Conf. fia., cap. xv -, Synt. Gen., 1 part., pag
3. Conf. fia., cap. xv, Synt. Gen., 1 part., pag. 26. — 4. Cap. x, pag. 15. 5. Marc. IX, 23.
Quelque long que soit le discours que font les zuingliens sur le libre arbitre dans le chapitre ix de leur Confession', voici le peu qu'il y a de substantiel. Trois états de l'homme sont bien distingués : celui de sa première institution, où il pouvoit se porter vers le bien et se détourner du mal; celui de la chute, où, ne pouvant plus faire le bien, il demeure « libre pour le mal, » parce qu'il « l'embrasse volontairement, et par conséquent avec la liberté, » quoique Dieu prévienne souvent l'effet de son choix, et l'empêche d'accomplir ses mauvais desseins; et celui de sa régénération, où, rétablir par le Saint-Esprit « dans le pouvoir de faire le bien volontairement, il est libre : » mais aon pleinement, à cause de l'infirmité et de la concupiscence qui lui restent; « agissant néanmoins non point passivement ; » ce sont les termes, assez étranges, je l'avoue; car qu'est-ce qu'agir passivement? et à qui une telle idée peut-elle être tombée dans l'esprit? mais enfin nos zuingliens ont voulu parler ainsi. « Agissant (ils continuent à parler de l'homme régénéré) non point passivement, mais activement, dans le choix du bien et dans l'opération par laquelle il l'accomplit. » Qu'il restoit à dire de choses pour s'expliquer nettement! Il falloit joindre à ces trois états celui où se trouve l'homme entre la corruption et la régénération, lorsque, touché par la grâce, il commence à enfanter l'esprit du salut parmi les douleurs de la pénitence. Cet état n'est pas l'état de la corruption, où on ne veut que le mal, puisqu'on y commence à vouloir le bien; et si les zuingliens ne vouloient point le regarder comme un état, puisque c'est plutôt le passage d'un état à l'autre; ils dévoient du moins expliquer en quelque autre endroit, que dans ce passage et avant la régénération, l'effort qu'on fait par la grâce pour se convertir n'est pas un mal. Nos réformés ne connoissent point ces précisions nécessaires. Il falloit aussi expliquer si, dans ce passage , lorsque nous sommes attirés au bien par la grâce , nous y pouvons résister; et encore si dans l'état de la corruption nous faisons tellement le mal de nous-mêmes, que nous ne puissions même nous abstenir d'un mal plutôt que d'un autre; et enfin si , dans l'état de la régénération, faisant le bien par la grâce, nous y sommes si fortement entraînés que nous ne puissions alors nous détourner vers le mai. On avoit besoin de toutes ces choses pour bien entendre l'opération et même la notion du libre arbitre, que ces docteurs laissent embrouillée par des notions trop vagues et trop équivoques.
Mais ce qui finit le chapitre montre encore mieux la confusion de leurs pensées. « On ne doute point, disent-ils, que les hommes régénérés ou non régénérés n'aient également leur libre arbitre dans les actions ordinaires, puisque, l'homme n'étant pas inférieur aux bêtes, il a cela de commun avec elles, qu'il veut de certaines choses et n'en veut pas d'autres : ainsi il peut parler et se taire, sortir de la maison et y demeurer. » Étrange pensée, de nous faire libres à la manière des bêtes! ils n'ont pas une idée plus noble de la liberté de l'homme, puisqu'ils disent, un peu devant, que par ce sa chute il n'est pas tout à
i. Gap. ix, pag, 12.
fait changé en pierre et en bûche1; » comme si on vouloit dire qu'il ne s'en faut guère. Quoi qu'il en soit, les Suisses zuingliens n'en prétendent pas davantage ; et les protestants d'Allemagne se mettent encore davantage au-dessous, lorsqu'ils disent que dans la conversion, c'està-dire dans la plus noble action de l'homme, dans l'action où il s'unit avec Dieu, il n'agit non plus qu'une pierre ou qu'une bûche, quoique hors de là il agisse d'une autre manière2. 0 homme! où t'es-tu laissé toi-même, quand tu expliques si bassement ton libre arbitre? Mais enfin, puisque l'homme n'est pas une bûche, et que dans les actions ordinaires on fait consister son libre arbitre à pouvoir faire et ne faire pas certaines choses, il falloit considérer que, ne trouvant pas en nous-mêmes une autre manière d'agir dans les actions naturelles que dans les autres, cette même liberté nous suit partout, et que Dieu sait bien nous la conserver lors même qu'il nous élève par sa grâce à des actions surnaturelles; n'étant pas digne de son Saint-Esprit de nous faire agir dans celles-là, non plus que dans les autres, comme des bêtes, ou plutôt comme des pierres et comme des bûches.
On s'étonnera peut-être de ce que nous n'avons rien dit de toutes ces choses en parlant de la Confession des calvinistes. Mais c'est qu'ils les passent sous silence, et ne trouvent pas à propos de parler de la manière dont l'homme agit; comme si c'étoit une matière indifférente à l'homme même, ou qu'il n'appartînt pas à la foi de connoître dans la liberté, avec l'un des plus beaux traits que Dieu mit en nous pour nous faire à son image, ce qui nous rend dignes de blâme ou de louange devant Dieu et devant les hommes.
Il reste l'article de la cène, où les Suisses paroîtront plus sincères que jamais. Ils ne se contentent plus de ces termes vagues que nous leur avons vu employer une seule fois, en 1536, par les conseils de Bucer, et par complaisance pour les luthériens. Calvin même, leur bon ami, ne leur put persuader la « propre substance, » ni les miracles incompréhensibles par lesquels le Saint-Esprit nous la donnoit, malgré l'éloignement des lieux. Ils disent donc3 qu'à la vérité nom recevons « non pas une nourriture imaginaire, mais le propre corps, le vrai corps de Notre-Seigneur, livré pour nous; mais intérieurement spirituellement, par la foi: » le corps et le sang de Notre-Seigneur; « mais spirituellement par le Saint-Esprit, qui nous donne et nous applique les choses que le corps et le sang de Notre-Seigneur nous ont méritées, c'est-à-dire la rémission des péchés, la délivrance de nos âmes et la vie éternelle. » Voilà donc ce qui s'appelle a la chose reçue » dans ce sacrement. Cette chose reçue en effet, c'est la rémission des péchés et la vie spirituelle; et si le corps et le sang sont reçus aussi, c'est par leur fruit et par leur effet, ou, comme l'on ajoute après, apai leur figure, par leur commémoration, » et non pas par leur substance. C'est pourquoi après avoir dit que « le corps .de Notre-Seigneur n'est que dans le ciel, où il le faut adorer, et non pas sous les espèces
1. Pag. 12, 13.— 2. Concord.y pag. 662; ci-dessus, tom. V, liv. VIII. 3. Cap. xxi, p. 48.
du pain1: » pour expliquer la manière dont il est présent, « il n'est pas, disent-ils, absent de la cène. Bien loin que le soleil soit dans le ciel absent de nous, il nous est présent efficacement, « c'est-à-dire présent par sa vertu. « Combien plus Jésus-Christ nous est-il présent par son opération vivifiante! » Qui ne voit que ce qui est présent seulement par sa vertu, comme le soleil, n'a pas besoin de communiquer sa propre substance? Ces deux idées sont incompatibles; et personne n'a jamais dit sérieusement qu'il reçoive la propre substance et du soleil et des astres, sous prétexte qu'il en reçoit les influences. Ainsi les zuingliens et les calvinistes, qui, de tous ceux qui se sont séparés de Rome, se vantent d'être les plus unis entre eux, ne laissent pas de se réformer les uns et les autres dans leurs propres Confessions de foi, et n'ont pu convenir encore d'une commune et simple explication de leur doctrine.
11 est vrai que celle des zuingliens ne laisse rien de particulier à la cène. Le corps de Jésus-Christ n'y est pas plus que dans tous les autres actes du chrétien; et c'est en vain que Jésus-Christ a dit de Ja cène seule avec tant de force : « Ceci est mon corps, » puisque avec ces fortes paroles il n'a pu venir à bout d'y rien opérer de particulier. C'est le foible inévitable du sens figuré; les zuingliens Font senti et l'ont avoué franchement: a Cette nourriture spirituelle se prend, disent-ils, hors de la cène; et toutes les fois qu'on croit, le fidèle qui a cru a déjà reçu cet aliment de vie éternelle, et il en jouit: mais pour la même raison quand il reçoit le sacrement , ce qu'il reçoit n'est pas un rien : « Non nihil accipit. *> Où en est réduite la cène de Notre-Seigneur? On n'en peut dire autre chose, sinon que ce qu'on y reçoit « n'est pas un rien. » Car, poursuivent nos ".uingliens, a on y continue à participer au corps et au sang de Notre-Seigneur : » ainsi la cène n'a rien de particulier. « La foi s'échauffe, s'accroît, se nourrit par quelque aliment spirituel, car, tant que nous vivons, eile reçoit de continuels accroissements. » Elle en reçoit donc autant hors de la cène que dans la cène, et Jésus- Christ n'y est pas plus que partout ailleurs. C'est ainsi qu'après avoir dit que ce qu'on reçoit de particulier dans la cène « n'est pas un rien,» et qu'en effet on le réduit à si peu de chose; on ne peut encora expliquer ce peu qu'on y laisse. Voilà un grand vide, je l'avoue: c'étoit pour couvrir ce vide que Calvin et les calvinistes avoient inventé leurs grandes phrases. Ils ont cru remplir ce vide affreux, en disant dans leur Catéchisme que hors de la cène on ne reçoit Jésus-Christ a qu'en partie; » au lieu que dans la cène on le reçoit pleinement. Mais que sert de dire de si grandes choses, si en les disant on ne dit rien? J'aime mieux la sincérité de Zuingie 3t des Suisses, qui confessent la pauvreté de leur cène, que la fausse aoondance de nos calvinistes riches seule*ment en paroles.
Je dois donc ce témoignage aux zuingliens, que leur Confession d^ foi est la plus naturelle et la plus simple de toutes; ce que je dis norr seulement à l'égard du point de l'eucharistie, mais à l'égard de tou'
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les autres : et, en un mot, de toutes les Confessions de foi que je vois dans le parti protestant, celle de 1566 est, avec tous ses défauts, celle qui dit le plus nettement ce qu'elle veut dire.
Parmi les Polonois séparés de la communion romaine, il y en avoit quelques-uns qui défendoient le sens figuré: et ceux-ci avoient souscrit en l'an 1567 la Confession de foi que les Suisses avoient dressée Tannée précédente. Ils s'en contentèrent trois ans durant: mais en l'an 1570 ils jugèrent à propos d'en dresser une autre dans un synode tenu à Czenger, qu'on trouve dans le recueil de Genève, où ils s'expliquent d'une façon fort particulière sur la cène '.
Ils condamnent la réalité, et «selon la rêverie» des catholiques, qui disent que le pain est changé au corps, et « selon la folie » des luthériens qui mettent le corps avec le pain 2: ils déclarent particulièrement contre les derniers, que la réalité qu'ils admettent ne peut subsister sans un changement de substance; tel que celui qui arriva dans les eaux d'Egypte, dans la verge de Moïse, et dans l'eau des noces de Cana: ainsi ils reconnoissent clairement que la transsubstantiation est nécessaire, même selon les principes des luthériens. Ils témoignent tant d'horreur pour eux, qu'ils ne leur donnent point d'autre nom que celui de « mangeurs de chair humaine; » leur attribuant toujours une manière de communier « charnelle et sanglante , » comme s'ils dévoroient de la chair crue. Après avoir condamné les papistes et les luthériens, ils parlent d'autres errants qu'ils appellent Sacramentaires. « Nous rejetons, disent-ils 3, la rêverie de ceux qui croient que la cène est un signe vide du Seigneur absent. » Par ces mots ils en veulent aux sociniens, comme à des gens qui introduisent une cène vide; quoiqu'ils ne puissent montrer que la leur soit mieux remplie, puisqu'on ne trouve partout, à l'égard du corps et du sang, que « signes, commémoration et vertu 4. » Pour mettre quelque différence entre la cène zuinglienne et la socinienne, ils disent a premièrement » que « la cène-» n'est pas la a seule mémoire de Jésus-Christ absent, » et ils font un chapitre exprès de la présence de Jésus-Christ dans ce mystère 5. Mais, en la voulant expliquer, ils s'embarrassent de termes qui ne sont d'aucune langue, et que je ne puis traduire en la nôtre, tant ils sont étranges et inouïs. C'est, disent-ils, que Jésus-Christ est présent dans la cène, et comme Dieu et comme homme. Comme Dieu, « enter, présenter : » traduise ces mots qui pourra: « par sa divinité Jéhovale, t> c'est-à-dire en termes vulgaires, par sa divinité proprement dite et exprimée par le nom incommunicable, « comme la vigne dans les sarments, et comme le chef dans les membres. » Tout cela est vrai, mais ne sert de rien à la cène, où il s'agit du corps et du sang. Ils en viennent donc à dire que Jésus-Christ est présent comme homme en quatre manières. « Premièrement, disent-ils6, par son union avec le Verbe, en tant qu'il est uni au Verbe qui est partout. Secondement, il est pré-