‹ Œuvres choisies de BossuetChapitre 68 sur 210 · Ibid., Ecb., init. lib., etc ; Bern. serm. lxv, lxvi · texte numérisé non relu

Ibid., Ecb., init. lib., etc ; Bern. serm. lxv, lxvi

6. Enervin, ep. ad. S. Bern., Anal, m, pag. 452. — 7. Ibid., pag. 455. 4i»6. 8. Tbid.. pag. 457. — 9. Ibid., pag. 453. Ecb., serm. i.

Saint Bernard, que le pieux Enervin excitoit à réfuter ces hérétiques, fit alors les deux beaux sermons sur les Cantiques, où il attaque si vivement les hérétiques de son temps. Ils ont un rapport si manifeste à la lettre d'Énervin, qu'on voit bien qu'elle y a donné occasion : mais on voit bien aussi, de la manière si ferme et si positive dont parle saint Bernard, qu'il étoit instruit d'ailleurs, et qu'il en savoit plus qu'Enervin lui-même. En effet, il y avoit déjà plus de vingt ans que Pierre de Bruis et son disciple Henri avoient répandu secrètement ces erreurs dans le Dauphiné, dans la Provence, et surtout aux environs de Toulouse. Saint Bernard fit un voyage dans ces pays-là pour y déraciner ce mauvais germe; et les miracles qu'il y fit en confirmation de la vérité catholique sont plus éclatants que le soleil. Mais ce qu'il importe de bien remarquer, c'est qu'il n'oublia rien pour s'instruire d'une hérésie qu'il alloit combattre, et qu'ayant conféré souvent avec les disciples de ses hérétiques, il n'en a pas ignoré la doctrine. Or il y remarque distinctement avec la condamnation du a baptême des petits enfants, » de « l'invocation des saints » et des «oblations pour les morts, » celle de «l'usage du mariage, et de tout ce qui étoit sorti » de près ou de loin o de l'union des deux sexes, comme étoit la viande et le laitage '. » Il les taxe aussi de ne pas recevoir l'Ancien Testament, et de «ne recevoir que l'Évangile tout seul2. » C'étoit encore une de leurs erreurs, notée par saint Bernard, qu'un pécheur n'étoit plus évêque, et que « les papes, les archevêques, les évêques et les prêtres n'étoient capables ni de donner ni de recevoir les sacrements, à cause qu'ils étoient pécheurs3. » Mais ce qu'il remarque le plus, c'est leur hypocrisie; nonseulement dans l'apparence trompeuse de leur vie austère et pénitente, mais encore dans la coutume qu'ils observoient constamment de recevoir avec nous les sacrements, et de professer publiquement notre doctrine qu'ils déchiroient en secret4. Saint Bernard fait voir que leur piété n'étoit que dissimulation. En apparence ils blâmoient le commerce avec les femmes, et cependant on les voyoit tous passer avec une femme les jours et les nuits. La profession qu'ils faisoient d'avoir le sexe en horreur leur servoient à faire croire qu'ils n'en abusoient pas. Ils croyoient tout jurement défendu ; et interrogés sur la foi, ils ne craignoient pas de se parjurer : tant il y a de bizarreries et d'inconstance dans les esprits excessifs. Saint Bernard concluoit de toutes ces choses, que c'étoit là ce « mystère d'iniquité » prédit par saint Paul5, d'autant plus à craindre qu'il étoit plus caché; et que ces hommes sont ceux que le Saint-Esprit a fait connoître au même apôtre comme des « hommes séduits par le démon, qui disent des mensonges en hypocrisie; dont la conscience est cautérisée, qui défendent le mariage et les viandes que Dieu à créées*. » Tous les caractères y conviennent trop clairement pour avoir besoin d'être remarqués : et voilà les prédécesseurs que sa donnent les calvinistes.

Page 1