‹ Œuvres choisies de BossuetChapitre 71 sur 210 · De vt ta suâ, lib. III, col · texte numérisé non relu

De vt ta suâ, lib. III, col

2 Baduip. Ard. serm. in Dom. vin, part. Trin., tom. II. 3. Guill. Neudb., Rer. Angl., lib. II, c. 13; Conc. Oc, tom II; Conc. Ang Conc. Labb., tom. X, an. 1160, col. 1405. k. La ROQ., hist. de l'Euch., q 18, pag. ^60.

nichéens, comme il paroît clairement par le témoignage de Guillaume le Breton. Cet auteur, dans la vie de Philippe- Auguste, dédiée à Louis son fils aîné, parlant des hérétiques « qu'on appeloit vulgairement poplicains, dit qu'ils rejetoient le mariage ; qu'ils regardoient comme un crime de manger de la chair, et qu'ils avoient les autres superstitions que saint Paul remarque en peu de mots 1 : c'étoit dans la première à Timothée.

Cependant nos réformés croient faire honneur aux disciples de Valdo, de les mettre au nombre des poplicains2. Il n'en faudroit pas davantage pour condamner les vaudois; mais je ne me veux point prévaloir de cette erreur : je laisserai aux vaudois leurs hérésies particulières; et il me suffit d'avoir fait voir que les poplicains sont convaincus de manichéisme.

Je reconnois avec les protestants3 que le traité d'Ermengard n'a pas pu être intitulé « contre les vaudois, » comme il l'a été par Gretser; car il ne parle en aucune sorte de ces hérétiques : mais c'est que du temps de Gretser on nommoit du nom commun de vaudois toutes les sectes séparées de Rome depuis le onzième ou douzième siècle jusqu'au temps de Luther; ce qui fit que cet auteur, en publiant divers traités contre ces sectes, leur donna ce titre général, Contre les vaudois: mais il ne laissa pas de conserver à chaque livre le titre qu'il avoit trouvé dans le manuscrit. Voici donc comme Ermengard ou Ermengaud avoit intitulé son livre : Traité contre les hérétiques qui disent que c'est le démon, et non pas Dieu, qui a créé ce monde et toutes les choses visibles4. Il réfute en particulier, chapitre à chapitre toutes les erreurs de ces hérétiques, qui sont toutes celles du manichéisme que nous avons tant de fois marquées. S'ils parlent contre l'eucharistie, ils ne parlent pas moins contre le baptême : s'ils rejettent le culte des saints et d'autres points de notre doctrine, ils ne rejettent pas moins la création, l'incarnation, la loi de Moïse, le mariage, l'usage delà viande et la résurrection6; de sorte que se prévaloir de l'autorité de cette secte, c'est mettre sa gloire dans l'infamie même.

Je passe plusieurs autres témoins, qui ne sont plus nécessaires après tant de preuves convaincantes : mais5 il y en a quelques-uns qu'il ne faut oublier, à cause qu'insensiblement ils nous introduisent à la connoissance des vaudois.

Je produis d'abord Alanus, célèbre moine de l'ordre de Cîteaux, et l'un des premiers auteurs qui ont écrit contre les vaudois. Celui-ci dédia un traité contre les hérétiques de son temps au comte de Montpellier son seigneur, et le divisa en deux livres. Le premier regarde les hérétiques de son pays. Il leur attribue les deux principes et la fausseté de l'incarnation de Jésus-Christ avec son corps fantastique, et toutes les autres erreurs des manichéens contre la loi de Moïse, contre la résurrection, contre l'usage de la viande et du mariage; à quoi il

1. Philip., lib. I; Duch., tom. V; Hist. Franc, pag. 102. — 2. La Roq., 455 3. Albert. La Roq. — <i. Tome X, Bibl. PP., i part., pag. 1233. 5. Ibid., caq. xi, xn, xiu; Ibid., 10, 15, 13

ajoute quelques autres choses que nous n'avions pas vues encore dans les albigeois; entre autres, la damnation de saint Jean-Baptiste, pour avoir douté de la venue de Jésus-Christ' : car ils prenoient pour un doute du saint précurseur ce qu'il fit dire au Sauveur du monde par ses disciples: « Êtes-vous celui qui devez venir2? Pensée très-extravagante, mais très-conforme à ce qu'écrit Fauste le manichéen, au rapport de saint Augustin3. Les autres auteurs qui ont écrit contre ces nouveaux manichéens, leur attribuent d'un commun accord la même erreur4.

Dans la seconde partie de son ouvrage Alanus traite des vaudois, et il y fait un dénombrement de leurs erreurs, que nous verrons en son lieu : il nous suffit d'observer ici qu'il n'y a rien qui ressente le manichéisme, et de voir d'abord ces deux sectes entièrement distinguées.

Celle de Valdo étoit encore assez nouvelle. Elle avoit pris naissance à Lyon en 1650, et Alanus écrivoit en 1202 au commencement du treizième siècle. Jn peu après, et environ l'an 1209, Pierre de Vaucernai fit son Histoire des Albigeois, où traitant d'abord des diverses sectes et hérésies de son temps, il met en premier lieu les manichéens, dont il rapporte les divers partis5; mais où l'on voit toujours quelques caractères de ceux qu'on a remarqués dans le manichéisme, encore que dans les uns il soit outré, et dans les autres mitigé et adouci selon la fantaisie de ces hérétiques. Quoi qu'il en soit tout est du fond du manichéisme, et c'est le propre caractère de l'hérésie que que Pierre de Vaucernai nous représente « dans la province de Narbonne, » c'est-à-dire de l'hérésie des albigeois dont il entreprend l'histoire. 11 n'attribue rien de semblable à d'autres hérétiques dont il parle. « 11 y avoit, dit-il, d'autres hérétiques qu'on appeloit vaudois, d'un certains Valdius de Lyon. Ceux-là sans doute étoient mauvais; mais non pas à comparaison de ces premiers. » Il marque ensuite en peu de paroles quatre de leurs erreurs principales, et revoit aussitôt après à ses albigeois. Mais ces erreurs des vaudois sont très-éloignées du Manichéisme, comme nous verrons bientôt: et voilà encore les albigeois et les vaudois, deux sectes très-bien distinguées, et la dernière sans aucune marque de manichéens.

Les protestants veulent croire que Pierre de Vaucernai y parloit de l'hérésie des albigeois sans trop savoir ce qu'il disoit, à cause qu'il leur attribue des blasphèmes qu'on ne trouve point même dans les manichéens. Mais qui peut garantir tous les secrets et toutes les nouvelles inventions de cette abominable secte? Ce que Pierre de Vaucernai leur fait dire des deux Jésus, dont l'un est né dans une visible et terrestre Bethléem, et l'autre dans la Bethléem céleste et invisible, est à peu près de même génie que les autres rêveries des manichéens. Cette Bethléem invisible revient assez à la Jérusalem d'en haut, que les

Page 1