‹ Œuvres choisies de BossuetChapitre 9 sur 210 · Ibid., ep. 65, nunc lib. IX, ep. 59, col · texte numérisé non relu

Ibid., ep. 65, nunc lib. IX, ep. 59, col

Il mourut en cet état; et il ne faut pas s'étonner si les choses empirèrent par sa mort. Peu à peu tout va en ruine, quand on a ébranlé .es fondements. Edouard VI, son fils unique, lui succéda, selon les .ois de l'État. Comme il n'avoit que dix ans, le royaume fut gouverné par un conseil que le roi défunt avoit établi : mais Edouard Seymour, frère de la reine Jeanne et oncle maternel du jeune roi, eut l'autorité principale, avec le titre de protecteur du royaume d'Angleterre. Il étoit zuinglien dans le cœur, et Cranmer étoit son intime ami. Cet archevêque cessa donc alors de dissimuler, et tout le venin qu'il avoit dans le cœur contre l'Église catholique parut.

Pour préparer la voie à la réformation qu'on méditoit sous le nom du roi, on commença par le reconnoître, comme on avoit fait Henri, pour chef souverain de l'Église anglicane au spirituel et au temporel. La maxime, qu'on avoit établie dès le temps de Henri VIII, étoit que « le roi tenoit la place du pape en Angleterre '. » Mais on donnoit à cette nouvelle papauté des prérogatives que le pape n'avoit jamais prétendues. Les évêques prirent d'Edouard de nouvelles commissions révocables à la volonté du roi, comme Henri l'avoit déjà déclaré; et on crut que, pour avancer la réformation, « il falloit tenir les évêques sous le joug d'une puissance arbitraire 2. » L'archevêque de Cantorbéri, primat d'Angleterre, fut le premier à baisser la tête sous ce joug honteux. Je ne m'en étonne pas, puisque c'étoit lui qui inspiroit tous ces sentiments: les autres suivirent ce pernicieux exemple. On se relâcha un peu dans la suite; et les évêques furent obligés à recevoir, comme une grâce, que le roi a donnât les évêchés à vie 3. » On expliquoit bien nettement dans leur commission, comme on avoit fait sous Henri, selon la doctrine de Cranmer, que la puissance épiscopale, aussi bien que celle des magistrats séculiers, émanoit de la royauté comme de sa source; que les évêques ne l'exerçoient que « précairement, » et qu'ils Revoient * l'abandonner à la volonté du roi, » d'où elle leur étoit communiquée. Le roi leur donnoit pouvoir « d'ordonner et de déposer les ministres, de se servir des censures ecclésiastiques contre les personnes scandaleuses; et, en un mot, de faire tous les devoirs de la charge pastorale; » tout cela « au nom du roi, et sous son autorité 4. » On reconnoissoit en même temps que cette charge pastorale étoit établie « par la parole de Dieu; » car il falloit bien nommer cette parole dont on vouloit se faire honneur. Mais encore qu'on n'y trouvât rien pour la puissance royale, que ce qui regardoit l'ordre des affaires du siècle, on ne laissa pas de l'étendre jusqu'à ce qu'il y a de plus sacré dans les pasteurs. On expédioit une commission du roi à qui on vouloit pour sacrer un nouvel évêque. Ainsi, selon la nouvelle hiérarchie, comme l'évêque n'étoit sacré que par l'autorité royale, ce n'étoit que par la même autorité qu'il célébroit les ordinations. La forme même et les trières de l'ordination, tant des évêques que des prêtres, fureît ré-

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