‹ Œuvres choisies de BuffonChapitre 58 sur 126 · L'OURS · texte numérisé non relu

L'OURS

L'ours est non-seulemeiit sauvage, mais solitaire ; il fuit par instinct toute société, il s'éloigne des lieux où les hommes ont accès, il ne se trouve à son aise que dans les endroits qui appartiennent encore à la vieille nature; une caverne antique daus des rochers inaccessibles, une grotte formée par le temps dans le tronc d'un vieux arbre , au milieu d'une épaisse forêt, lui servent de domicile; il s'y relire seul, y passe une partie de l'hiver sans provisions, sans en sortir pendant plusieurs semaines. Cependant il n'est point engourdi ni [trivéde seatiment, comme le loir ou la marmotte; mais comme il est naturellement gras , et qu'il l'est excessivement sur la fin de l'automne, temps auquel il se recèle, cette abondance de graisse lui fait supporter l'abstinence, et il ne sort de sa bauge que lorsqu'il se sent affamé.

La voix de l'ours est un grondement, un gros murmure, souvent mêlé d'un frémissement de dents qu'il fait surtout entendre lorsqu'on l'irrite; il est très-susceptible de colère, et sa colère tient toujours de la fureur, et souvent du caprice : quoiqu'il paraisse

doux pour son maître^ et obéissant même, lorsqu'il est apprivoisé, il faut toujours s'en défier, et le traiter avec circonspection, surtout ne le pas frapper .au bout du nez. On lui apprend à se tenir debout , à gesticuler, à danser; il semble ménage écouter le son des instruments, et suivre grossièrement la mesure; mais pour lui donner cette espèce d'éducation, il faut le prendre jeune , et le contraindre pendant toute sa vie; Tours qui a de Tâge ne s'apprivoise ni ne se contraint plus; il est naturellement intrépide, ou tout au moins indifférent au danger. L'ours sauvage ne se détourne pas de son chemin, ne fuit pas à l'aspect de l'homme ; cependant on prétend que par un coup de siftlet on le surprend , on l'étonnoau point qu'il s'arrêtent se lève sur les pieds de derrière. Cest le temps qu'il faut prendre pour le tirer, et tâcher de le tuer ; car s'il n'est que blessé , il vient de furie se jete^ sur le tireur, et , Tembrassant des pattes de devant, il l'étoufferait s'il n'était secouru.

Page 1