‹ Œuvres choisies de BossuetChapitre 93 sur 210 · HISTOIRE DES FRÊBES DE BOHÊME · texte numérisé non relu

HISTOIRE DES FRÊBES DE BOHÊME

vulgairement et faussement appelés vaudois.

11 faut maintenant parler de ceux qu'on appeloit faussement vaudois et picards, et qui s'appeloient eux-mêmes les frères de Bohême, ou les frères orthodoxes, ou les frères seulement. Ils composent une secte particulière séparée des albigeois et des pauvres de Lyon. Lorsque Luther s'éleva, il en trouva quelques églises dans la Bohême, et surtout dans la Moravie, qu'il détesta durant un longtemps. lien approuva dans la suite la Confession de foi corrigée, comme nous verrons. Bucer et Musculus leur ont donné de grandes louanges. Le docte Camérarius dont nous avons tant parlé, cet intime ami de Mélanchthon, a jugé leur histoire digne d'être écrite par son éloquente plume. Son gendre Rudiger, appelé par les Églises protestants du Palatinat, leur préféra celles de la Moravie dont il voulut être ministre ' ; et de toutes les sectes séparées de Rome avant Luther, celle-ci est la plus louée par les protestants : mais sa naissance et sa doctrine feront bientôt voir qu'il n'y a aucun avantage à en tirer.

Pour sa naissance, plusieurs, trompés par le nom et par quelque conformité de doctrine, font descendre ces bohémiens des anciens vaudois : mais pour eux ils renoncent à cette origine, comme il paroît clairement dans la préface qu'ils mirent à la tête de leur Confession de foi en 1572 2. Ils y expliquent amplement leur origine, et ils disent entre autres choses que les vaudois sont plus anciens qu'eux; que ceuxci avoient à la vérité quelques Églises dispersées dans la Bohême, lorsque les leurs commencèrent à paroître, mais qu'ils ne les connoissoient pas; que néanmoins ces vaudois se firent connoître à eux dans la suite, mais sans vouloir entrer, disent-ils, dans le fond de leur doctrine : « Nos annales, poursuivent-ils, nous apprennent qu'ils ne furent jamais unis à nos Églises pour deux raisons : la première, parce qu'ils ne donnoient aucun témoignage de leur foi et de leur doctrine; la seconde, parce que pour conserver la paix ils ne faisoient point de difficulté d'assister aux messes célébrées par ceux de l'Église romaine. » D'où ils concluoient, non -seulement, qu'ils « n'avoient jamais fait aucune union avec les vaudois, » mais encore qu'ils « avoient toujoun cru qu'ils ne le pouvoient faire en sûreté de conscience. » C'est ains qu'ils s'éloignent de l'origine vaudoise; et ce qui est ambitieusemen recherché par les calvinistes, est rejeté par ceux-ci avec mépris.

Camérarius écrit la même chose dans son Histoire des frères de Bohême : mais Rudiger, un de leurs pasteurs dans la Moravie, dit encore plus clairement, que ces Églises sont bien différentes de celles des vaudois3; que a les vaudois sont de l'an 1160, au lieu que les frères n'ont commencé à paroître que dans le quinzième siècle; » et qu'enfin,

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