L'HIRONDELLE DE MER
Il semble que la nature n'ait confié ces oiseaux qu*à la puissance de leurs ailes, qui sont extrêmement larges et échancrées , comme celles de nos hirondelles. Elles en font le même usage pour planer, cingler, plonger dans l'air, en élevant, rabaissant, coupant, croisant leurs vols de mille et mille manières, suivant que le caprice, la gaieté ou l'aspect de la proie fugitive dirige leurs mouvements: ils
ne la saisissent qu'au vol, ou eu se posant un instant sur l'eau sans la poursuivre à la nage ; car ils n'aiment point à nager, quoique leurs pieds à demi membraneux puissent leur donner cette facilité. Ils résident ordinairement sur les rivages de la mer, et fréquentent aussi les lacs et les grandes rivières. Ces
hirondelles de mer jettent en volant de grands cris aigus et perçants , comme les martinets, surtout lorsque par un temps calme elles s'élèvent en l'air à une grande hauteur, ou quand elles s'attroupent en été pour faire de grandes courses, mais en particulier dans le temps des nichées, car elles sont alors plus inquiètes et plus clameuses que jamais. Elles arrivent par troupes sur nos côtes de TOcéan au commencement de mai ; la plupart y demeurent, et n'en quittent pas les bords; d'autres voyagent plus loin, et vont chercher les lacs, les grands étangs, en suivant les rivières; partout elles vivent de petite pèche; et même quelques-unes gobent en l'air les insectes volants. Le bruit des armes à feu ne les effraie pas : ce signal du danger, loin de les écarter, semble les attirer, car à l'instant où le chasseur en abat une dans la troupe, les autres se précipitent en foule à l'entour de leur compagne blessée, et tombent avec elle jusqu'à fleur d'eau. On remarque de même que nos hirondelles de terre arrivent quelquefois au coup de fusil, ou du moins qu'elles n'en sont pas assez émues pour s'éloigner beaucoup. Cette habitude ne viendrait-elle pas d'une confiance aveugle? Ces oiseaux , emportés sans cesse par un vol rapide, sont moins instruits que ceux qui sont tapis dans les sillons ou perchés sur les arbres ; ils n'ont pas appris, comme eux, à nous observer, nous reconnaître et fuir leurs plus dangereux ennemis.