qu'il a étoit bon de prier les saints de prier pour les fidèles, » sans néanmoins espérer d'en obtenir les choses que Dieu seul pouvoit donner. Quand M. Burnet regarde ici comme une espèce de réformation,
1, Toro. I, liv. III, pag. 277. - 2. Ibid., 273. - 3. Ibid., pag. 292. 4. Ibid., 296.
qu'on ait aboli le service immédiat des images, et changé l'invocation directe des saints en une simple prière de prier pour les fidèles1, » il ne fait qu'amuser le monde ; puisqu'il n'y a point de catholique qui ne lui avoue qu'il n'espère rien des saints que par leurs prières, et qu'il ne rend aucun honneur aux images que celui qui est ici exprimé par rapport à Dieu.
On approuve expressément les cérémonies de l'eau bénite, du pain bénit, de la bénédiction des fonts baptismaux , et des exorcismes dans le baptême; celle de donner des cendres au commencement du carême, celle de porter des ramsaux le jour de Pâques fleuries, celle a de se prosterner devant la croix, et de 'la baiser, pour célébrer la mémoire de la passion de Jésus-Christ2 : » toutes ces cérémonies étoient regardées comme une espèce de langage mystérieux, qui rappeloit en notre mémoire les bienfaits de Dieu, et excitoit l'âme à s'élever au ciel; qui est aussi la même idée qu'en ont tous les catholiques.
La coutume de prier pour les morts est autorisée, comme ayant un fondement certain dans le livre des Machabées, et comme ayant été reçue dès le commencement de l'Église : tout est approuvé, jusqu'à l'usage « de faire dire des messes pour la délivrance des âmes des trépassés s : » par où on reconnoissoit dans la messe ce qui faisoit l'aversion de la nouvelle réforme, c'est-à-dire cette vertu par laquelle, indépendamment de la communion, elle profitoit à ceux pour qui on la disoit, puisque sans doute ces âmes ne communioient pas.
Le roi disoit à chacun de ces articles, qu'il ordonnoit aux évêques de les annoncer au peuple « dont il leur avoit commis la conduite : *> iangage jusques alors fort inconnu dans l'Église. A la vérité, quand il décida ces points de foi, il avoit auparavant ouï les évêques, comme les juges entendent des experts : mais c'étoit lui qui ordonnoit et qui décidoit. Tous les évêques souscrivirent après Cromwel vicaire général, et Cranmer archevêque de Cantorbéri.
M. Burnet a de la honte de voir ces réformateurs approuver les principaux articles de la doctrine catholique, et jusqu'à la messe, qui seule les contenoit tous. Il les excuse en disant que « divers évêques et divers théologiens n'avoient pas eu au commencement une connoissance distincte de toutes les matières; et que, s'ils étoient relâchés à certains égards, ç'avoit été par ignorance, plutôt que par politique, ou par faiblesse 4. » Mais n'est-ce pas se moquer trop visiblement, que de faire ignorer aux réformateurs ce qu'il y avoit de plus essentiel dans la réforme? Si Cranmer et ses adhérents approuvoient de bonne foi tous ces articles, et même la messe, en quoi donc étoient-ils luthériens? Et s'ils rejetoient dès lors en leur cœur tous ces prétendus abus, comme on n'en peut douter, leur signature qu'est-ce autre chose qu'une honteuse prostitution de leur conscience? Cependant à quelque prix que ce soit, M. Burnet veut que dès lors on ait réformé, à cause que dès le premier article de la définition de Henri, on recommandoit au peu-
t. Tom. I, liv. III, pag. 298. — 2. Ibid., 258.
î. Rec. des pièc, i part., add., n. t. — 4. Eurn., tom. I, liv. III, pag. 299.
pie « la foi à l'Écriture et aux trois symboles 1 , » avec défense de rien dire qui n'y fût conforme : chose que personne ne nioit, et qui ainsi n'avoit pas besoin d'être réformée.
Voilà les articles de foi donnés par Henri en 1556. Mais quoiqu'il n'eût pas tout mis, et qu'en particulier il y eût quatre sacrements dont il n'avoit fait aucune mention, la confirmation, l'extrême-onction , l'ordre et le mariage ; il est très-constant d'ailleurs qu'il n'y changea rien, non plus que dans les autres points de notre foi : mais il voulut en particulier exprimer dans ses articles ce qu'il yavoit alors de plus controversé, afin de ne laisser aucun doute de sa persévérance dans l'ancienne foi.
En ce même temps, par le conseil de Cromwel, et pour engager sa noblesse dans ses sentiments, il vendit aux gentilshommes de chaque province les terres des couvents qui avoient été supprimés, et les leur donna à fort bas prix. Voilà les adresses des réformateurs, et les liens par où l'on tenoit à la réformation.
Le vice-gérant publia aussi un nouveau règlement ecclésiastique, dont le fondement étoit la doctrine des articles qu'on vient de voir si conformes à la doctrine catholique. M. Burnet trouve beaucoup d'apparence à croire que ce règlement fut dressé par Cranmer2, et nous donne une nouvelle preuve que cet archevêque étoit capable, en matière de religion, de dissimulations les plus criminelles.
Henri s'expliqua encore plus précisément sur l'ancienne loi, dans la déclaration de ces six articles fameux qu'il publia en 1539. Il établissoit dans le premier la transsubstantiation; dans le second, la communion sous une espèce; dans le troisième, le célibat des prêtres, avec la peine de mort contre ceux qui y contreviendroient; dans le quatrième, l'obligation de garder les vœux; dans le cinquième, les messes particulières; dans le sixième, la nécessité de la confession auriculaire3. Ces articles furent publiés par l'autorité du roi et du parlement, à peine de mort pour ceux qui les combattroient opiniâtrement, et de prison pour les autres, autant de temps qu'il plairoit au roi.
Pendant que Henri se déclaroit d'une manière si terrible contre la réformation prétendue, Cromwel le vice-gérant, et l'archevêque, ne voyoient plus d'autre moyen de ,1'avancer qu'en donnant au roi une femme qui protégeât leurs personnes et leurs desseins. La reine Jeanne Seymour étoit morte dès l'an 1537, en accouchant d'Edouard4. Si elle n'éprouva pas la légèreté de Henri , M. Burnet reconnoît qu'elle en est apparemment redevable à la brièveté de sa vie*. Cromwel, qui se souvenoit combien les femmes de Henri avoient de pouvoir sur lui tant qu'elles en étoient aimées, crut que la beauté d'Anne de Clèves seroit propre à seconder ses desseins, et porta le roi à l'épouser. Mais par malheur ce prince devint amoureux de Catherine Howard6; et à peine eut il accompli son mariage avec Anne, qu'il tourna toutes ses pensées
1. Tom. I, liv. III, pag. 293, 298. — 2. Tom I, liv. II, pag. 308. 3. Liv. ni, pag. 352. — 4. Pag. 351. — 5. Tom. I, liv. III, pag. 282 6. Pag. 379.
à le rompre. Le vice-gérant porta la peine de l'avoir conseillé, et il trouva sa perte où il avoit cru trouver son soutien. On s'aperçut qu'il donnoit une secrète protection aux nouveaux prédicateurs, ennemis des six articles et de la présence réelle, que le roi défendoit avec ardeur1. Quelques paroles qu'il dit à cette occasion contre le roi furent rapportées. Ainsi, par l'ordre de ce prince, le parlement le condamna comme hérétique et traître à l'État. On remarqua qu'il fut condamné sans être ouï2; et qu'ainsi il porta la peine du détestable conseil dont il avoit été le premier auteur, de condamner des accusés sans les entendre. Et on dira que la main de Dieu n'est pas visible sur ces malheureux réformateurs, qui étoient aussi, comme on voit, les plus méchants aussi bien que les plus hypocrites de tous les hommes.
Cromwel prostituoit plus que tous les autres sa conscience à la flatterie, puisque par sa qualité de vice-gérant il autorisoit en public tous les articles de foi de Henri, 'qu'il tâchoit secrètement de détruire. M. Burnet conjecture que, si on refusa de l'entendre, c c'est qu'apparemment, dans toutes les choses qu'il avoit faites « pour la réformation prétendue, « il étoit muni de bons ordres de son maître, et n'avoit agi vraisemblablement que par le commandement du roi, dont les démarches vers une réforme sont assez connues3. » Mais à ce coup l'artifice est trop grossier; et pour y être surpris, il faudroit vouloir s'aveugler. M. Burnet osera-t-il dire que les démarches qu'il attribue à Henri vers la réforme ont été au préjudice de ses six articles, ou de la présence réelle, ou de la messe? 11 se démentiroit lui-même, puisqu'il avoue dans tout son livre que ce prince a toujours été très-zélé, ou pour parler avec lui, très-entêté de tous ces articles. Cependant il voudroit ici nous faire accroire que Cromwel avoit des ordres secrets pour les afToiblir, pendant qu'on le fait mourir lui-même pour avoir favorisé ceux qui s'y opposoient.
Mais laissons les conjectures de M. Burnet, et les tours dont il tâche en vain de colorer la réformation, pour nous attacher aux faits que la bonne foi ne lui permet pas de nier. Après la condamnation de Cromwel, il restoit encore, pour satisfaire le roi, à se défaire d'une épouse odieuse, en cassant le mariage d'Anne de Clèves. Le prétexte en étoit grossier. On alléguoit pour cause de nullité les fiançailles de cette princesse avec le marquis de Lorraine, pendant que les deux parties étoient en minorité, et sans que jamais ils les eussent ratifiées étant majeurs4. On voit bien qu'il n'y a rien de plus foible pour casser un mariage accompli; mais, au défaut des raisons, le roi avait un Cranmer prêt à tout faire. Par le moyen de cet archevêque, ce mariage fut cassé comme les deux autres : « la sentence en fut prononcée le neuvième juillet 1540, signée de tous les ecclésiastiques des deux chambres, et scellée du sceau des deux archevêques 5. » M. Burnet en a honte, et il avoue que « Henri n'avoit jamais eu une marque plus éclatante de la complaisance aveugle de ses ecclésiastiques. Car ils
\. Tom. I, liv. III, pag. 381. — 2. Pag. 363, 382, 538.-3. Pag. 382. 4. Pag. 373, 375, 385. — 5. Pag. 385.
sa voient, poursuit-il, que ce contrat prétendu, dont on faisoit le fondement du divorce, n'a voit rien qui portât atteinte au mariage1. » Ils agissoient donc ouvertement contre leur conscience; mais, afin qu'on ne se laisse pas éblouir une autre fois aux spécieuses paroles de la nouvelle réforme, il est bon de remarquer qu'ils donnent cette sentence «en représentant le concile universel; » après avoir dit que le roi ne leur demandoit que ce « qui étoit véritable, ce qui étoit juste, ce qui étoit honnête et saint2, » voilà comme parloient ces évêques corrompus. Cranmer, qui présidoit à cette assemblée, et qui en porta le résultat au parlement, fut le plus lâche de tous; et M. Burnet, après lui avoir cherché une vaine excuse, est obligé d'avouer que, « craignant que ce ne fût là une nouvelle entreprise pour le perdre, il fut de l'avis général3. Tel fut le courage de ce nouvel Athanase et de ce nouveau Cyrille.
Sur cette inique sentence, le roi épousa Catherine Howard, assez zélée pour la réforme, aussi bien qu'Anne de Boulen : mais le sort de ces réformées est étrange. La vie scandaleuse de celle-ci lui fit bientôt perdre la tête sur un échafaud ; et la maison de Henri fut toujours remplie de sang et d'infamie.
Les prélats dressèrent une Confession de foi, que ce prince confirma par son autorité 4. Là on déclara en termes formels l'observation des sept sacrements : celui de la pénitence dans l'absolution du prêtre; la confession nécessaire; la transsubstantiation; la concomitance, «ce qui levoit, » dit M. Burnet, a la nécessité de la communion sous les deux espèces 5; 53 l'honneur des images, et la prière des saints au même sens que nous avons vu dans les premières déclarations du roi, c'està-dire au sens de l'Église; la nécessité et le mérite des bonnes œuvres pour obtenir la vie éternelle; la prière pour les morts6; et, en un mot, tout le reste de la doctrine catholique, à la réserve de l'article de la primauté, dont nous parlerons à part.
Cranmer souscrivit à tout avec les autres : car, encore que M. Burnet témoigne que quelques articles avoient passé contre son avis, il cédoit à la pluralité, et on ne nous marque aucune opposition de sa part au décret commun. La même exposition avoit été publiée par l'autorité du roi dès l'an 1538, signée de dix-neuf évêques, de huit archidiacres et de dix-sept docteurs, sans aucune opposition. Voilà quelle étoit alors la foi de l'Église anglicane et de Henri, qu'elle s'étoit donné pour chef. L'archevêque passoit tout contre sa conscience. La volonté de son maître étoit sa règle suprême; et au lieu du saint Siège avec l'Église catholique, c'était le roi seul qui devenait infaillible.
Cependant il continuoit à dire la messe, qu'il rejetoit dans son cœur, encore qu'on n'eût rien changé dans les missels. M. Burnet demeure d'accord que a les altérations furent si légères, qu'on ne fut point obligé de faire imprimer de nouveau ni les bréviaires ni les