‹ Œuvres choisies de BossuetChapitre 66 sur 210 · Ecb., serm. xm, adv. Cath., tom. IV; Bibl. PP., part · texte numérisé non relu

Ecb., serm. xm, adv. Cath., tom. IV; Bibl. PP., part

5. Serm. i, 8, H. — 6. Ibid., serm. xu. — 7 Ibid., serm. iv, etc.

et le laitage; Ecbert est le premier, que je sache, qui leur objecte cette erreur en termes formels. Il dit même qu'il a « découvert trèscertainement, r> que c'étoit la raison secrète qu'ils avoient entre eux d'éviter la viande, « parce que le diable en étoit le créateur1. » On voit la peine qu'on avoit de pénétrer le fond de leur doctrine : mais elle paroissoit assez par ses suites.

On apprend du même auteur que ces hérétiques se mitigeoient quelquefois à l'égard du mariage2. Un certain Hartuvin le permettoit parmi eux à un garçon qui épousoit une fille, et il vouloit qu'on fût vierge de part et d'autre ; encore ne devoit-on pas aller au delà du premier enfant : ce que je remarque afin qu'on voie les bizarreries d'une secte qui n'étoit pas d'accord avec elle-même, et se trouvoit souvent contrainte à démentir ses principes.

Mais la marque la plus certaine pour connoître ces hérétiques étoit le soin qu'ils avoient de se cacher, non-seulement en recevant les sacrements avec nous, mais encore en répondant comme nous, lorsqu'on les pressoit sur la foi. C'étoit l'esprit de la secte dès son commencement; et nous l'avons remarqué dès le temps de saint Augustin et de saint Léon, Pierre de Sicile, et après lui Cédrénus, nous font voir le même caractère dans les pauliciens. Non-seulement ils nioient en général qu'ils fussent manichéens; mais encore interrogés en particulier de chaque dogme de la foi, ils paroissoient catholiques en trahissant leurs sentiments par des mensonges manifestes3, ou du moins en les déguisant par des équivoques pires que le mensonge, parce qu'elles étoient plus artificieuses et plus pleines d'hypocrisie. Par exemple, quand on leur parloit de l'eau du baptême, ils la recevoient en entendant par l'eau du baptême la doctrine de Notre-Seigneur, dont les âmes sont purifiées4. Tout leur langage étoit plein de semblables allégories; et on les prenoit pour des orthodoxes, à moins d'avoir appris par un long usage à connoître leurs équivoques.

Ecbert nous en apprend une qu'on n'auroit jamais devinée. On savoit qu'ils rejetoient l'eucharistie; et lorsque, pour les sonder sur un article si important, on leur demandoit s'ils faisoient le corps de Notre- Seigneur, ils répondoient sans hésiter qu'ils le faisoient, en entendant que «leur propre corps, » qu'ils faisoient en quelque sorte en mangeant, « étoit le corps de Jésus-Christ5, » à cause que, selon saint f-aul, ils en étoient les membres. Par ces artifices ils paroissoient au dehors très-catholiques. Chose étrange! un de leurs dogmes étoit, que l'Évangile défendoit de jurer pour quelque cause que ce fût6 : cependant interrogés sur la religion, ils croyoient qu'il étoit permis non-seulement de mentir, mais encore de se parjurer; et ils avoient appris des anciens priscillianistes, autre branche de manichéens connue en Espagne, ce vers rapporté par saint Augustin : « Jurez, parjurez- vous tant que vous voudrez; et gardez-vous seulement de trahir la secte : Jura, per-

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