LA GRIVE
La grive est fort commune en certains cantons de la Bourgogne , où les gens de la campagne la connaissent sous les noms de grivette et de mçmviette. Elle arrive chaque année à peu près au temps des vendanges , et semble être attirée par la maturité des raisins: et c'est pour cela sans doute qu'on lui a donné le nom de grive de vigne. Elle disparaît aux gelées, et se rencontre aux mois de mars et d'avril, pour disparaître encore au mois de mai. Chemin faisant, la troupe perd toujours quelques traîneurs qui ne peuvent suivre , ou qui , plus pressés que les autres par les douces influences du printemps , s'arrêtent dans les forêts qui se trouvent sur leur passage pour y faire leur ponte. C'est par cette raison qu'il reste toujours quelques grives dans nos bois, oti elles font leur nid sur les pommiers et les poiriers sauvages, et même sur les genévriers et dans les buissons, comme on l'a observé en Silésie et en Angleterre. Quelquefois elles rattachent contre le tronc d'un gros arbre , à dix ou douze pieds de hauteur, et dans sa construction elles emploient par préférence le bois pourri et vermoulu. Chaque couvée
va séparément sous la conduite des père et mère. Quelquefois plusieurs couvées se rencontrant dans les bois, on pourrait penser, à les voir ainsi rassemblées, qu'elles vont par troupes nombreuses; mais leurs réunions sont fortuites , momentanées ; bientôt on les voit se diviser en autant de petits pelotons qu'il y a de familles réunies, et même se disperser absolument lorsque les petits sont assez forts pour aller seuls.
Quoique la grive ait l'œil perçant, et qu'elle sache fort bien se sauver de ses ennemis déclarés et se garantir des dangers manifestes, elle est peu rusée au fond, et n'est point en garde contre les dangers moins apparents: elle se prend facilement , soit à la pipée, soit au lacet , mais moins cependant que le roauvis. Il y a des cantons en Pologne où on en prend une si grande quantité , qu'on en exporte de petits bateaux chargés. C'est un oiseau des bois, et c'est dans les bois qu'on peut lui tendre des pièges avec succès ; on le trouve très-rarement dans les plaines ; et lors môme que ces grives se jettent aux vignes, elles se retirent habituellement dans les taillis voisins le soir et dans le chaud du jour, en sorte que pour faire de bonnes chasses il faut choisir son temps, c'est-à-dire le matin à la sortie, le soir à la rentrée, et encore l'heure de la journée oii la chaleur est la plus forte. Quelquefois elles s'enivrent à manger des raisins mûrs , et c'est alors que tous les pièges sont bons.