Ibid
d'eux le voulût entreprendre, surtout à la requête des États de France, ou de la plus saine partie d'iceux1. » C'est donc ici une seconde démonstration contre la nouvelle réforme, en ce que les théologiens que l'on consulta étoient protestants; comme il est expressément expliqué par M. de Thou, auteur non suspect 5. Et Bèze le fait assez voir, lorsqu'il dit qu'on prit l'avis a des plus doctes théologiens, » qui, selon lui, ne pouvoient être que des réformés. On en peut bien croire autant des jurisconsultes; et jamais on n'en a nommé aucun qui fût catholique.
Une troisième démonstration qui résulte des mêmes paroles, c'est que ces princes du sang, a magistrats nés dans cette affaire, » furent réduits au seul prince de Condé, protestant déclaré, quoiqu'il y en eût pour les moins cinq ou six autres, et entre autres le roi de Navarre, frère aîné du prince et premier prince du sang; mais que le parti craignoit plutôt qu'il n'en étoit assuré : circonstance qui ne laisse pas le moindre doute que le dessein de la nouvelle réforme ne fût d'être maltresse de l'entreprise.
Et non-seulement le prince est le seul qu'on met à la tête de tout le parti; mais, ce qui fait la quatrième et dernière conviction contre la réforme, c'est que « cette plus saine partie des États » dont on demandoit le concours, furent presque tous de ces réformés. Les ordres les plus importants et les plus particuliers s'adressoient à eux, et l'entreprise les regardoit seuls 3; car le but qu'on s'y proposa étoit, comme l'avoue Bèze ', « qu'une Confession de foi fût présentée au roi, pourvu d'un bon et légitime conseil. » On voit assez clairement que a ce conseil n'auroit jamais été bon et légitime » que le prince de Condé avec son parti n'en fût le maître, et que les réformés n'eussent obtenu ce qu'ils vouloient. L'action devoit commencer par une requête qu'ils eussent présentée au roi pour avoir la liberté de conscience; et celui qui conduisoit tout fut La Renaudie, un faussaire, et condamné comme tel à de rigoureuses peines par l'arrêt d'un parlement où il plaidoit un bénéfice; qui ensuite réfugié à Genève, hérétique par dépit, a brûlant du désir de se venger, et de couvrir l'infamie de sa condamnation par quelque action hardie &, » entreprit de soulever autant qu'il pourroit trouver de mécontents; et à la fin retiré à Paris, chez un avocat huguenot, ordonnoit tout de concert avec Antoine Chandieu, ministre de Paris, qui depuis se fit nommer Sadaël.
Il est vrai que l'avocat huguenot chez qui illogeoit, et Lignères, autre huguenot, eurent horreur d'un crime si atroce, et découvrirent l'entreprise*: mais cela n'excuse pas la réforme, et ne fait que nous montrer qu'il y avoit des particuliers dans la secte dont la conscience étoit meilleure que celle des théologiens et des ministres, et que celle de Bèze même et de tout le gros du parti, qui se jeta dans la conspi-
i. Bèze, Hist. ecclés., liv. III, pag. 249.
2. Lib. XXIV, pag. 373. Edit. Genev. — 3. La Poplin., liv. VI, pag. 164, etc.