Sy*t. Gen., i part., pag. I. — 2. Ibid., init. Praef
3. Conf., 1532, art. ix; Synt. Gen. r, pag. 68, 1538; art. il, m, ibid., p. 72
en 1554, on voit que le calvinisme commencent à gagner; la justice imputativo parcît1 : on avoit été réformé près de quarante ans, sans connoître ce fondement delà réforme. La chose ne fut expliquée à fond qu'en 1566 2 , et ce fut par un tel progrès que des excès de Zuingle on passa insensiblement à ceux do Calvin.
Au chapitre des bonnes œuvres on en parle dans le même sens que font les autres protestants, comme des fruits nécessaires de la foi, et en rejetant leur « mérite », dont nous avons vu qu'on ne disoit mot dans les Confessions précédentes. On se sert ici, pour les condamner, d'un mot souvent inculqué par saint Augustin, mais on le rapporte mal; et au lieu que saint Augustin dit et répète sans cesse que Dieu « couronne ses dons en couronnant nos mérites, » on lui fait dire «qu'il couronne en nous non pas nos mérites, mais ses dons3. On voit bien la différence de ces deux expressions, dont l'une joint les mérites avec les dons, et l'autre les en sépare. Il semble pourtant qu'à la fin on ait voulu faire entendre qu'on ne condamnoit le mérite que comme opposé à la grâce, puisqu'on finit par ces paroles : « Nous condamnons donc tous ceux qui défendent tellement le mérite, qu'ils nient la grâce. » A vrai dire, ce n'est donc ici que les pélagiens dont on condamne l'erreur; et le mérite que nous admettons est si peu contraire à la grâce, qu'il en est le don et le fruit.
Dans le chapitre x, la vraie foi est attribuée aux seuls prédestinés, par ces paroles : « Chacun doit tenir pour indubitable que, s'il croit, et qu'il soit en Jésus-Christ, il est prédestiné4. » Et un peu après: « Si nous communiquons avec Jésus-Christ, et qu'il soit à nous, et nous à lui par la vraie foi; ce nous est un témoignage assez clair et assez ferme que nous sommes écrits au livre de vie. » Par là il paroît que la vraie foi, c'est-à-dire la foi justifiante, n'appartient qu'aux seuls élus; que cette foi et cette justice ne se perd jamais finalement, et que la foi temporelle n'est pas la vraie foi justifiante. Ces mêmes paroles semblent établir la certitude absolue de la prédestination : car encore qu'on la fasse dépendre de la foi, c'est une doctrine reçue dans tout le parti protestant, que le fidèle, puisqu'il dit, « Je crois, » sent la vraie foi en lui-même. Mais en cela ils n'entendent pas la séduction de notre amour-propre, ni le mélange de nos passions si étrangement compliquée^ que nos propres dispositions, et les motifs véritables qui nous l'ont agir, sont souvent la chose du monde que nous connoissons avec le moins de certitude •. de sorte qu'en disant, « Je crois, » avec ce père affligé de l'Évangile5; quelque touchés que nous nous sentions, et quand nous pousserions à son exemple des cris lamentables, accompagnés d'un torrent de larmes, nous devons toujours ajouter avec lui : « Aidez, Seigneur, mon incrédulité; » et montrer par ce moyen que dire, « Je crois, » c'est plutôt en nous un effort pour produire un si grand acte, qu'une certitude absolue de l'avoir produit.