LES GOEUNDS ET LES MOUETTES
Tous ces oiseaux^ goélands et mouettes, sont également voraces et criards : on peut dire que ce sont les vautours de la mer; ils la nettoient des cadavres de toute espèce qui flottent à sa surface, ou qui sont rejelés sur les rivages. Aussi lâches que gourmands, ils n'attaquent que les animaux faibles, et ne s'acharnent que sur les corps morts. Leur port ignoble, leurs cris importuns, leur bec tranchant et crochu, présentent les images désagréables d'oiseaux sanguinaires et bassement cruels; aussi les voit-on se battre avec acharnement entre eux pour la curée; et même, lorsqu'ils sont renfermés, et que la captivité aigrit encore leur ni^turel féroce, -ils se blessent sans motif apparent, et le premier dont le sang coule devient la victime des autres, car alors leur fureur s'accroît, et ils mettent en pièces le malheureux qu'ils avaient blessé sans raison. Cet excès de cruauté ne se manifeste guère que dans les grandes espèces; mais toutes, grandes et petites, étant en liberté, s'épient, se guettent sans cesse pour se piller et se dérober réciproquement la nourriture ou
la proie. Tout convient à leur voracité, le poisson frais ou gâté, la chair sanglante, récente où corrompue , les écailles, les os mèmej. tout se digère ou se consume dans leur estomac; ils avalent Famorce et Thameçon; ils se précipitent avec tant de violence, qu'ils s'enferrent eux-mêmes sur une pointe que le pêcheur place sou3 le hareng ou la pélamide qu'il leur offre en appât , et cette manière n'est pas la seule dont on puisse les leurrer.
Ils se tiennent en troupes sur le rivage de la mer; souvent on les voit couvrir de leur multitude les écueils et les falaises, qu'ils font retenlir de leurs cris importuns, et sur lesquels ils semblent fourmiller, les uns prenant leur vol, les autres s'abattant pour se reposer, et toujours en très- grand nombre. En général , il n'est pas d'oiseau plus commun sur les côtes, et l'on en rencontre en mer jusqu'à cent lieues de distance; ils fréquentent les îles et les contrées voisines de la mer dans tous les climats; les. navigateurs les ont trouvés partout. Les plus grandes espèces paraissent attachées aux côtes des mers du Nord. On raconte que les goélands des ties Féroé sont si forts et si voraces, qu'ils mettent souvent en pièces des agneaux , dont ils emportent les lambeaux dans leurs nids. Dans les mers glaciales , on les voit se réunir en grand nombre sur les cadavres des baleines; ils se tiennent sur ces masses de corruption sans en craindre l'infection; ils y
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assouvissent à Taise toute leur voracité, et en tirent en même temps l'ample pâture qu'exige la gourmandise innée de leurs petits. Ces oiseaux déposent à milliers leurs nids jusque sur les terres glacées des deux zones polaires ; ils ne les quittent pas en hiver, et semblent être attachés au climat où ils se trouvent, et peu sensibles au changement de toute température.