Epist. 241 ad Toi. Vit. S. Bern., lib. III, col
3. Act. Conc. Lumb., tom. X; Conc. Labb., col. 1171, an. 1176. k, Roger. Hovep. in Annal. Angl.
Bossuet. - m 11
Paul, des sept Épîtres canoniques, des Actes et de l'Apocalypse. » C'est assez, sans parler davantage du reste, pour faire rougir nos protestants des erreurs de leurs ancêtres.
Mais pour faire soupçonner quelque calomnie dans la procédure qu'on tint contre eux, ils remarquent qu'on les appela non point manichéens, mais ariens ; que cependant les manichéens n'ont jamais été accusés d'arianisme, et que Baronius lui-même a reconnu cette équivoque !. Quelle chicane, de verbaliser sur le titre qu'on donne à une hérésie; quand on la voit désignée, pour ne point parler des autres marques, par celle de rejeter l'Ancien Testament ! Mais il faut encore montrer à ces esprits contentieux quelle raison on avoit d'accuser les manichéens d'arianisme. C'est que Pierre de Sicile dit ouvertement, qu'ils professoient la Trinité en paroles, qu'ils la nioient dans leur cœur, et qu'ils en tournoient le mystère en allégories impertinentes2.
C'est aussi ce que saint Augustin nous apprend à fond. Fauste, évoque des manichéens, avoit écrit : « Nous reconnoissons sous trois noms une seule et même divinité de Dieu le Père tout-puissant, de Jésus- Christ son Fils, et du Saint-Esprit3.» Mais il ajoute ensuite : que le Père habitoit la souveraine et principale lumière, que saint Paul appeloit inaccessible : pour le Fils, qu'il résidoit dans la seconde lumière, qui est la visible; et qu'étant double selon l'apôtre qui nous parle de la vertu et de la sagesse de Jésus-Christ, sa vertu résidoit dans le soleil, et sa sagesse dans la lune : et enfin pour le Saint-Esprit, que sa demeure étoit dans l'air qui nous environne. Voilà ce que disoit Fauste : par où saint Augustin le convainc de séparer le Fils d'avec le Père, même par des lieux corporels; de le séparer encore d'avec lui-même, et de séparer le Saint-Esprit de l'un et de l'autre4 : les situer aussi, comme faisoit Fauste, dans des lieux si inégaux, c'étoit mettre entre les personnes divines une trop manifeste inégalité. Telles étoient ces allégories pleines d'ignorance, par lesquelles Pierre de Sicile convainquait les manichéens de nier la Trinité. Ce n'étoit pas la confesser que de l'expliquer de cette sorte; mais, comme dit saint Augustin, « c'étoit coudre la foi de la Trinité à ses inventions. » Un auteur du douzième siècle, contemporain de saint Bernard, nous apprend que ces hérétiques ne disoient point, « Gloria Patri5; et Renier dit expressément que les cathares ou albigeois ne croyoient pas que la Trinité fût un seul Dieu, mais qu'ils croyoient que le Père étoit plus grand que le Fils et le Saint-Esprit6. Il ne faut donc pas s'étonner que les catholiques aient rangé quelquefois les manichéens avec ceux qui nioient la Trinité sainte, et que par cette considération ils aient pu leur donner le nom d'ariens.
Pour revenir au manichéisme de ces hérétiques, Gui de Nogent, célèbre auteur du douzième siècle et plus ancien que saint Bernard, nous fait voir autour de Soissons des hérétiques, « qui faisoient un
1. La Roq. ibid. Bar., tom. XII, an. 1176, pag. 674. — '2. Petr. Sic, ibid.
3. Faust, ap. Aug., lib. XX, cont. Faut, cap. n, tom. VIII, col. 333.
4. Ibid., cap. vu, tom. VIII, col. 336. — 5. Herib. mon. ep. Anal, m 6. tten. cont. Vald., cap. vi. tom. IV. Rib). PP., pag. 759.
fantôme de l'incarnation ; qui rejetaient le baptême des petits enfants; qui avoient en horreur le mystère qu'on fait à l'autel; qui prenoient pourtant les sacrements avec nous; qui rejetoient toutes les viandes et tout ce qui sort de l'union des denx sexes1. » Ils faisoient, à l'exemple de ces hérétiques que nous avons vus à Orléans, une eucharistie et un sacrifice qu'on n'ose décrire; et pour se montrer tout à fait semblables aux autres manichéens, « ils se cachoient comme eux et se couloient en secret parmi nous, » avouant et jurant tout ce qu'on vou loit, pour se sauver du supplice.
Ajoutons à ces témoins Radulphus Ardens, auteur célèbre du onzième siècle, dans la peinture qu'il nous fait des hérétiques d'Agénois,* qui se vantent de mener la vie des apôtres; qui disent qu'ils ne mentent point; qu'ils ne jurent point; qui condamnent l'usage des viandes et du mariage ; qui rejettent l'Ancien Testament et ne reçoivent qu'une partie du Nouveau, et, ce qui est de plus terrible, admettent deux créateurs; qui disent que le sacrement de l'autel n'est que du pain tout pur; qui méprisent le baptême et la résurrection des corps2. » Sontce là des manichéens bien marqués? Or on n'y voit point d'autres caractères que dans ces Toulousains et ces albigeois, dont nous avons vu que la secte s'étoit répandue en Gascogne et dans les provinces voisines. Agen avoit eu aussi ses docteurs particuliers; mais quoi qu'il en soit, on voit partout le même esprit, et tout y est de même sorte.
Trente de ces hérétiques de Gascogne se réfugièrent en Angleterre en l'an 1160. On les appeloit poplicains ou publicains. Mais voyons quelle étoit leur doctrine par Guillaume de Neudbrige, historien voisin de ce temps, dont Spelman, auteur protestant, a inséré le témoignage dans le second tome de ses Conciles d'Angleterre. » On fit, ditil3, entrer ces hérétiques dans le concile assemblé à Oxford: Girard, qui étoit le seul qui sût quelque chose, répondit bien sur la substance du médecin céleste; mais quand on vint aux remèdes qu'ils nous a laissés, ils en parlèrent très-mal, ayant en horreur le baptême, l'eucharistie et le mariage, et méprisant l'unité catholique. » Les protestants rangent parmi leurs ancêtres ces protestants venus de Gascogne4, à cause qu'ils parlent mal du sacrement de l'eucharistie, selon les Anglois de ce temps qui étoient persuadés de la présence réelle. Mais ils devroient considérer que ces poplicains sont accusés, non pas de nier la présence réelle, mais a d'avoir en horreur l'eucharistie, aussi bien que le baptême et le mariage, trois caractères visibles du manichéisme : et je ne tiens pas ces hérétiques entièrement justifiés sur le reste, sous prétexte qu'ils en répondirent assez bien; car nous avons trop vu les artifices de cette secte; et en tout cas ils n'en seroient pas moins manichéens, quand ils auroient adouci quelques erreurs de cette secte.
Le nom même de publicains ou de poplicains étoit un nom de ma-