Ibid., serm. vi, pag. 99. — 2. Serm. v, pag
3. Petr. Sic. init. lib. De hist. Manich. — d. Ibid., Cedr., tom. I, pag. 4*4,
5. Ecb., serm. i, 11. — 6. Bern. in Cant., serm. lxv, n. 2, tom. I, col. 1491.
a jura, secretum prodere noli1. » C'est pourquoi Ecbert les appeloit des « hommes obscurs2, » des gens qui ne prêchoient pas, mais qui parloient à l'oreille; qui se cachoient dansl.es coins, et qui murmuraient plutôt en secret qu'ils n'expliquoient leur doctrine. C'étoit un des attraits de la secte : on trouvoit je rie ne sais quelle douceur dans ce secret impénétrable qu'on y observoit; et comme disoit le sage, o ces eaux qu'on buvoit furtivement paroissoient plus agréables3. » Saint Bernard, qui connoissoit bien ces hérétiques, comme nous verrons bientôt, y remarque ce caractère particulier4; qu'au lieu que les iutres hérétiques, poussés par l'esprit d'orgueil, ne cherchoient qu'à se faire connoître, ceux-ci au contraire ne travailloient qu'à se cacher: les autres vouloient vaincre; ceux-ci plus malins ne vouloient que nuire, et se couloient sous l'herbe pour inspirer plus sûrement leur venin par une secrète morsure. C'est que leur erreur découverte étoit à demi vaincue par sa propre absurdité : c'est pourquoi ils s'attaquoient à des ignorants, à des gens de métier, à des femmelettes, à des paysans, et ne leur recommandoient rien tant que ce secret mystérieux6.
Énervin, qui servoit Dieu dans une église près de Cologne, dans le temps qu'on y découvrit ces nouveaux manichéens dont Ecbert nous a parlé, en fait dans le fond le même récit que cet auteur; et ne voyant point dans l'Église de plus grand docteur à qui il pût s'adresser pour les confondre que le grand saint Bernard, abbé de Clairvaux, il lui en écrivit la belle lettre que le docte P. Mabillon nous a donnée dans ses Analectes6. Là, outre les dogmes de ces hérétiques que je ne veux plus répéter, nous voyons les partialités qui les firent découvrir : on y voit la distinction des « auditeurs » et des a élus7; » caractère certain de manichéisme marqué par saint Augustin : on y voit <c qu'ils avoient leur pape8; vérité qui se découvrit davantage dans la suite : et enfin qu'ils se glorifioient que «leur doctrine avoit duré jusqu'à nous, mais cachée, dès le temps des martyrs, et ensuite dans la Grèce, et en quelques autres pays, » ce qui est très-vrai; puisqu'elle venoit de Marcion et de Manès, hérésiarques du troisième siècle : et on peut voir par là de quelle boutique est sortie la méthode de soutenir la perpétuité de l'Église, par une suite cachée et par des docteurs répandus deçà et delà sans aucune succession manifeste et légitime.
Au reste, qu'on ne dise pas que la doctrine de ces hérétiques fut peut-être calomniée pour n'avoir pas été bien entendue : il paroît, tant par la lettre d'Énervin que par les sermons d'Ecbert, que l'examen de ces hérétiques fut fait publiquement9, et que c'étoit un de leurs évoques et un de leurs compagnons qui soutinrent leur doctrine autant qu'ils purent en présence de l'archevêque, de tout le clergé et de tout le peuple.
1. De Hœr. inhœr. PriscilL, tom. VIII, col. 22; .Ecb. serm. n; Bern., ibid
2. Jnit. lib. in serm. i, 2, 7, etc. — 3. Prov. ix, 17. k. Serm. lxv, in Cant., n. 1.