INSTINCT SOCIAL DES OISEAUX
L'inslinct social n'est pas donné à toutes les espaces d'oiseaux ; mais dans celles où il se manifeste , il est plus grand , plus décidé que dans les autres animaux. Non-seulement leurs attroupements sont plus nombreux y et leur réunion plus constante que celle des quadrupèdes, mais il semble que ce n'est qu'aux oiseaux seuls qu'appartient cette communauté de goûts, de projets, de plaisirs, et cette union des volontés qui fait le lien de rattachement mutuel, elle motif de la liaison générale. Cette supériorité d'instinct social dans les oiseaux suppose d'abord une nombreuse multiplication , et vient ensuite de ce qu'ils ont plus de moyens et de facilités de se rapprocher, de se rejoindre, de demeurer et voyager ensemble; ce qui les met à portée de s'entendre et de se communiquer assez d'intelligence pour connaître les premières lois de la société , qui , dans toute espèce d'êtres , ne
peut s'établir que sur un plan dirigé par des vues concertées. C'est cette intelligence qui produit entre les individus Taffection , la confiance , et les douces habitudes de l'union , de la paix , et de tous les biens qu'elle procure. En effet, si nous considérons les sociétés libres ou forcées des animaux quadrupèdes, soit qu'ils se réunissent furtivement et à Técart dans l'état sauvage , soit qu'ils se trouvent rassemblés avec indifférence ou regret sous l'empire de l'homme, et attroupés en domestiques où en esclaves, nous ne pourrons les comparer aux grandes sociétés des oiseaux formées par pur instinct, entretenues par goût, par affection, sous les auspices de la pleine liberté. Nous avons vu les pigeons chérir leur commun domicile, et s'y plaire d'autant plus qu'ils y sont plus nombreux; nous voyons les cailles se rassembler, se reconnaître, donner et suivre l'avis général du départ ; nous savons que les oiseaux gallinacés ont, même dans l'état sauvage, des habitudes sociales que la domesticité n'a fait que seconder, sans contraindre leur nature; enfin nous voyons tous les oiseaux qui sont écartés dans les bois, ou dispersés dans les champs, s'attroupera l'arrière- saison, et, après avoir égayé de leurs jeux les derniers beaux jours de l'automne , partir de concert pour aller chercher ensemble des climats plus heureux et des hivers tempérés ; et tout cela s'exécute indépendamment de l'homme, quoiqu'à l'enlour de lui, et sans qu'il
puisse y mettre obstacle; au lieu qu'il anéantit ou contraint toute société , toute volonté commaue dans les animaux quadrupèdes. En les désunissant il les a dispersés : la marmotte, sociable par instinct, se trouve reléguée, solitaire , à la cime des montagnes; le castor, encore plus aimant , plus uni, et presque policé, a été repoussé dans le fond des déserts. L'homme a détruit ou prévenu toute société entre les animaux : il a éteint celle du cheval , en soumettant l'espèce entière au frein ; il a gêné celle même de r^léphant, malgré la puissance et la force de ce géant des animaux. Les oiseaux seuls ont échappé. à la domination du tyran; il n'a rien pu 3ur leur so- . ciété, qui est aussi libre que l'empire de l'air ; toqt^s ses atteintes ne peuvent porter que sur la vie dea iadividus : il en diminue le nombre, mais l'espèce Qe souffre que cet échec, et ne perd ni la liberté, ni 3on instinct, ni ses moeurs. Il y a même des oiseaux que nous ne connaissons que parles effets de cet instinct social, et que nous ne voyons que dans leh moments de l'attroupement général et de leur réunion en grande compagnie. Telle est, en générai , la société de la plupart des espèces d'oiseaux d'eau.