‹ Œuvres choisies de BossuetChapitre 8 sur 210 · Epist. Alex, ad Alexand. Constantin · texte numérisé non relu

Epist. Alex, ad Alexand. Constantin

ancôtres reçurent la foi, l'autorité du Siège de Rome étoit dans une louable modération \ »

Sans disputer vainement sur ce titre d'universel que les papes ne prennent jamais, et qui peut être plus ou moins supportable, selon les divers sens dont on le prend, voyons un peu dans le fond ce que saint Grégoire, qui le rejetoit, croyoit cependant de l'autorité de son Siège Deux passages connus de tout le monde vont décider cette question. « Pour ce qui regarde, dit-il2, l'Église de Constantinople, qui doute qu'elle ne soit soumise au Siège apostolique? ce que l'empereur et Eusèbe notre frère, évêque de cette ville, ne cessent de reconnoître. » Et dans la lettre suivante, en parlant du primat d'Afrique: a Quant à ce qu'il dit, qu'il est soumis au Siège apostolique, je ne sache aucun évêque qui n'y soit soumis lorsqu'il se trouve dans quelque faute. Au surplus, quand la faute ne l'exige pas, nous sommes tous frères, selon la loi de l'humilité 3. » Voilà donc manifestement tous les évoques soumis à l'autorité et à la correction du saint Siège, et cette autorité reconnue même par l'Eglise de Constantinople, la seconde Église du monde dans ces temps-là en dignité et en puissance. Voilà le fond de la puissance pontificale: le reste, que la coutume ou la tolérance, ou l'abus même, si Ton veut, pourroit avoir introduit ou augmenté, pouvoit être conservé, ou souffert, ou étendu plus ou moins, selon que l'ordre, la paix et la tranquillité publique le demandoient. Le christianisme étoit né en Angleterre avec la reconnoissance de cette autorité. Henri VIII ne la put souffrir, « même avec cette louable modération » que Cranmer reconnoissoit dans saint Grégoire: sa passion et sa politique la lui firent attacher à sa couronne; et ce fut par une si étrange nouveauté qu'il ouvrit la porte à toutes les autres.

On dit que sur la fin de ses jours ce malheureux prince eut quelques remords des excès où il s'étoit laissé emporter, et qu'il appela les évoques pour y chercher quelque remède. Je ne le sais pas : ceux qui veulent toujours trouver dans les pécheurs scandaleux, et surtout dans les rois, de ces vifs remords qu'on a vus dans un Antiochus, ne conr.oissent pas toutes les voies de Dieu, et ne font pas assez de réflexion sur le mortel assoupissement et la fausse paix où il laisse quelquefois ses plus grands ennemis. Quoi qu'il en soit, quand Henri VIII auroit consulté ses évêques, que pouvoit-on attendre d'un corps qui avoit mis l'Église et la vérité sous le joug? Quelque démonstration que fît Henri, de vouloir dans cette occasion des conseils sincères, il ne pouvait rendre aux évêques la liberté que ses cruautés leur avoient ôtée: ils craignoient les fâcheux retours auxquels ce prince étoit sujet, et celui qui n'avoit pu entendre la vérité de la bouche de Thomas Morus son chancelier, et de celle du saint évêque de Rochestre, qu'il fit mourir l'un et l'autre pour la lui avoir dite franchement, mérita de ne l'entendre jamais.

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