LE BUFFLE
Le buffle est d'un naturel plus dur et moins traitable que le bœuf; il obéit plus difficilement , il est plus violent , il a des fantaisies plus brusques et plus fréquentes ; toutes ses habitudes sont grossières et brutes : il est , après le cochon , le plus sale des animaux domestiques, par la difficulté qu'il met à se laisser nettoyer et panser; sa figure est grosse et repoussante, son regard stupidement farouche; il
avance ignoblement son cou, et porte mal sa tôte, presque toujours penchée vers la terre ; sa voix est un mugissement épouvantable, d'un ton beaucoup plus fort et plus grave que celui d'un taureau ; il a les membres maigres et la queue nue , la mine obscure, la physionomie noire comme le poil et la peau ; il diffère principalement du bœuf à l'extérieur par
cette couleur de la peau , qu'on aperçoit aisément sous le poil , qui n'est que peu fourni; il a le corps plus gros et plus court que le bœuf, les jambes plus hautes, la tète proportionnellement beaucoup plus petite» les cornes moins rondes, et en partie comprimées, un toupet de poil crépu sur le front ; il a aussi la peau. plus épaisse et plus dure que le bœuf; sa chair, noire et dure , est non -seulement désagréable au goût, mais répugnante à Fodorat; le lait delà femelle buffle n'est pas si bon que celui de la vache ; elle en fournit cependant en plus grande quantité. Dans les pays chauds, presque tous les fromages sont faits de lait de buffle; la chair des jeunes buffles encore nourris de lait n'en est pas meilleure; le cuir seul vaut mieux que tout le reste de la bête, dont il n'y a que la langue qui soit bonne à manger; ce cuir est solide, assez léger, et presque impénétrable. Comme ces animaux sont en général plus grands et plus forts que les bœufs, on s'en sert utilement au labourage ; on leur fait traîner, et non pas porter les fardeaux; on les dirige et on les contient au moyen d'un anneau qu'on leur passe dans le nez ; deux buffles attelés, ou plutôt enchaînés à un chariot, tirent autant que quatre forts chevaux : comme leur cou et leur tète se portent naturellement en bas , ils emploient en tirant tout le poids de leur corps , et cette masse surpasse de beaucoup celle d'un cheval ou d'un bœuf de labour.