‹ Œuvres choisies de BuffonChapitre 70 sur 126 · LE ZÈBRE · texte numérisé non relu

LE ZÈBRE

Le zèbre est peut-être, de tous les animaux quadrupèdes , le mieux fait et le plus élégamment vêtu : il a la figure et les grâces du cheval, la légèreté dû cerf, et la robe rayée de rubans noirs et blancs, disposés alternativement avec tant de régularité et de symétrie , qu'il semble que la nature ait employé la règle et le compas pour la peindre; ces bandeâ alternatives de noir et de blanc sont d'autant plus

singulières , qu'elles sont étroites, parallèles, et très -exactement séparées, comme dans une étoffe rayée; que d'ailleurs elles s'étendent non -seulement sur le corps , mais sur la tête, sur les cuisses et les jambes, et jusque sur les oreilles et la queue :

en sorte que de loin cet animal paraît comme s'il était environné partout de bandelettes qu'on aurait pris plaisir et employé beaucoup d'art à disposer régulièrement sur toutes les parties de son corps; elles en suivent les contours et en marquent si avantageusement la forme , qu'elles en dessinent les muscles en s' élargissant plus ou moins sur les parties plus ou moins charnues et plus ou moins arrondies. Dans la femelle, ces bandes sont alterna* tivement noires et blanches ; dans le mâle, elles sont noires et jaunes; mais toujours d'une nuance vive et brillante sur son poil court, fin et fourni, dont le lustre augmente encore la beauté des couleurs. Le zèbre est, en général, plus petit que le cheval et plus grand que l'âne; et quoiqu'on l'ait souvent comparé à ces deux animaux, qu'on l'ait même appelé cheval sauvage et âne rayé, il n'est la copie ni de l'un ni de l'autre, et serait plutôt leur modèle, si dans la nature tout n'était pas également original, et si chaque espèce n'avait pas un droit égal à la création.

LE MOCOCO

Le mococo est un joli animal, d'une physionomie fine, d'une figure élégante etsvelte, d'un beau poil toujours propre et lustré; il est remarquable par la grandeur de ses yeux , par la hauteur de ses jambes de derrière, qui sont beaucoup plus longues que celles de devant, et par sa belle et grande queue, qui est toujours relevée, toujours en mou-

vement , et sur laquelle on compte jusqu'à trente anneaux , alternativement noirs et blancs , tous bien distincts et bien séparés les uns des autres; il a des mœurs douces , et quoiqu'il ressemble en beaucoup de choses au singe, il n'en a ni la malice ni

le Daturel. Dans son état de liberté il vit en société , et on le trouve à Madagascar par troupes de trente à quarante ; dans celni de captivité , il n'est incommode que par le mouvement prodigieux qu'il se donne : c'est pour cela qu'on le tient ordinairement à la chaîne; car, quoique très-vif et trèséveillé, il n'est ni méchant ni sauvage; il s'apprivoise assez pour qu'on puisse le laisser aller et venir sans craindre qu'il s*enfiiie ; sa démarche est oblique comme celle de tous les animaux qui ont quatre mains au lieu de quati^e pieds; il saute de meilleure grâce et plus légèrement qu'il ne marche ; il est silencieux, et ne fait entendre sa voix que par un cri court et aigu y qu'il laisse, pour ainsi dire, échapper lorsqu'on le surprend ou qu'on l'irrite. Il dort assis, le museau incliné et appuyé sur sa poitrine; il n'a pas le corps plus gros qu'un chat, mais il l'a plus long, et il parait plus grand, parce qu'il est plus élevé sur ses jambes ; son poil , quoique trèsdoux au toucher, n'est pas couché, et se tient assez fermement droit.

LE MONGOUS

Le moQgous est plus petit que le mococo ; il a comme lui le poil soyeux et assez court, mais un peu frisé ; il a aussi le nez plus gros que le mococo , et assez semblable à celui du vari. J'ai eu chez moi pendant plusieurs années un de ces mongous qui

était tout brun; il avait l'œil jaune, le nez noir et les oreilles courtes ; il s'amusait à manger sa queue > et en avait ainsi détruit les quatre ou cinq dernières vertèbres; c'était un animal fort sale et assez incommode ; on était obligé de le tenir à la chaîne, et quand il pouvait s'échapper, il entrait dans les boutiques du voisinage pour chercher des fruits, du sucre, et

surtout des confitures y dont il ouvrait les bottes; od avait bien de la peine à le reprendre , et il mordait cniellemenf alors ceux mêmes qu'il connaissait le mieux ; il avait un petit grognement presque continuel ; et lorsqu'il s'ennuyait et qu'on le laissait seul , il se faisait entendre de fort loin par un coassement tout semblable à celui de la grei^ouille. Il craignait le froid et l'humidité, il ne s'éloignait jamais du feu, et se tenait debout pour se chauffer : on le nourrissait avec du pain et des fruits; sa langue était rude comme celle d'un chat; et si on le laissait faire , il léchait la main jusqu'à la faire rougir, et finissait souvent par l'entamer avec les dents. Le froid de l'hiver de 1750 le fit mourir, quoiqu'il ne fût pas sorti du coin du feu : il était très -brusque dans ses mouvements, et fort pétulant par instants; cependant il dormait souvent le jour, mais d'un sommeil léger que le moindre bruit interrompait.

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