‹ Œuvres choisies de BuffonChapitre 75 sur 126 · LES PIES-GRIÈCHES · texte numérisé non relu

LES PIES-GRIÈCHES

Ces oiseaux , quoique petits , quoique délicats de corps et de membres, doivent néanmoins, parleur courage, par leur large bec, fort et crochu , at par leur appétit pour la cbair, être mis au rang des oiseaux de proie, même des plus fiers et des plus sanguinaires. On est toujours étonné de voir l'intrépidité avec laquelle une pie -grièche combat contre

les pies, les corneilles, les crécerelles, tous oiseaux beaucoup plus grands et plus forts qu'elle. Elles n'attendent pas qu'ils approchent, il suffit qu'ils passent à leur portée pour qu'elles aillent au-devant : elles les attaquent à grands cris, leur font des blessures cruelles, et les chassent avec tant de fureur,

qu'ils fuient souvent sans oser revenir; et, dans ce combat inégal contre d'aussi grands ennemis , il est rare de les voir succomber sous la force, ou se laisser emporter ; il arrive seulement qu'elles tombent quelquefois avec l'oiseau contre lequel elles se sont accrochées avec tant d'acharnement, que le combat ne finit que par la chute et la mort de tous deux : aussi les oiseaux de proie les plus braves les respectent; les milans, les buses, les corbeaux, paraissent les craindre et les fuir plutôt que les chercher: Rien dans la nature ne peint mieux la puissance et les droits du courage que de voir ce petit oiseau, qui n'est guère plus gros qu'une alouette, voler de pair avec les éperviers, les faucons, et tous les autres tyrans de l'air, sans les redouter, et chasser dans leur domaine sans craindre d'en être puni; car, quoique les pies-grièches se nourrissent communément d'insectes, elles aiment la chair de préférence : elles poursuivent au vol tous les petits oiseaux : on en a vu prendre des perdreaux et de jeunes levrauts ; les grives , les merles , et les autres oiseaux pris au lacet ou au piège deviennent leur proie la plus ordinaire : elles les saisissent avec les ongles , leur crèvent la tèle avec le bec, leur serrent et déchiquettent le col , et après les avoir étranglés ou tués« elles les plument pour les manger, les dépecer à leur aise, et en emporter dans leur nid les débris en lambeaux .

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