‹ Œuvres choisies de BuffonChapitre 90 sur 126 · LE MERLE · texte numérisé non relu

LE MERLE

Les merles ne s'éloignent pas seulement du genre des grives par la couleur du plumage et par la diffé-^ rente livrée du mâle et de la femelle, mais encore par leur cri, que tout le monde connaît, et par quelquesunes de leurs habitudes. Ils ne voyagent ni ne vont en troupes comme les grives, et néanmoins, quoique plus sauvages entre eux , ils le sont moins à Tégard de rtiomme , car nous les apprivoisons plus aisément que les grives , et ils ne se tiennent pas si loin des lieux habités. Au reste, ils passent communément pour être très-fins, parce qu'ayant ja vue perçante, ils découvrent les chasseurs de fort loin et se laissent approcher difficilement ; mais en les étudiant de plus près , on reconnaît qu'ils sont plus inquiets que rusés, plus peureux que défiants , puisqu'ils se laissent prendre aux gluaux, aux lacets et à toutes sortes de pièges , pourvu que la main qui les a tendus sache se rendre invisible. Lorsqu'ils sont renfermés avec d'autres oiseaux plus faibles, leur inquiétude naturelle se change en pétulance; ils poursuivent, ils tourmentent continuellement leurs compagnons d'esclavage, et, par cette raison, on ne doit pas les

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admettre dans les volières où Ton veut rassembler et conserver plusieurs espèces de petits oiseaux. On peut, si Ton veut, en élever à part, à cause de leur chant, non pas de leur chant naturel , qui n'est guère supportable qu'en pleine campagne , mais à cause de la facilité qu'ils ont de le perfectionner, de retenir les airs qu'on leur apprend, d'imiter différents bruits, différents sons d'instruments, et même de contrefaire la voix humaine r

LE MOINEAÏ]

Dans quelque contrée que le moineau habite , on ne le trouve jamais dans les lieux déserts , ni même dans ceux qui sont éloignés du séjour de l'homme ; les moineaux. sont, comme les rats, attachés à nos habitations; ils ne se plaisent ni dans les bois ni dans les vastes campagnes; on a même remarqué qu'il y en a plus dans les villes que dans les villages, et qu'on n'en voit point dans les hameaux et dans les fermes qui sont au milieu des forêts ; ils suivent la société pour vivre à ses dépens ; comme ils sont paresseux et gourmands, c'est sur des provisions toutes faites, c'est-à dire sur le bien d'autrui, qu'ils prennent leur subsistance; nos granges et nos gre*

niersy nos basses* cours, nos colombiers, tous les lieux^ en un mot, où nous rassemblons et distribuons des grains, sont les lieux qu*ils fréquentent de préférence; et comme ils sont aussi voraces que nombreux, ils ne laissent pas de faire plus de tort que leur espèce ne vaut; car leur plume ne sert à rien , leur chair n'est pas bonne à manger, leur voix blesse l'oreille, leur familiarité est incommode, leur pétulance grossière est à charge ; ce sont de ces gens que Ton trouve partout et dont on n'a que faire, si propres à donner de l'humeur, que dans certains endroits on les a frappés de proscription en mettant à prix leur vie. Et ce qui les rendra éternellement incommodes, c'est non-seulement leur très-nombreuse multiplication, mais encore leur défiance, leur finesse, leurs ruses, et leur opiniâtreté à ne pas désemparer les lieux qui leur conviennent. Ils sont fins, peu craintifs^ difficiles à tromper; ils reconnaissent aisément les pièges qu'on leur tend; ils impatientent ceux qui veulent se donner la peine de les prendre. Il faut pour cela tendre un filet d'avance, et attendre , plusieurs heures, souvent en vain , et il n'y a guère que dans les saisons de disette et dans les temps de neige où cette chasse puisse avoir du succès ; ce qui néanmoins ne peut faire une diminution sensible sur une espèce qui se multiplie trois fois par an. Leur nid est composé de foin au dehors, et déplumes en dedans. Si vous le détruisez, en vingt- quatre heures ils en

font un autre; si vous jetez leurs œufs, qui sont communément au nombre de cinq ou six , et souvent davantage, huit à dix jours après ils en pondent de nouveaux ; si vous l«s tirez sur les arbres ou sur les toits, ils ne s'en recèlent que mieux dans vos greniers. Il faut à peu près vingt livres de blé par an pour nourrir une conplede moineaux; des personnes qui en avaient gardé dans des cages m'en ont assuré. Que Ton juge par leur nombre de la déprédation que ces oiseaux font de nos grains; car, quoiqu'ils nourrissent leurs petits d'insectes dans le premier âge , et qu'ils en mangent eux-mêmes en assez grande quantité, leur principale nourriture est notre meilleur grain. Ils suivent le laboureur dans le temps des semailles, les moissonneurs pendant celui de la récolte, les batteurs dans les granges, la fermière lorsqu'elle jette le grain à ses volailles; ils le cherchent dans les colombiers et jusque dans le jabot des jeunes pigeons, qu'ils percent pour l'en tirer : ils mangent aussi les mouches à miel , et détruisent ainsi de préfet rence les seuls insectes qui nous soient utiles; enfin ils sont si malfaisants , si incommodes, qu'il serait à désirer qu'on trouvât quelque moyen de les détruire.

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