LA MARMOTTE
La marmotte, prisejeune/ s'apprivoise plus qu'aucun animal sauvage ^ et presque autairt que nos animaux domestiques: elle apprend aisément à saisir un bâton, à gesticuler, à danser, à obéir en tout à la voix de son maître; elle est, comme le chat, antipathique avec le chien ; lorsqu'elle commence à être familière dans la maison , et qu'elle se croit appuyée par son maître, elle attaque et mord en sa présence les chiens les plus redoutables. Quoiqu'elle ne soit
pas tout à fait aussi grande qu'un lièvre, ^Ue est bien plus trapue , et joint beaucoup de force à beaucoup de souplesse. Elle a les quatre dents du devant des mâchoires assez longues et assez fortes pour blesser
cruellement ; cependant elle n^attaque que les chiens et ne fart de mal à personne, à moins qu'on ne Tirrite. Si Ton n'y prend pas garde, elle ronge les meubles, les étoffes, et perce même le bois lorsqu'elle est renfermée. Comme elle a les cuisses très-courtes et les doigts des pieds faits à peu près comme ceux de Tours, elle se tient souvent assise, et marche, comme lui , aisément sur les pieds de derrière; elle porte à sa gueule ce qu'elle saisit avec ceux de devant, et mange debout comme l'écureuil ; elle court assez vite en montant, mais assez lentement en plaine; elle grimpe sur les arbres, Bile monte entre deux parois de rochers, entre deux murailles voisines; et c'est des marmottes, dit-»on, que les Savoyards ont appris à grimper pour ramoner les cheminées. Elles mangent de tout ce qu'on leur donne, de la viandey du pain, des fruits, des racines; des herbes potagères, des choux, des hannetons, des sauterelles, ete.; mais elles sont plus avides de lait et de beurre que de tout autre aliment. Quoique moins enclines que le chat à dérober, elles cherchent à entrer dans les endroits où l'on renferme le lait , et elles le boivent en grande quantité çn marmottant , c'est-à-dire «n faisant, comme le chat, une espèce de murmure de contentement. Au reste, le lait est la seule liqueur (Jui leur plaise; elles ne boivent que (rès-rarement de 4'eau, et refusent le vin. Cet animal , qui se platt daiis la région de la neige et des glaces, qu'on ne
trouve que sur les plus hautes montagnes, est cependant sujet plus qu'un autre à s'engourdir par le froid . C'est ordinairement à la fin de septembre ou au commencement d'octobre qu'elle se recèle dans sa retraite, pour n'en sortir qu'au commencement d'avril. Cette retraite est faite avec précaution et meublée avec art; elle est d'abord d'une grande capacité, moins large que longue, et très-profonde ; au moyen dé quoi elle peut contenir une ou plusieurs marmottes sans que l'air s'y corrompe. Le lieu du séjour est non- seulement jonché, mais tapissé fort épais de mousse et de foin ; elles en font amplement provision pendant l'été; on assure même que cela se fait à frais ou travaux communs ; que les unes coupent les herbes les plus fines, que d'autres les ramassent, et que tour à tour elles servent de voiture pour les transporter au gite : Tune, dit-on, se couche sur le dos, se laisse charger de foin, étend ses pattes en haut pour servir de ridelles, et ensuite se laisse traîner par les autres, qui la tirent par la queue, et prennent garde en même temps que la voiture ne verse. C'est, àce^ju'on prétend, par ce frottement trop souvent réitéré, qu'elles ont presque toutes le poil rongé sur le dos. On pourrait cependant en donner une autre raison : c'est qu'habitant sous la terre, et s' occupant sans cesse à creuser, cela seul suffit pour leur peler le dos. Quoi qu'il en soit, il est sûr qu'elles demeurent ensemble , et qu'elles travaillent en commun à leur
habitation : elles y passent les trois quarts de leur vie ; elles s'y retirent pendant Torage, pendant la pluie, ou dès qu'il y a quelque danger; elles n'en sortent même que dans les plus beaux jours, et ne s'en éloignent guère ; Tune fait le guet, assise sur une roche élevée ^ tandis que les autres s'amusent à jouer sur le gazon, ou s'occupent à le couper pour en faire du foin; et lorsque celle qui fait sentinelle aperçoit un homme, un aigle, un chien, etc., elle avertit les autres par un coup de sifflet, et ne rentre elle même que la dernière.