LE DAIM
Aucune espèce n'est plus voisine d'une autre que Tespèce du daim l'est de celle du cerf. Cependant ces animaux^ qui se ressemblent à tant d'égards, ne vont point ensemble, se fuient, ne se mêlent jamais , et ne forment par conséquent aucune race intermédiaire. Il est même rare de trouver des daims dans les pays qui sont peuplés de beaucoup de cerfs, à moins qu'on ne les y ait apportés : ils paraissent être d'une nature beaucoup moins robuste et moins agreste que celle du cerf. Ils sonl aussi beaucoup moins communs dans les forêts. On les élève dans des parcs où ils sont, pour ainsi dire, à demi domestiques. Lorsqu'ils s'y trouvent en grand nombre, ils forment ordinairement deux troupes, qui sont bien distinctes, bien séparées, et qui bientôt deviennent ennemies , parce qu'ils veulent également occuper le même endroit du parc : chacune de ces troupes a son chef qui marche le premier, et c'est le plus fort et le plus âgé ; les autres suivent, et tous se disposent à combattre pour chasser l'autre troupe du bon pays. Gesjcombats sont singuliers par la disposition qui paraît y régner; ils s'attaquent avec ordre, se
i20 OEUVRES CHOISIES DE BUFFON.
battent avec courage, se soutiennent les uns les autres, et ne se croient pas vaincus par un sçul échec; car le combat se renouvelle tous les jours, jusqu'à ce que les plus forts chassent les plus faibles, et les relèguent dans le mauvais pays.
Ils aiment les terrains élevés et entrecoupés de petites collines. Ils né s'éloignent pas comme le cerf, lorsqu'on les, chasse, ils ne font que tourner, et cherchent seulement à se dérober des chiens par la ruse et par le change : cependant, lorsqu'ils soiit pressés, échauffés et épuisés, ils se jettent à l'eau comme le cerf; mais ils ne se hasardent pas à la traverser dans une aussi grande étendue : ainsi la chasse du daim et celle du cerf n'ont entre elles aucune différence essentielle. Les connaissances du daim sont , en plus petit, les mêmes que celles du cerf; les mêmes ruses leur sont communes; seulement elles sont plus répétées par le daim : comme il est moins entreprenant, et qu'il ne se forlonge pas tant , il a plus besoin de s'accompagner, de revenir sur ses voies , etc., ce qui rend en général la, chasse du daim plus sujette aux inconvénients que celle du cerf. D'ailleurs, comme il est plus petit et plus léger, ses voies laissent sur la terre et aux portées une impression moins forte et moins dur^^ble ; ce qui fait que les chiens gardent moins le change , et qu'il est plus difficile de rapprocher lorsqu'on 9 un défaut à relever.