Burn., ibid
ne prétend nullement représenter la Divinité. Le reste étoit si excessif que personne ne le peut soutenir : car ou il ne conclut rien ou il conclut à la défense absolue de l'usage de la peinture et de la sculpture ; foiblesse qui à présent est universellement rejetée de tous les chrétiens, et réservée à la superstition et grossièreté des mahométans et des juifs.
La reine demeura plus ferme sur le point de l'eucharistie. Il est de la dernière importance de bien comprendre ses sentiments, selon que M. Burnet les rapporte1 : a Elle estimoit qu'on s'étoit restreint, du temps d'Edouard, sur certains dogmes, dans des limites trop étroites et sous des termes trop précis; qu'il falloit user d'expressions plus générales, où les partis opposés trouvassent leur compte. » Voilà ses idées en général. En les appliquant à l'eucharistie , « son dessein étoit de faire concevoir en des paroles un peu vagues la manière de la présence de Jésus-Christ dans l'eucharistie. Elle trouvoit fort mauvais que par des explications si subtiles on eût chassé du sein de l'Église ceux qui croyoient la présence corporelle. » Et encore2 : « Le dessein étoit de dresser un office pour la communion, dont les expressions fussent si bien ménagées, qu'en évitant de condamner la présence corporelle, on réunit tous les Anglois dans une seule et même Église. »
On pourroit croire peut-être que la reine jugea inutile de s'expliquer contre la présence réelle, à cause que ?es sujets se portoient d'euxmêmes à l'exclure; mais au contraire, « la plupart des gens étoient imbus de ce dogme de la présence corporelle : ainsi la reine chargea les théologiens de ne rien dire qui le censurât absolument; mais de le laisser indécis, comme une opinion spéculative que chacun auroit la liberté d'embrasser ou de rejeter. »
C'étoit ici une étrange variation dans un des principaux fondements de la réformation anglicane. Dans la Confession de foi de 1551, sous Edouard, on avoit pris avec tant de force le parti contraire à la présence réelle , qu'on la déclara impossible et contraire à l'ascension de Notre-Seigneur. Lorsque sous la reine Marie, Cranmer fut condamné comme hérétique, il reconnut que le sujet principal de. sa condamnation « fut de ne point reconnoître dans l'eucharistie une présence corporelle de son Sauveur, a Ridley, Latimer et les autres prétendus martyrs de la réformation anglicane, rapportés par M. Burnet, ont souffert pour la même cause. Calvin en dit autant des martyrs françois, dont il oppose l'autorité aux luthériens3. Cet article paroissoit encore si important en 1549, et durant le règne d'Edouard, que lorsqu'on y voulut travailler à faire « un système de doctrine qui embrassât, » dit M. Burnet4, « tous les points fondamentaux de la religion, on approfondit surtout l'opinion de la présence de Jésus-Christ dans le sacrement. » C'étoit donc alors non-seulement un des points fondamentaux, mais encore parmi les fondamentaux un des premiers. Si c'étoit un Doint si fondamental, et le principal sujet de ces martyrs tant vantés,