LE DUC OU GRAND-DUC
Les poètes ont dédié l'aigle à Jupiter, et le duc à JuQon : c'est 9 en effet, Taigle de la nuit, et le roi de cette tribu d'oiseaux qui craignent la lumière du jour et ne volent que quand elle séteint. Le duc parait être , au premier coup d œil , aussi gros , aussi fort que l'aigle commun ; cependant il est naturellement plus petit, et les proportions de son corps sont toutes différentes : il a les jambes, le corps et la queue plus courts que l'aigle, la tète beaucoup plus grande, les ailes bien moins longues, l'étendue du vol ou l'envergure n'étant que d'environ cinq pieds. On dis-tingue aisément le duc à sa grosse figure , à sa tète énorme , aux larges et profondes cavernes de ses oreilles , aux deux aigrettes qui surmontent sa tète, et qui sont élevées de plus de deux pouces et demi ; à son bec court, noir et crochu ; à ses grands yeux fixes et transparents; â ses larges prunelles noires et environnées d'un cercle de couleur orangée ; à sa face entourée de poil ou plutôt de petites plumes blanches et décomposées qui aboutissent à une circonférence d'au très petites plumes frisées; à ses ongles
noirs, très -forts et très-crochus; à son cou trèscourt ; à son plumage d'un roux brun taclié de noir et de jaune sur le dos, et de jaune sur le ventre, marqué de taches noires et traversé de quelques bandes brunes, mêlées assez confusément; à ses pieds couverts d'un duvet épais et de plumes roussâtres jusqu'aux ongles ; enfin à son cri effrayant huihou, houkou, bouhou, pouhou, qu'il fait retentir dans le silence de la nuit^ lorsque tous les autres animaux se taisent ; et c'est alors qu'il les éveille, les inquiète, les poursuit et les enlève, ou les met à mort pour les dépecer et les emporter dans les cavernes qui lui servent de retraite; aussi n'habite-t-il que les rochers ou les vieilles tours abandonnées et situées au - dessus des montagnes. Il descend rare ment dans les plaines , et ne se perche pas volontiers sur les arbres, mais sur les églises écartées et sur les vieux châteaux. Sa chasse la plus ordinaire sont les lièvres, les lapins, les taupes, les mulots, les souris, qu'il avale tout entières, et dont il digère la substance charnue, vomit le poil, les os et la peau en pelotes arrondies. Il mange aussi les chauves -souris., les serpents, les lézards, les crapauds, les grenouilles , et en nourrit ses petits : il chasse alors avec tant d'activité, que son nid regorge de provisions; il en rassemble plus qu'aucun autre oiseau de proie.