‹ Œuvres choisies de BuffonChapitre 51 sur 126 · LE RAT - LA SOURIS · texte numérisé non relu

LE RAT - LA SOURIS

On a compris et confondu, soas ce nom générique jdie r^ty plusieurs espèces de petits animaux; nous fie donnerons ce nom qu'au rat commun , qui est noirâtre et qui habite d^ns les maisons. Cet animal

est assez connu par l'incommodité qu'il nous cause; il habite ordinairement les greniers où l'on entasse le grain, où Ton serre les fruits, et de là descend et se répand dans la maison. Il est carnassier, et même omnivore; il semble seulement préférer les choses dures aux plus tendres; il ronge la laine, les étoffes , les meubles, perce le bois, fait des trous dans les murs , se loge dans l'épaisseur des planchers, dans les vides de la charpente ou de la boi-

série; il en sort pour chercher sa subsistance, et souvent il y transporte tout ce qu'il peut y traîner ; il y. fait même quelquefois magasin, surtout lorsqu'il a des petits. Il cherche les lieux chauds, et se niche en hiver auprès des cheminées, ou dans le foin, dans la paille. Malgré les chats, le poison, les pièges , les appâts,, ces animaux pullulent si fort, qu'ils causent souvent de grands dommages : c'est surtout dans les vieilles maisons à la campagne, où Ton garde du blé dans les greniers, et où le voisinage des granges et des magasins à foin facilite leur retraite et -leur multiplication, qu'ils sont^ e» si grand nombre, qu'on serait obligé de démeubler, de déserter, s'ils ne se détruisaient eux-mêmes; mais nous avons vu par expérience qu'ils se tuent, qu'ils se mangent entre eux, pour peu que la faim les presse; en sorte que, quand il y a disette à cause du trop grand nombre, les plus forts se jettent sur les plus faibles, leur ouvrent la tête et mangent d'abord la cervelle, et ensuite le reste du cadavre; le lendemain, la guerre recommence , et dure ainsi jusqu'à la destruction du plus grand nombre; c'est par cette raison qu'il arrive ordinairement qu'après avoir été infesté par ces animaux pendant un temps, ils semblent souvent disparaître tout à coup, et quelquefois pour longtemps. Il en est de même des mulots, dont la puUulation prodigieuse n'est arrêtée que par les cruautés qu'ils exercent entre eux dès

que les vivres commencent à leur manquer. Aristote a attribué cette destruction su^bite à Teffet des pluies ; mais les rats n'y sont point exposés , et les mulots savent s'en garantir , car les trous qu'ils habitent sous terre ne sont pas même humides.

La souris, beaucoup plus petite que le rat, est aussi plus nombreuse , plus commune et plus généralement répandue : elle a le même instinct , le même tempérament , le même naturel , et n'en diffère guère que par la faiblesse et par les habitudes qui l'accompagnent; timide par nature, familière par nécessité y la peur^u le besoin font tous ses mouvements ; elle ne sort de son trou que pour chercher à vivre ; elle ne s'en écarte guère, y rentre à la première alerte , ne va pas, comme le rat, de maisons en maisons, à moins qu'elle n'y soit forcée, fait aussi beaucoup moins de dégât, a les mœurs douces , et s'apprivoise jusqu a un certain point , mais sans s'attacher : comment aimer, en effet, ceux qui nous dressent des embûches? Plus faible, elle a plus d'ennemis, auxquels elle ne peut échapper, ou plutôt se soustraire, que par son agilité, sa petitesse même. Les chouettes, tous les oiseaux de iiuit, les chats , les fouines , les belettes , les rats même lui font la guerre : on la leurre aisément par des appâts, on la détruit à milliers; elle ne subsiste enfin que par son immense fécondité.

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