INFLUENCE DU CLIMAT SUR LE PHYSIQUE
La couleur de la peau, des cheveux et deà yeux varie par la seule influence du climat : les autres
changements, tels que ceux de la taille, de la forme des traits et de la qualité des cheveux, ne n^ paraissent pas dépendre de cette seule cause; car dans la racç des nègres, lesquels, comme l'on sait, ont pour la plupart la tête couverte d'une laine crépue, le nez épaté, les lèvres épaisses, on trouve des nations entières avec de longs et vrais cheveux, avec des traits réguliers; et si Ton comparait dans la race des blancs le Danois au Calmouque, ou seulement le Finlandais au Lapon, dont il est si voisin, on trouverlait entre eux autant de différence, pour les traits et la taille, qu'il y en a dans la race des noirs : par conséquent il faut admettre, pour ces altérations qui sont plus profondes que les premières, quelques autres causes réunies avec celle du climat : la plus générale et la plus directe est la qualité de la nourriture; 'c'est principalement par les aliments que rhomme reçoit l'influence de la terre qu'il habite; celle de l'air et du ciel agit plus superficiellement; et tandis qu'elle altère là surface la plus extérieure en changeant la couleur de la peau, la nourriture agit sur la forme intérieure par ses propriétés, qui sont constamment relatives à celles de la terre qui la produit. On voit dans le même pays des différences marquées entre les hommes qui en occupent les hauteurs, et ceux qui demeurent dans les lieux bas; les habitants de la montagne sont toujours mieux faits; plus vifs et plus beaux que ceux de la vallée; à plus
forte raison dans des climats éloignées du climat primitif, dans des climats où les herbes ^ les fruits, les grains et la chair des animaux sont de qualité et même de substance différentes, les hommes qui s'en nourrissent doivent devenir différents. Ces impressions ne se font pas subitement, ni même dans l'espace de quelques années, il faut du temps pour qu^ Thomme reçoive la teinture du ciel, il en faut encore plus pour que la terre lui transmette ^es qualités; et il a fallu des siècles, joints à un usage tou- . jours constant des mêmes nourritures, pour influer sur la forme des traits, sur la grandeur du corps, sur la substance des cheveux , et produire ces altérations intérieures, qui, s'étant ensuite perpétuées par la génération, sont devenues les caractères généraux et constants auxquels on reconnaît les races et même les nations différentes qui composent le genre humain.