‹ Œuvres choisies de BuffonChapitre 16 sur 126 · ALIMENTS DE L'HOMME · texte numérisé non relu

ALIMENTS DE L'HOMME

L'homme sait user en mattre de sa puissance sur les animaux; il a choisi ceux dont la chair flatte son goût, il en a fait des esclaves domestiques, il les a multipliés plus que la nature ne l'aurait fait, il en a formé des troupeaux nombreux ; et par les soins qu'il prend de les faire naître, il semble avoir acquis le droit de se les immoler; mais il étend ce droit bien

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au delà de ses besoins; car indépendamment de ces espèces qu'il s'est assujetties, et dont il disposée son gré, il fait aussi la guerre aux animaux sauvages , aux oiseaux, aux poissons; il ne se borne pas même à ceux du climat qu'il habite, il va chercher au loin, et jusqu'au milieu des mers, de nouveaux mets,, et la nature entière semble suffire à peine à son intempérance et à l'inconstante variété de ses appétits : l'homme consomme, engloutit lui seul plus de chair que tous les animaux ensemble n'en dévorent; il est donc le plus grand destructeur, et c'est plus par abus que par nécessité ; au lieu de jouir modérément des biens qui lui sont offerts, au lieu de les dispenser avec éxjuité, au lieu de réparer à mesure qu'il détruit, de renouveler lorsqu'il anéantit, l'homme riche met toute sa gloire à consommer, toute sa grandeur à perdre en un jour à sa table plus de biens qu'il n'en faudrait pour faire subsister plusieurs familles; il abuse également et des animaux et des hommes, dont le reste demeure affamé, languit dans la misère, et . ne travaille que pour satisfaire à Tappétit immodéré et à la vanité encore plus insatiable de cet homme, qui, détruisant les autres par la disette, se détruit lui-même par les excès.

-Cependant l'homme pourrait, comme l'animal, vivre de végétaux ; la chair, qui- paraît être si analogue à la chair, n'est pas une nourriture meilleure que les grains ou le pain ; ce qui fait la vraie nour-

ritnre^ celle qui contribue à la nutrition, au déve^ loppemeut^ à l'accroissemenC et à l'entretien du corps , n'est pas cette matière brute qui compose à nos yeux la texture de la chair ou de l'herbe, mais ce sont les molécules organiques que l'une et l'autre contiennent , puisque le bœuf en paissant l'herbe acquiert autant de chair que l'homme ou que les animaux qui ne vivent que de chair et de sang : la seule difiTérence réelle qu'il y ait entre ces aliments, c'est qu'à volume égal la chair, le blé, les graines contiennent beaucoup plus de molécules organiques que l'herbe, les feuilles, les racines, et les autres parties des plantes, comme nous nous en sommes assurés en observant les infusions de ces différentes matières : en sorte que l'homme et les animaux dont l'estomac et les intestins n'ont pas assez de capacité pour admettre un très-grand volume d'aliments, ne pourraient pas prendre assez d'herbe poup en tirer la quantité de molécules organiques nécessaire à leur nutrition ; et c'est par cette raison que l'homme et les autres animaux qui n'ont qu'un estomac ne peuvent vivre que de chair ou de graines, qui dans un petit volume contiennent une très-grande quantité de ces molécules organiques nutritives, tandis que le bœuf et les autres animaux ruminants , qui ont plusieurs estomacs, dont l'un est d'une très-grande capacité, et qui par conséquent peuvent se remplir d'un grand volume d'herbe, en tirent assez de molécules drga-

niques pour se nourrir, croître et multiplier. La quantité compense ici la qualité de la nourriture, mais le fond en est le même ; c'est la même matière, ce sont les mêmes molécules organiques qui nourrissent le bœuf, l'homme et tous les animaux.

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