‹ Œuvres choisies de BossuetChapitre 39 sur 210 · Burn., lib. III, pag. 557. —2. Ibid., pag · texte numérisé non relu

Burn., lib. III, pag. 557. —2. Ibid., pag

3. Calv. Dilue, explic. Opusc, pag. 861. — (t. Lib. II, pag. 158.

ou ne pouvoit l'expliquer en termes trop précis. Après une explication aussi claire que celle qu'on avoit donnée sous Edouard, en revenir, comme vouloit Elisabeth, « à des expressions générales » qui laissassent la chose « indécise, » et « où les partis opposés trouvassent leur compte, » en sorte qu'on en pût croire tout ce qu'on voudroit, c'étoit trahir la vérité et lui égaler l'erreur. En un mot, « ces termes vagues » dans une Confession de foi n'étoient qu'une illusion dans la matière du monde la plus sérieuse, et qui demande le plus de sincérité. C'est ce que les réformés d'Angleterre eussent dû représentera Elisabeth. Mais la politique l'emporta contre la religion, et l'on n'étoit plus d'humeur à tant rejeter la présence réelle. Ainsi « l'article xxix » de la Confession d'Edouard, où elle étoit condamnée, « fut fort changé1 : » on y ôta tout ce qui montroit la présence réelle impossible, et contraire à la séance de Jésus-Christ dans les cieux. « Toute cette forte explication, dit M. Burnet, fut effacée dans l'original avec du vermillon.» L'historien remarque avec soin qu'on peut encore la lire : mais cela même est un témoignage contre la doctrine qu'on efface. On vouloit qu'on la pût lire encore, afin qu'il restât une preuve que c'étoit précisément celle-là qu'on avoit voulu retrancher. On avoit dit à la reine Elisabeth, sur les images, que «la gloire des premiers réformateurs seroit flétrie, si l'on venoit à rétablir dans les églises ce que ces zélés martyrs de la pureté évangélique avoient pris soin d'abattre2. » Ce n'étoit pas un moindre attentat de retrancher de la Confession de foi de ces prétendus martyrs ce qu'ils avoient y mis contre la présence réelle, et d'en ôter la doctrine pour laquelle ils avoient versé leur sang. Au lieu de leurs termes simples et précis, on se contenta de dire selon le dessein d'Elisabeth, « en termes vagues, que le corps de Notre-Seigneur Jésus-Christ est donné et reçu d'une manière spirituelle, et que le moyen par lequel nous le recevons est la foi 3. » La première partie de l'article est très-variable, en prenant « la manière spirituelle » pour une manière au-dessus des sens et de la nature, comme la prennent les catholiques et les luthériens; et la seconde n'est pas moins certaine, en prenant la réception pour la réception utile, et au sens que saint Jean disoit en parlant de Jésus-Christ, que « les siens ne le reçurent pas4, » encore qu'il fût au monde en personne au milieu d'eux : c'està-dire, qu'ils ne reçurent ni sa doctrine ni sa grâce. Au surplus ce qu'on ajoutoit dans la Confession d'Edouard sur la communion des impies, qui ne reçoivent que les symboles, fut pareillement retranché; et on prit soin de n'y conserver sur la présence réelle que ce qui pouvoit être approuvé par les catholiques et les luthériens.

Par la même raison on changea dans la liturgie d'Edouard ce qui condamnoit la présence corporelle. Par exemple, on y expliquoit qu'en se mettant à genoux, lorsqu'on recevoit l'eucharistie, « on ne prétendoit rendre par là aucune adoration à une présence corporelle de la chair et du sang; cette chair et ce sang n'étant point ailleurs que dan9

1. Burn., liv. III, pag. 601. — 2. Ibid., pag. 588. — 3. Ibid., pag. 601. 4. Joan., i, 10, il.

le ciel '. » Mais sous Elisabeth on retrancha ces paroles, et on laissa la liberté tout entière d'adorer dans l'eucharistie la chair et le sang de Jésus-Christ comme présents. Ce que les prétendus martyrs et les auteurs de la réformation anglicane a voient regardé comme une grossière idolâtrie, devint sous Elisabeth une action innocente. Dans la seconde liturgie d'Edouard on avoit ôté ces paroles, qu'on avoit laissées dans la première : « Le corps ou le sang de Jésus-Christ garde ton corps et ton âme pour la vie éternelle; » mais ces mots, qu'Edouard avoit retranchés parce qu'ils sembloient a trop favoriser la présence corporelle, furent rétablis par Elisabeth 2.» La foi alloit au gré des rois-; et ce que nous venons de voir ôté dans la liturgie par la même reine, y fut depuis remis sous le feu roi Charles II.

Malgré tous ces changements dans des choses si essentielles, M. Burnet veut eue nous croyions qu'il n'y eut point de variations dans la doctrine de la réforme en Angleterre, a On y détruisoit, dit-il s, alors,» tout de même qu'aujourd'hui, le dogme de la présence corporelle; et a seulement on estima qu'il n'étoit ni nécessaire ni avantageux de s'expliquer trop nettement là-dessus : » comme si on pouvoit s'expliquer trop nettement sur la foi. Mais il faut encore aller plus avant. C'est varier manifestement dans la doctrine, non-seulement d'en embrasser une contraire, mais encore de laisser indécis ce qui auparavant étoit décidé. Si les anciens catholiques après avoir décidé, en termes précis, l'égalité du Fils de Dieu avec son Père, avoient supprimé ce qu'ils en avoient prononcé à Nicée, pour se contenter simplement de l'appeler Dieu, en termes vagues, et au sens que les ariens n'avoient pu nier, en sorte que ce qu'on avoit si expressément décidé devînt indécis et indifférent, n'auroient-ils pas manifestement changé la foi de l'Église, et fait un pas en arrière? Or c'est ce qu'a fait l'Église anglicane sous Elisabeth ; et on ne peut pas en convenir plus clairement que M. Burnet en est convenu dans les paroles que nous avons rapportées, où il paroît en termes formels que ce ne fut ni par hasard ni par oubli qu'on omit les expressions, du temps d'Edouard; mais par un dessein bien médité a de ne rien dire qui censurât la présence corpoTelie, et au contraire de laisser ce dogme indécis, en sorte que chacun eût la liberté de l'embrasser ou de le rejeter : » ainsi, ow sincèrement ou par politique, on revint de la foi des réformateurs, et on laissa pour indifférent le dogme de la présence corporelle, contre lequel ils avoienl combattu jusqu'au sang.

C'est là encore l'état présent de l'Église d'Angleterre, si nous en croyons M. Burnet. Ça été sur ce fondement que l'évêque Guillaume Bedel, dont il a écrit la vie, crut qu'un grand nombre de luthériens, qui s'étoient réfugiés à Dublin, pouvoient communier sans crainte avec l'Église anglicane4, a qui en effet, dit M. Burnet, a eu une telle modération sur ce point (de la présence réelle), que, n'y ayant aucune définition positive de la manière dont le corps de Jésus-Christ esl

Page 1