‹ Œuvres choisies de BuffonChapitre 64 sur 126 · L'HIPPOPOTAME · texte numérisé non relu

L'HIPPOPOTAME

Avec d'aussi puissantes armes et une force prodi* gieuse de corps, T hippopotame pourrait se rendre redoutable à tous les animaux ; mais il est naturel* lement doux ; il est d'ailleurs si pesant et si lent à la course, qu'il ne pourrait attraper aucun des quadrupèdes; il nagé plus vite qu'il ife court; il chasse

le poisson et en fait sa proie; il se plait dans l'eau ^ et y séjourne aussi volontiers que sur la terre ; cependant il n'a pas, comme le castor ou la loutre, des membranes entre les doigts des pieds, et il parait qu'il ne nage aisément que par la grande capacité de son ventre, qui fait que, volume pour volume, il est à peu près d'un poids égal à l'eau ; d'ailleurs il se tient longtemps au fond de l'eau, et y marche

comme en plein air : et lorsqu'il en sort pour paître, il mange des cannes à sucre, des joncs, du millet, du riz, des racines, etc. Il en consomme et détruit une grande quantité, et il fait beaucoup de dommage dans les terres cultivées; mais comme il est plus timide sur terre que dans Teau , on vient aisément à bout de l'écarter : il a les jambes si courtes, qu'il ne pourrait échapper par la fuite, s'il s'éloignait du bord des eaux ; sa ressource, lorsqu'il est en danger, est de se jeter à l'eau , de s'y plonger, et de faire un grand trajet avant de reparaître : il fuit ordinairement lorsqu'on le chasse ; mais si Ton vient à le blesser, il s'irrite, et, se retournant avec fureur, se lance contre les barques, les saisit avec ies dents, en enlève souvent des pièces, et quelquefois les submerge.

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