Conc. Tolos., an. 1119; Can
Il corrompt avec une pareille hardiesse un passage de l'inquisiteur Émeric sur le sujet des vaudois. a Émeric, dit-il i , leur attribue comme une hérésie ce qu'ils disoient, que le pain n'est pas transsubstantié au vrai corps de Jésus-Christ, ni le vin au sang. » Qui ne croiroit les vaudois convaincus par ce témoignage de nier la trassubstantiation ? mais nous avons récité le passage entier, où il y a : a La neuvième erreur des vaudois, c'est que le pain n'est point transsubstantié au corps de Jésus-Christ, si le prêtre qui le consacre est pécheur. » M. de La Roque retranche ces derniers mots, et par pette seule fausseté il ôte aux vaudois deux points importants de leur doctrine; l'un, qui fait l'horreur des protestants : c'est-à-dire la transsubstantiation; l'autre, qui fait l'horreur de tous les chrétiens, qui est de dire que les sacrements perdent leur vertu entre les mains des ministres indignes. C'est ainsi que nos adversaires prouvent ce qu'ils veulent par des falsifications manifestes, et ils ne craignent pas de se donner des prédécesseurs à ce prix.
Voilà une partie des illusions d'Aubertin et de La Roque sur le sujet des albigeois et des vaudois, ou des pauvres de Lyon. En un mot, ils justifient parfaitement bien les derniers du manichéisme; mais en même temps ils n'apportent aucune preuve pour montrer qu'ils aient nié la transsubstantiation : au contraire, ils corrompent les passages qui prouvent qu'ils l'ont admise. Et pour ceux qui l'ont niée en ces tempslà, ils n'en produisent aucun qui ne soient convaincus de manichéisme par le témoignage des mêmes auteurs qui les accusent d'avoir nié le changement de substance dans l'Eucharistie : de sorte que leurs ancêtres sont ou avec nous défenseurs de la transsubstantiation comme les vaudois ou avec les albigeois convaincus de manichéisme.
Mais voici ce que ces ministres ont avancé de plus subtil. Accablés par le nombre des auteurs qui nous parlent de ces hérétiques toulousains et albigeois comme de vrais manichéens, ils ne peuvent pas nier qu'il y en ait eu, et même en ces pays-là; et c'étoit ceux, disent-ils2, que Ton appeloit cathares ou purs. Mais ils ajoutent qu'ils étoient en très-petit nombre, puisque Renier qui les connoissoit si bien nous assure qu'ils n'avoient a que seize Églises dans tout le monde; » et au reste, que le nombre de ces a cathares » n'excédoit pas « quatre mille » dans toute la terre : « au lieu, dit Renier, que les croyants sont innombrables. » Ces ministres laissent à entendre par ce passage que ces seize Églises et quatre mille hommes répandus dans tout l'univers, n'y pouvoient pas faire tout le bruit et toutes les guerres qu'y ont fait les albigeois; qu'il faut donc bien qu'on ait étendu le nom de cathares ou de manichéens à quelque autre secte plus nombreuse; et que c'est celle des vaudois et des albigeois qu'on appeloit du nom de manichéens, ou par erreur, ou par calomnie.
Qui veut voir jusqu'où peut aller la prévention ou l'illusion , n'a qu'à entendre après les discours de ces ministres la vérité que je vais dire;