Serm. lxv, in Cant., n. G. — % Ibid., n. 8; Ecbert. Re
On les appeloit aussi les a insabbatés, » d'un ancien mot qui signifient des souliers, d'où sont venus d'autres mots d'une semblable signification, qui sont encore en usage en beaucoup de langues aussi bien que dans la nôtre. C'est de là donc qu'on les appela les insabbatés1, à cause de certains souliers d'une forme particulière qu'ils coupoient pardessus pour faire paroître les pieds nus, à l'exemple des apôtres, à ce qu'ils disoient; et ils aiïectoient cette chaussure, pour marque de leur pauvreté apostolique.
Voici maintenant leur histoire en abrégé. Lorsqu'ils se sont séparés, ils n'avoient encore que très-peu de dogmes contraires aux nôtres, et peut-être point du tout. En l'an 1160, Pierre Valdo, marchand de Lyon, dans une assemblée où il étoit sous la coutume avec les autres riches trafiquants, fut si vivement frappé de la mort subite d'un des plus apparents de la troupe, qu'il distribua aussitôt tout son bien, qui étoit grand, aux pauvres de cette ville2, et en ayant par ce moyen ramassé un grand nombre, il leur apprit la pauvreté volontaire, et à imiter la vie de Jésus-Christ et des apôtres. Voilà ce que dit Renier, que les protestants flattés des éloges que nous verrons qu'il donne aux vaudois, veulent qu'on croie sur ce sujet plus que tous les autres auteurs. Mais on va voir ce que peut la piété mal conduite. Pierre Pylicdorf, qui a vu les vaudois dans leur force, et en a représenté non-seulement les dogmes, mais encore la conduite avec beaucoup de simplicité et de doctrine, dit que ce Valdo, touché des paroles de l'Évangile où la pauvreté est si hautement recommandée, crut que la vie apostolique ne se trouvoit plus sur la terre3. Résolu de la renouveler, il vendit tout ce qu'il avoit. « D'autres en firent autant touchés de componction, » et ils s'unirent ensemble dans ce dessein. Au commencement cette secte, obscure et timide, n'avoit encore aucun dogme particulier, ou ne se déclaroit pas; ce qui a fait qu'Ëbrard de Béthune n'y remarque que l'affection d'une superbe et oisive pauvreté. On voyoit ces insabbatés ou ces sabbatés, comme il les nomme 4, avec leurs pieds nus, ou plutôt avec leurs «souliers coupés» par-dessus, attendre l'aumône, et ne vivre que de ce qu'on leur donnoit. On n'y blâmoit d'abord que l'ostentation; et sans encore les ranger avec les hérétiques, on leur réprochoit seulement qu'ils en imitoient l'orgueil5. Mais écoutons la suite de leur histoire6, a Après avoir vécu quelque temps dans leur pauvreté prétendue apostolique, ils s'avisèrent que les apôtres n'étoientpas seulement pauvres, mais encore prédicateurs» de l'Évangile. Ils se mirent donc à prêcher à leur exemple, afin d'imiter en tout la vie apostolique. Mais les apôtres étoient envoyés; et ceux-ci, que leur ignorance rendoit incapables de cette mission, furent exclus par les prélats, et enfin par le saint Siège, d'un ministère qu'ils avoient usurpés sans leur permission. Ils ne laissèrent pas de continuer secrètement, et murmuroient contre le clergé qui les empêchoient de prêcher , à
i. Ebrard., ib., c. 25; Conrad. Ursper. chr., ad an. 1212.