Praef , Conf. f\d. Fratr. Boh'm., an. 1572; ib
laissoient pas d'avoir entre eux quelques écrits et quelques Confessions de foi, ils les eussent donnés aux frères avec lesquels ils vouîoient s'unir. Mais les frères déclarent qu'ils n'en ont rien su que par quelques articles de Mérindol, «lesquels, disent-ils ', il se pourroit faire qu'on auroit polis de notre temps. » C'est ce qu'écrit un savant ministre de ces bohémiens longtemps après le réforme de Luther et de Calvin. Il auroit parlé plus conséquemment si, au lieu de dire qu'on a poli ces articles depuis la réforme, il avoit dit qu'on les a fabriqués. Mais c'est qu'on vouloit dans le parti donner quelque air d'antiquité aux articles des vaudois; et ce ministre ne vouloit pas tout à fait révéler ce secret de la secte. Quoi qu'il en soit, il en dit assez pour nous faire entendre ce qu'il faut croire des Confessions de foi qu'on produisoit de s^n temps sous le nom des vaudois ; et on voit bien qu'ils ne savoient guère la doctrine des protestants, avant que les protestants les en eussent instruits. A peine savoient-ils eux-mêmes ce qu'ils croyoient, et ils ne s'en expliquoient que confusément avec leurs meilleurs amis; loin d'avoir des Confessions de foi toutes formées, comme Perrin a voulu nous le faire accroire.
Et néanmoins nous reconnoissons même dans ces pièces de Perrin quelque trace de l'ancien génie vaudois, qui confirme ce que nous en avons dit. Par exemple dans le livre de l'Antéchrist il est dit que les empereurs et les rois, estimant que l'Antéchrist étoit semblable à la vraie et sainte mère Église, l'ont aimé et l'ont doté contre le commandement de Dieu2; » ce qui revient à l'opinion vaudoise, de croire défendu aux clercs d'avoir aucun bien : erreur, comme on a vu, qui fit le premier fondement de leur séparation. Ce qui est porté dans le Catéchisme, qu'on reconnoît les ministres « par le vrai sens delà foi, et par la sainte doctrine, et par la vie de bon exemple, etc.3, » revient encore à l'erreur qui faisoit croire aux vaudois que les ministres de mauvaise vie étoient déchus du ministère, et perdoient l'administration des sacrements. C'est pourquoi il est dit encore dans le livre de l'Antéchrist, qu'une de ses œuvres est d'attribuer la réformation du Saint-Esprit à la foi morte extérieurement, et de baptiser les enfants en cette foi, en enseignant que par cette foi ces enfants reçoivent de lui le baptême et la régénération 4 : » paroles par où l'on exige la foi vivante dans les ministres du baptême comme une chose nécessaire pour la régénération de l'enfant; et le contraire est rangé parmi les oeuvres de l'Antéchrist. Ainsi lorsqu'ils composoient ces nouvelles Confessions de foi agréables à la réforme où ils avoient dessein d'entrer, on ne pouvoit les empêcher d'y couler toujours quelque chose qui ressentoit l'ancien levain : et sans perdre le temps davantage dans cette recherche, c'est assez qu'on ait vu dans ces ouvrages des vaudois les deux erreurs qui ont fait le fondement de leur séparation.
Telle est l'histoire des albigeois et des vaudois, selon qu'elle est rapportée par les auteurs du temps. Nos réformés, qui n'y trouvent rien
1. Rud., ibid., 147, 148.— 2. Hist. des Vaudois, 3 part., liv. III, c. 1, pag. 292. 3. Ibid., liv. I, pag. 157. — 4. Hist. des Vaudois, 3 part., liv. III, pag. 267.
de favorable à leurs prétentions, ont voulu se laisser tromper par le plus grossier de tous les artifices. Plusieurs auteurs catholiques qui ont écrit en ce siècle, ou sur la fin du siècle précédent, n'ont pas assez distingué les vaudois d'avec les albigeois; et ont donné aux uns et aux autres le nom commun de vaudois. Quelle qu'ait été la cause de leur erreur, nos protestants sont trop habiles critiques pour vouloir que l'on en croie ou Mariana, ou Gretser, ou même M. de Thou, et quelques autres modernes, au préjudice des anciens auteurs; qui tous unanimement, comme, on a vu, ont distingué ces deux sectes. Cependant, sur une erreur si grossière, les protestants, après avoir pris pour chose avouée, que les albigeois et les vaudois n'étoient qu'une même secte, ont conclu que les albigeois n'avoient été traités de manichéens que par calomnie ; puisque selon les anciens auteurs les vaudois sont exempts de cette tache.
Il falloit considérer que ces anciens, qui, en accusant les vaudois d'autres erreurs, les ont déchargés du manichéisme, en même temps, les ont distingués des albigeois que nous en avons convaincus. Par exemple le ministre de La Roque, qui, ayant écrit le dernier sur cette matière, a ramassé les finesses de tous les autres auteurs du parti et surtout celles d'Aubertin, croit avoir justifié les albigeois d'avoir comme les manichéens rejeté l'Ancien Testament, en montrant que selon Renier les vaudois le rece voient1. Il ne gagne rien; puisque ces vaudois sont chez le même Renier très-bien distingués des cathares5, qui sont la tige des albigeois. Le même La Roque tire avantage de ce qu'il y avoit des hérétiques qui, selon Radulphus Ardens, disoient que « le sacrement n'étoit que du pain tout pur3. » Il est vrai : mais le même Radulphus Ardens ajoute ce que La Roque, aussi bien qu'Aubertin , a dissimulé, que ces mêmes hérétiques a admettent deux Créateurs, et rejettent l'Ancien Testament, la vérité de l'incarnation, le mariage et la viande. » Le même ministre cite encore certains hérétiques, chez Pierre de Vaucernai, qui nioient la vérité du corps de Jésus-Christ dans l'eucharistie 4. Je l'avoue; mais en même temps cet historien nous assure a qu'ils admettoient pareillement les deux principes, » et avoient toutes les erreurs des manichéens. La Roque veut nous faire croire que le même Pierre de Vaucernai distingue les ariens et les manichéensd'avec les vaudois et les albigeois L. La moite de son discours est véritable : il est vrai qu'il distingue les manichéens des vaudois, mais il ne les distingue pas des hérétiques « qui étoient dans le pays de Narbonne; » et il est certain que ce sont les mêmes qu'on appeloit albigeois, qui constamment étoient des manichéens. Mais, continue le même La Roque, Renier reconnolt des hérétiques qui disent que « le corps de Jésus-Christ est du simple pain 6 : » c'étoient ceux qu'il appelle ordibariens qui parloieiit ainsi, et en même temps ils nioient la création ',
1. LaRoq., pag. 469; Aub., pag. 967-, ex lien., cap. ni. — 2 Ren., c. 6.
3. LaRoq., 456; Aub., pag. 564; B. Badulph. Ard.y serm. vin, post Pentec.
4. La Roq., Aub., ibid., 965 ; ex Petr. de Valle Ceru., hist. Albig., liv. II, c. 6.
5. Hist. Albig., c. 6. — 6. La Roq., pag. 457; Aub., 965 ; Ren., c. 6, 7. ibid
et proféroient mille blasphèmes que le manichéisme avoit introduits; de sorte que ces ennemis de la présence réelle l'étoienten même temps du Créateur et de la divinité.
La Roque revient à la charge avec Auburtin, et croit trouver de bons protestants en la personne de ces hérétiques, qui selon Césarius d'Hesterbac, a blasphémoient le corps et le sang de Jésus-Christ1. « Mais le même Césarius nous apprend qu'ils admettoient les deux principes et tous les autres blasphèmes des manichéens : ce qu'il assure savoir très-bien, non point par ouï dire, mais a pour avoir souvent conversa avec eux dans le diocèse de Metz. » Un fameux ministre de Metz, que j'ai fort connu , faisoit accroire aux calvinistes de ce pays-là, que ces albigeois de Césarius étoient de leurs ancêtres 2; et on leur fi' voir alors que ces ancêtres qu'on leur donnoit étoient d'abominables manichéens. La Roque, dans son Histoire de l'Eucharistie3, voudroit qu'on crût que les a bogomiles *> étoient les mêmes qu'on appeloit en divers lieux vaudois, a pauvres de Lyon, poplicains, bulgares, insabbatés, gazares et turlupins. » Je conviens que les vaudois, les insabbatés et les pauvres de Lyon sont la même secte : mais qu'on les ait appelés a gazares ou cathares, » poplicains, bulgares, ni bogomiles, c'est ce qu'on ne montrera jamais par aucun auteur du temps. Mais enfin M. de La Roque veut donc que ces bogomiles soient de leurs amis ? Sans doute, parce qu'ils « ne jugeoient dignes d'aucune estime le corps et le sang que l'on consacre parmi nous. » Mais il devoit avoir appris d'Anne Comnène, qui nous a fait connoître ces hérétiques4, qu'ils a réduisoient en fantôme l'incarnation de Jésus : qu'ils enseignoient des impuretés que la pudeur de son sexe ne permettoit pas à cette princesse de répéter ; et enfin qu'ils avoient été convaincus par l'empereur Alexis son père, d'introduire un dogme mêlé des deux plus infâmes de toutes les hérésies, de celle des manichéens, et de celle des massaliens. »
Le même La Roque met encore parmi ses amis Pierre Moran, qui, pressé de déclarer sa croyance devant tout le peuple , confessa qu'il ne croyoit pas que le pain consacré fût le corps de Notre-Seigneur s; » et il oublie que ce Pierre Moran, selon le rapport de l'auteur dont il cite le témoignage, étoit du nombre de ces hérétiques convaincus de manichéisme, qu'on appeloit ariens1, pour la raison que nous avons rapportée.
Cet auteur compte encore parmi les siens les hérétiques dont il est dit, au concile de Toulouse, sous Calixte 11, a qu'ils rejettent le sacrement du corps et du sang de Jésus-Christ7; » et il tronque le propre canon d'où il a tiré ces paroles, puisqu'on y voit dans la suite que ces hérétiques, avec le sacrement du corps et du sang, « rejettent encore le baptême des petits enfants et le mariage légitime8. »
i. G*s. Hesterb., Hv. V, c, 2, in Bibl. Cisterc. La Roq., 457; Aub., 964.
'2. Ferri, Cat. 0en.,pag. 85. — 3. Pag. d55.
4. Ann. Comn. Alex., lib. XV, pag. 4*6 et seq. — 5. Ibid-, 458.
6. Reg. De Hevel. Ann. Aug. Baron., ad an. 1178. — 7. Ibid., 451.