‹ Œuvres choisies de BuffonChapitre 78 sur 126 · OISEAUX NE POUVANT VOLER · texte numérisé non relu

OISEAUX NE POUVANT VOLER

L'AllTRUCHE

L'autruche est attachée à la terre comme par une double chaîne, son excessive pesanteur et la conformation de ses ailes; et elle est condamnée à en par* courir laborieusement la surface, comme les quadrupèdes, sans pouvoir jamais s'élever dans l'air; aussi a-t-elle, soit au dedans, soit au dehors, beaucoup de traits de ressemblance avec ces animaux : comme eux, elle a sur la plus grande partie du corps du poil plutôt que des plumes ; sa tête et ses flancs n'ont même que peu ou point de poil^ non plus que ses cuisses, qui sont très-grosses, très-musculeuses , et où réside sa principale force; ses grands pieds nerveux et charnus, qui n'ont que deux doigts, ontbeaucoup de rapport avec les pieds du chameau, qui luimême est un animal singulier entre les quadrupèdes par la forme de ses pieds ; ses ailes, armées de deux piquants semblables à ceux du porc-épic, sont moins

des ailes que des espèces de bras , qui lui oni été donnés pour se défendre ; rorifiee des oreilles est à découvert, et seulement garni de poil dans la partie intérieure où est lé canal auditif; sa paupière supérieure «st mobile comme presque dans tous les quadrupèdes, et bordée de longs cils comme dans Thomme et l'éléphant; la forme totale de sIbs yeux a plus de rapports avec les yeux des humains qu'avec ceux des oiseaux, et ils sont disposés de manière qu'ils peuvent voir à la fois tous deux le même objet.

Ces animaux vivent principalement de matières végétales ; ils ont le gésier muni de muscles très-forts, comme tous les granivores, et ils avalent fort souvent du fer, du cuivre, des pierres, du verre, du bois, et tout ce qui se présente ; je ne nierais pas même qu'ils n'avalassent quelquefois du fer rouge, pourvu que ce fût en petite quantité, et je ne pense pas avec cela que ce fût impunément. Il parait qu'ils avalent tout ce qu'ils trouvent, jusqu'à ce que leurs grands esto-

macs soient entièrement pleins , et que le besoin de les lester par un volume suffisant est Tune des principales causes de leur voracité.

Les autruches habitent par préférence les lieux les plus solitaires et les pjus arides, où il ne pleut presque jamais ; et cela confirme ce que disent les Arabes, qu'elles ne boivent point. Elle se réunissent dans ces déserts en troupes nombreuses, qui de loin' ressemUent à des^ escadrons de cavalerie, et ont jeté l'alarme dans plus d'une caravane. Leur vie doit être un peu dure dans ces solitudes vastes et stériles; mais elles y trouvent la liberté : et quel désert, à ce prix, ne serait un lieu de délices! C'est pour jouir, au sein de la nature , de ce bien inestimable qu'elles Tuient Thomme : mais l'homme, qui sait le profit qu'il en peut tirer, les va chercher dans leurs retraites les plus sauvages; il se nourrit de leurs œufs, de leur sang, de leur graisse, de leur chair; il se pare de leurs plumes; il conserve peutêtre l'espérance de les subjuguer tout à fait, et de les mettre au nombre de ses esclaves. L'autruche procure trop d'avantages à l'homme pour qu'elle puisse être en sûreté dans ses déserts.

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