Hebr. vi, 13, 16, 17, et vti
de la présence réelle et de la transsubstantiation. Tant d'articles que îes protestants détestent, ou avec nous, ou contre nos sentiments, dans les vaudois, passent à la faveur de cinq ou six chefs où ces mêmes vaudois les favorisent; et malgré leur hypocrisie et leurs erreurs, ces hérétiques deviennent leurs ancêtres.
Tel étoit l'état de cette secte jusqu'au temps de la nouvelle réforme. Quoiqu'elle fît tant de bruit depuis Tan 1517, les vaudois, que nous avons vus jusqu'à cette année dans tous les sentiments de leurs ancêtres, ne s'en ébranlèrent pas. Entin en 1530, après beaucoup de soufrances, ou ils furent sollicités, ou ils s'avisèrent d'eux-mêmes de se faire des protecteurs de ceux qu'ils entendoient depuis si longtemps crier comme eux contre le pape. Ceux qui s'étoient retirés depuis environ deux cents ans, comme le remarque Seyssel1, dans les montagnes de Savoie et de Dauphiné, consultèrent Bucer et les Suisses leurs voisins. Avec beaucoup de louanges qu'ils en reçurent, Gilles, un de leurs historiens, nous apprend qu'ils reçurent aussi des avis sur trois défauts qu'on remarquoit parmi eux2. Le premier regardoit «la décision de certains points de doctrine; » le second, l'établissement de l'ordre de la discipline et des assemblées ecclésiastiques pour les faire plus à découvert; le troisième les invitoit à ne plus permettre à ceux qui désiroient d'être tenus pour membres de leurs églises « d'assister aux messes, ou d'adhérer en aucune sorte aux superstitions papales, ni de reconnoître les prêtres de l'Église romaine pour pasteurs, et se servir de leur ministère. »
Il n'en faut pas davantage pour confirmer toutes les choses que nous avons dites sur l'état de ces malheureuses églises, qui cachoient leur foi et leur culte sous une profession contraire. Sur ces avis de Bucer et d'Œcolampade, le même Gilles raconte qu'on proposa de nouveaux articles parmi les vaudois. Il avoue qu'il ne les rapporte pas tous; mais en voici cinq ou six de ceux qu'il rapporte, qui feront bien voir l'ancien esprit de la secte. Car afin de réformer les vaudois à la mode des protestants, il fallut leur faire dire3, « que le chrétien peut jurer licitement; que la confession auriculaire n'est pas commandée de Dieu; que le chrétien peut licitement exercer l'office de magistrat sur les autres chrétiens; qu'il n'y a point de temps déterminé pour jeûner; que le ministre peut posséder quelque chose en particulier pour nourrir sa famille, sans préjudice à la communion apostolique; que Jésus-Christ n'a ordonné que deux sacrements, le baptême et la sainte eucharistie.» On voit par là une partie de ce qu'il falloit réformer dans les vaudois, pour en faire des zuingliens ou des calvinistes, et entre autres qu'une des corrections étoit de ne mettre que deux sacrements. Il fallut bien aussi leur dire deux mots de la prédestination , dont assurément ils n'avoient guère entendu parler; et on les instruisit de ce nouveau dogme, qui étoit alors comme l'âme de la réforme, que « quiconque reconnoît le franc arbitre, nie la prédestination. » On voit, par ce?
1. Seyss., fol. 2. — 2. Hist. eccl. des Egl. réf. de Pierre Gilles, c. 5. 3. Gill., ibid.*, uti supra.
mêmes articles, que dans la suite des temps les Vaudois étoient tombés dans de nouvelles erreurs; puisqu'il fallut leur apprendre « qu'on doit au jour de dimanche cesser des œuvres terriennes, pour vaquer au service de Dieu; » et encore, a qu'il n'est point licite au chrétien de se venger de son ennemi *. » Ces deux articles font voir la brutalité et la barbarie où ces églises vaudoises, qu'on veut être comme la ressource du christianisme renversé, étoient tombées lorsque les protestants les réformèrent; et cela confirme ce qu'en ditSeyssel2, que c'étoit « une race d'hommes lâche et bestiale, qui à peine savent distinguer par raison s'ils sont des bêtes ou des hommes, mourants ou vivants. » Tels étoient à peu près, au rapport de Gilles, les articles de réformation qu'on proposoit aux vaudois pour les rapprocher des protestants. Si Gilles n'en a pas dit davantage, c'est ou qu'il a craint de faire paroître trop d'opposition entre les vaudois et les calvinistes, dont on tâchoit de faire un même corps, ou que c'est là tout ce qu'on put alors tirer des vaudois. Quoi qu'il en soit, il avoue qu'on ne put convenir de cet accord3, a à cause que quelques barbes estimoient qu'en établissant toutes ces conclusions, on déshonoroit la mémoire de ceux qui avoient tant heureusement conduit ces églises jusqu'alors. » Ainsi on voit clairement que le dessein des protestants n'étoit pas de suivre les vaudois^ mais de les faire changer, et de les réformer à leur mode.
Durant cette négociation avec les ministres de Strasbourg et de Baie, deux députés des vaudois eurent une longue conférence avec Œcolampande, qu'Abraham Sculter, historien protestant, rapporte tout entière dans ses Annales évangéliques, et déclare qu'il l'a transcrite de mot à mot4.
Un des députés commence la conversation en avouant que les ministres, du nombre desquels il étoit, a souverainement ignorants, étoient incapables d'enseigner les peuples : qu'ils vivoient d'aumônes et de leur travail, pauvres pâtres ou laboureurs, ce qui étoit cause de leur profonde ignorance et de leur incapacité : qu'ils n'étoient point mariés, et qu'ils ne vivoient pas toujours fort chastement; mais que lorsqu'ils avoient manqué, on leschassoit de la compagnie : que ce n'étoit pas les ministres, mais les prêtres de l'Église romaine qui administroient les sacrements aux vaudois; mais que leurs ministres leur faisoient demander pardon à Dieu de ce qu'ils recevoient les sacrements par ces prêtres, à cause qu'ils y étoient contraints; et au reste les avertissoient de n'adhérer pas aux cérémonies de l'Antéchrist : qu'ils pratiquoient la confession auriculaire, et que jusqu'alors ils avoient toujours reconnu sept sacrements, en quoi ils entendoient dire qu'ils s'étoient beaucoup trompés. » lis racontent dans la suite comme ils rejetoient la messe, le purgatoire, et l'invocation des saints; et pour s'éclaircir de leurs doutes, ils font les demandes suivantes : « S'il étoit permis aux magistrats de punir de mort les criminels, à cause que Dieu disoit : Je ne veux point la mort du pécheur. » Mais ils demandoient en même temps a s'il ne leur
t. Gill., uti supra. — 2. Seyss., fol. 38. — 3. Gill., ibid., c. 5. 4. Ann. eccl, decad. 2, ann. 1530, à pag. 294 ad 306; Heidelb.
étoit pas permis de tuer les faux frères qui les dénonçoient aux catholiques, à cause que, n'ayant point de juridiction parmi eux, il ne leur restoit que cette voie pour les réprimer : si les lois humaines et civiles par lesquelles le monde se gouvernoit étoient bonnes, vu que l'Écriture a dit que les lois des hommes sont vaines : si les ecclésiastiques pouvoient recevoir des donations et avoir quelque chose en propre; s'il étoit permis de jurer; si la distinction qu'ils faisoient du péché originel, véniel et mortel étoit recevable ; si tous les enfants, de quelque nation qu'ils soient, sont sauvés par les mérites de Jésus-Christ; et si les adultes n'ayant pas de foi peuvent l'être en quelque religion que ce soit; quels sont les préceptes judiciaires et cérémoniaux de la loi de Moïse, s'ils ont été abolis par Jésus-Christ; et quels sont les livres canoniques. » Après toutes ces demandes qui confirment si clairement tout ce que nous avons dit du dogme vaudois, et de l'ignorance bru^ taie où étoient enfin tombés ces hérétiques, leur député parle en ces termes : « Rien ne nous a tant troublés, foibles et imbéciles que nous sommes, que ce que j'ai lu dans Luther sur le libre arbitre et la prédestination; car nous croyions que tous les hommes avoient naturellement quelque force ou quelque vertu, laquelle pouvoit quelque chose ét.'.nt excitée de Dieu, conformément à cette parole : Je suis à la porte, et je frappe; et que celui qui n'ouvroit pas recevoit selon ses œuvres : mais si la chose n'est pas ainsi, je ne vois plus, comme dit Érasme, à quoi servent les préceptes. Pour la prédestination, nous croyions que Dieu avoit prévu de toute éternité ceux qui dévoient être sauvés ou réprouvés, qu'il avoit fait tous les hommes pour être sauvés, et que les réprouvés devenoient tels par leur faute : mais si tout arrive par nécessité , comme dit Luther, et que les prédestinés ne puissent pas devenir réprouvés, et au contraire; pourquoi tant de prédications et tant d'écritures, puisqu'il n'en sera ni pis ni mieux, et que tout arrive par nécessité? » Quelque ignorance qui paroisse dans tout ce discours, on voit que ces malheureux avec leur esprit grossier disoient mieux que ceux qu'ils choisissoient pour réformateurs; et voilà, si Dieu le permet, ceux qu'on nous donne pour les restes et pour la ressource du christianisme.
On ne trouve rien ici de particulier sur l'eucharistie : ce qui fait croire que la conférence n'est pas rapportée en son entier; et il n'est pas malaisé d'en deviner la raison. C'est, en un mot, que sur ce point les vaudois, comme on a pu voir, étoient plus papistes que ne vouloient les zuingliens et les luthériens. Au reste, ce député ne parle à Œcolampade d'aucune Confession de foi dont on usât parmi eux : nous avons aussi déjà vu que Rèze n'en rapporte aucune que celle que les vaudois firent en 1541, si longtemps après Luther et Calvin : ce qui fait voir manifestement que les Confessions de foi qu'on nous produit, comme étant des anciens vaudois, ne peuvent être que très-modernes, ainsi que nous le dirons bientôt.
Après toutes ces conférences avec ceux de Strasbourg et de Bâle, en 1536 Genève fut consultée par les vaudois ses voi^ns : et c'est alors que commença leur société avec les calvinistes, par les instructions de
Farel, ministre de Genève. Mais il ne faut qu'entendre parler des calvinistes eux-mêmes, pour vob combien les vaudois étoient éloignés de leur réforme. Crespin, dan*, l'Histoire des Martyrs1, dit que a ceux d'Angrogne, par longue succession et comme de père en fils, avoienï suivi quelque pureté de doctrine. » Mais, pour montrer combien à leur gré cette pureté de doctrine étoit légère, il dit en un autre endroit où il parle des vaudois de Mérindol : « Que si peu de vraie lumière qu'ils avoient, ils tâchoient de l'allumer davantage de jour en jour, a envoyer çà et là, voire jusque bien loin où ils oyoient dire qu'il s'élevoit quelque rayon de lumière2.» Et ailleurs, il convient encore « que leurs ministres, qui les enseignoient secrètement, ne le faisoient pas avec telle pureté qu'il le falloit; car d'autant que l'ignorance s'étoit débordée par toute la terre, et que Dieu avoit à bon droit laissé errer les hommes comme bêtes brutes, ce n'est point merveille si ces pauvres gens n'avoient point la doctrine si pure qu'ils ont eue depuis, et l'ont encore plus aujourd'hui que jamais3. » Ces dernières paroles font sentir la peine qu'ont eue les calvinistes, depuis 1536, à conduire les vaudois où ils vouloient; et enfin il n'est que trop clair que depuis ce temps il ne faut plus regarder cette secte comme attachée à sa doctrine ancienne, mais comme réformée par les calvinistes.
Bèze fait assez entendre la même chose, quoique avec un peu plus de précaution, lorsqu'il avoue dans ses Portraits, « que la pureté de la doctrine s'étoit aucunement abâtardie par les vaudois 4. » Et dans son Histoire, « que par succession de temps ils avoient aucunement décliné de la piété et de la doctrine5. » Il parle plus franchement dans la suite, puisqu'il confesse que ce par longue succession de temps la pureté de la doctrine s'étoit grandement abâtardie entre leurs ministres;» en sorte qu'ils reconnurent « par le ministère d'Œcolampade, de Bucer et autres, comme peu à peu la pureté de la doctrine n'étoit demeurée entre eux, et donnèrent ordre, envoyant vers leurs frères en Calabre, que tout fût remis en meilleur état. »
Ces irères de Calabre étoient, comme eux, des fugitifs, qui, selon les maximes de la secte, tenoient leurs assemblées, au rapport.de Gilles, « le plus cou vertement qn'il leur étoit possible, et dissimuloient plusieurs choses contre leur volonté6. » On doit entendre maintenant ce que ce ministre nous cache sous ces mots : c'est que ces vaudois de Calabre, à l'exemple de tous les autres, faisoient tout l'exercice de bons catholiques; et je vous laisse à penser s'ils eussent pu s'en exempter en ce pays-là, après ce que l'on a vu de la dissimulation des vallées de Pragelas- et d'Angrogne. En effet, Gilles nous raconte que ces Calabrois, persuadés à la fin de se retirer des assemblées ecclésiastiques, et n'ayant pu se résoudre, comme ce ministre le leur conseilloit, a à quitter un si beau pays, » furent bientôt abolis.
Ainsi finirent les vaudois. Comme ils n'avoient subsisté qu'en se ca-
1. Cresp , Hist. des mart., en 1536, fol. 111. — 2. Ibid., en 1543, fol. 133*
3. Ibid., en 15C1, fol. 532. — 4. Liv. I, pag. 23, 1536. 5. Ibid.. pag 35, 36-, 1544. — Ç: Gilles, c. 3 et 29.
chant, ils tombèrent aussitôt qu'ils prirent la résolution de se découvrir; car ce qui resta depuis sous le nom de vaudois n'étoit plus, comme il paroît, que des calvinistes, que Farel et les autres ministres de Genève avoient formés à leur mode : de sorte que ces vaudois, dont ils font leurs prédécesseurs et leurs ancêtres, à vrai dire ne sont que leurs successeurs, et de nouveaux sectateurs qu'ils ont attirés à leur croyance.
Mais après tout, de quel «ecours sont aux calvinistes ces vaudois dont ils veulent s'autoriser? Il est constant, par cette histoire, que Vaido et ses disciples sont tous de simples laïques, qui sans ordre et sans mission se sont ingérés de prêcher, et dans la suite d'administrer les sacrements. Ils se sont séparés de l'Église, sur une erreur manifeste et détestée par les protestants autant que par les catholiques , qui est celle du donatisme : encore ce donatisme des vaudois est-il sans comparaison plus mauvais que l'ancien donatisme de l'Afrique, si puissamment réfuté par saint Augustin. Ces donatistes d'Afrique disoient à la vérité, qu'il falloit être saint pour administrer validement les sacrements; mais ils n'étoient pas venus à cet excès des vaudois, de donner l'administration des sacrements aux saints laïques comme aux saints prêtres. Si les donatistes d'Afrique prétendirent que les évêques et les prêtres catholiques étoient déchus de leur ministère par leurs crimes, ils les accusoienl du moins de crimes effectivement réprouvés par la loi de Dieu. Mais nos nouveaux donatistes se séparent de tout le clergé catholique, et le prétendent déchu de son ordre, à cause qu'il ne gardoit pas leur prétendue pauvreté apostolique, qui tout au plus n'étoit qu'un conseil ; car voilà l'origine de la secte, et ce que nous y avons vu tant qu'elle a subsisté dans sa première croyance. Qui ne voit donc qu'une telle secte n'est au fond qu'une hypocrisie qui nous vante sa pauvreté avec ses autres vertus, et fait dépendre les sacrements non de l'efficace que leur a donnée Jésus-Christ, mais du mérite des hommes? Et enfin ces nouveaux docteurs, dont les calvinistes prennent leur suite, d'où venoient-ils eux-mêmes, et qui les avoit envoyés? Embarrassés de cette demande, aussi bien que les protestants, comme eux ils se cherchoient des prédécesseurs; et voici la fable dont ils se payoient : et on leur disoit que du temps de saint Silvestre, lorsque Constantin donna du bien aux Églises, « un des compagnons de ce pape n'y voulut pas consentir, et se retira de sa communion en demeurant avec ceux qui le suivirent dans la voie de la pauvreté; qu'alors donc l'Église avoit défailli dans Silvestre et ses adhérents, et qu'elle étoit demeurée parmi eux1. » Qu'on ne dise point que c'est ici une calomnie des ennemis des vaudois; car nous avons vu que les auteurs qui le rapportent unanimement n'avoient point eu dessein de les calomnier. La fable duroit encore du temps de Séyssel. On disoit encore au vulgaire, que a cette secte avoit pris son commencement d'un certain Léon, homme très-religieux, du temps de Constantin le Grand, qui, détestant l'a va -
1. Fen.} ibid.3 c. 4, 5, pag. 749 ; Pyliccl, .c. 4, pag. 779; Frag. Pylicd., 8,15 816, etc.
Bossuet. — ni 13
rice de Silvestre, et l'excessive largesse de Constantin, aima mieux suivre la pauvreté et la simplicité de îa foi, que d'être avec Silvestre souillé d'un gras et riche bénéfice; auquel se seroient joints tous ceux qui sentoient bien de la foi '. » On avoit persuadé à ces ignorants que c'était de ce faux Léon que la secte des léonistes avoit pris son nom et sa naissance. Les chrétiens veulent voir une suite dans leur doctrine et dans leur Église. Les protestants se renomment des vaudois, les vaudois de leur prétendu compagnon de saint Silvestre; et l'un et l'autre est également fabuleux.
Ce qu'il y a de véritable dans l'origine des vaudois est qu'ils tirèrent le motif de leur séparation de la dotation des Églises et des ecclésiastiques , contraire à la pauvreté qu'ils prétendoient que Jésus-Christ exige de ses ministres. Mais comme cette origine est absurde , et que d'ailleurs elle n'accommode pas les protestants, on a vu ce que Paul Perrin en a raconté dans son Histoire des Vaudois. Il nous a fait de Valdo un des hommes « des plus courageux pour s'opposer » à la présence réelle en l'an 11602. Mais produit-il quelque auteur qui confirme ce qu'il a dit? Il n'en produit pas un seul : ni Aubertin, ni La Roque, ni Cappel, ni enfin aucun protestant ou d'Allemagne ou de France, n'ont produit ni ne produiront jamais aucun auteur, ni du temps, ni des siècles suivants, trois à quatre cents ans durant, qui ait donné aux vaudois l'origine que cet historien pose pour fondement de son histoire. Les catholiques, qui ont tant écrit ce que Bérenger et les autres ont dit contre la présence réelle , ont-ils du moins nommé Valdo parmi ceux qui s'y sont opposés ? pas un seul n'y a pensé. Nous avons vu qu'ils ont dit toute autre chose de Valdo. Mais pourquoi Pauroient-ils épargné seul ? Quoi 1 cet homme qu'on nous fait si courageux à s'opposer au torrent, cachoit-il tellement sa doctrine que personne ne se soit jamais aperçu qu'il ait combattu un article de cette importance ? Ou Valdo étoit-il si redoutable, qu'aucun catholique n'osât l'accuser de cette erreur en l'accusant de tant d'autres? Un historien qui commence par un fait de cette nature, et qui le pose pour fondement de son histoire, de quelle créance est-il digne? Cependant Paul Perrin est écouté comme un oracle dans le calvinisme, tant on y croit aisément ce qui favorise les préjugés de la secte.
Mais au défaut des auteurs connus, Ptrrin produit pour toutes preu- ?3s quelques vieux livres des vaudois écrits à la main, qu'il prétend
voir recouvrés; entre autres un volume où étoit a un livre de l'An-
ôchrist en date d'onze cent vingt, et en ce même volume plusieurs sermons des barbes vaudois3. » Mais il est déjà bien certain qu'il n'y avoit ni vaudois ni barbes en l'an 1120, puisque Valdo, selon Perrin même, n'est venu qu'en 1160. Ce mot de barbes n'est connu parmi les vaudois pour signifier leurs docteurs, que plusieurs siècles après, et tout à fait dans les derniers temps. Ainsi on ne peut faire passer tous ces