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LE CHARDONNERET

Beauté du plumage , douceur de la voix , finesse de rinstincty adresse singulière, docilité à l'épreuve, ce charmant petit oiseau réunit tout, et il ne lui manque que d'être rare et de venir d'un pays éloigné, pour être estimé ce qu'il vaut.

Le rouge cramoisi, le noir velouté, le blanc, le jaune doré, sont les principales couleurs qu'on voit briller sur son plumage, et le mélange bien entendu de teintes plus douces ou plus sombres leur donne encore plus d'éclat ; tous les yeux en ont été frappés également. Lorsque ses ailes sont dans leur état de repos, chacune présente une suite de points blancs, d'autant plus apparents qu'ils se trouvent sur un fond noir; ce sont autant de petites taches blanches qui terminent toutes les pennes de l'aile, excepté les deux ou trois premières. Les pennes de la queue sont d'un noir encore plus foncé , les six intermédiaires sont terminées de blanc, et les deux dernières ont de chaque côté sur leurs barbes intérieures une tache blanche ovale très -remarquable. Au reste, tous ces points blancs ne sont pas toujours en même nombre, ni distribués de la même manière, et il faut

avouer qu'en général le plumage des chardonnerets est fort variable.

La femelle a moins de rouge que le mâle et n'a point du tout de noir. Les jeunes ne prennent leur beau rouge que la seconde année ; dans les premiers temps, leurs couleurs sont ternes, indécises, et c'est pour cela quon les appelle grisets ; cependant le jaune des ailes paraît de très-bonne heure, ainsi que les taches blanches des pennes de la queue; mais ces taches sont d'un blanc moins pur.

Les mâles ont un ramage très-agréable et trèsconnu : ils commencent à le faire entendre vers les premiers jours du mois de mars, et ils continuent pendant la belle saison ; ils le conservent même l'hiver dans les poêles, où ils trouvent la température du printemps. Ces oiseaux sont, avec les pinsons, ceux qui savent le mieux construire leur nid, en rendre le tissu plus solide^ lui donner une forme plus arrondie, je dirais volontiers plus élégante : les matériaux qu'ils y emploient sont, pour le dehors, la mousse fine, les lichens, Thépatique, les joncs, les petites racines , la bourre des chardons , tout cela entrelacé avec beaucoup d'art; et pour l'intérieur, l'herbe sèche, le crin, la laine et le duvet. Ils le posent sur les arbres, et par préférence sur les pruniers et noyers; ils choisissent d'ordinaire les branches faibles et qui ont beaucoup de mouvement : quelquefois ils nichent dans les taillis, d'autres fois

dans les buissons épineux ; et Ton prétend que les jeunes chardonnerets qui proviennent de ces der- ' nières nichées ont le plumage un peu plus rembruni, mais qu'ils sont plus gais et chantent mieux que les autres.

Le chardonneret a le vol bas, mais suivi et filé comme c^lui de la linotte, et non pas bondissant et sautillant comme celui du moineau. C'est un oiseau actif et laborieux; s'il n'a pas quelques têtes de pavots , de chanvre ou de chardons à éplucher pour le tenir en action, il portera et reportera sans cesse tout ce qu'il trouvera dans sa cage. Il ne faut qu'un mâle vacant de cette espèce dans une volière de canaris pour faire manquer toutes les pontes; il inquiétera les couveuses, se battra avec les mâles, défera les nids, cassera les œufs. On ne croirait pas qu'avec tant de vivacité et de pétulance les chardonnerets fussent si doux et même si dociles. Us vivent en paix les uns avec les autres ; ils se recherchent, se donnent des marques d'amitié en toute saison, et n'ont guère de querelles que pour la nourriture. Ils sont moins pacifiques à l'égard des autres espèces : ils battent les serins et les linottes, mais ils sont battus à leur tour par les mésanges. Ils ont le singulier instinct de vouloir toujours se coucher au plus haut de la volière, et Ton sent bien que c'est une occasion de rixe lorsque d'autres oiseaux ne veulent pas céder Jeur place.

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A l'égard de la docilité du chardonneret, elle est connue : on lui apprend sans beaucoup de peine à exécuter divers mouvements avec précision , à faire le mort, à mettre le feu à un pétard, à tirer de petits seaux qui contiennent son boire et son manger : mais pour lui apprendre ce dernier exercice, il faut savoir Vhabiller. Son habillement consiste dans une petite bande de cuir doux et de deux lignes de large , percée de quatre trous, par lesquels on fait passer les ailes et les pieds , et dont les deux bouts , se rejoignant sous le ventre, sont maintenus par un anneau auquel s'attache la chaîne du petit galérien. Dans la solitude où il se trouve, il prend plaisir à se regarder dans le miroir de sa galère , croyant voir un autre oiseau de son espèce; et ce besoin de société parait chez lui aller de front avec ceux de première nécessité ; on le voit souvent prendre son chènevis grain à grain , et l'aller manger au miroir, croyant sans doute le manger en compagnie.

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