‹ Œuvres choisies de Campanella: précédées d'une noticeChapitre 27 sur 70 · GRECQUES · texte numérisé non relu

GRECQUES

la Grèce, qui était une petite nation circonscrite par la mer et par les terres, n*avait pas lieu d'être orgueilleuse; elle fit une courte traversée pour conquérir la toison d'or, pais elle s^mpara de Troie sans presque avoir combattu, mais h force de trahisons» et en remplissant le monde de ses fables, elle recueillit toutes les admirations. Quand l'Italie Tapplaudit, combien elle est coupable envers elle-même et envers Dieu ! L'Italie qui, dans le monde entier, par ses armes et son gé-nie, sans jamais user de fraude , a conquis les mers et les terres, et qui est enfin parvenue à posséder les clefs du ciel !

Christophe Colomb, génie audacieux, jette entre deux mondes un pont pour César et pour le Christ, et fait la con-> quête de l'immense Océan. Il dépasse les calculs des mathématiciensy les rêveries des poètes , des physiciens et des

théologiens, et les travaux d'Hercule, de Neptune et de Jupiter. Et pourtant le nocher de la fable usurpe sarenommée^ et il semble que ce grand héros ait inutilement vu et marché plus avant avec son corps mortel, que les autres avec la pensCé H^iâe de l'âme.

Tu as donné ton çom à un nouveau monde, Âméric, toi qui es né dans le berceau (1) dès plus il}ustres écrivains; tu t'illustras plus que tout autre par tes voyages, et tu n'as pas même un poète pour chanter ta gldre. Car les fabuleuses aventures des faux dieux Grecs et des héros menteurs les ont tous captivés* Caton avait prédit ce voile de ranliquité que la Grèce met sur tes yeux, Ô Italie, et qui eneou-^ rage les barbares à venir nous prendre nos armes, lietre gloire, notre esprit et notre chair.

Ouelle est la gloire qui pourra faire pâlir celle des grands législateurs : Janus, Saturne, Pythagore, Numa, Lucumus, la déesse de Cumes, Timée et une foule d'autres? L'Italie est le tombeau de ses propres lumières et le flambeau des étrangers. De nos jours encore elle méconnaît le philosophe de Gosenza (2), splendeur de la nature; et elle frappe tou-

(1) norêuce.

(«Télésio. . ^^,

DE CAMPAMELLA. $1

jours de nouveaux malheurs celui dont les anciens ont annonce la Tenue et qui honore l'ingrate Stilo (1).

L'Italie est infectée par Tenvie des siens et par leurs intérêts rivaux ; pourtant eHe ne se lasse pas de servir ceux qui f en FéeoBipensent par l'ignorance et la discorde, et elle met abstacle à son propre salut £Ue perd sa force et elle doute dlermôme de ce courage qui frappait le monde entier, sous le superbe empire latin, qui produisit à lui seul plus de guerriers et de poètes que tout l'univers. Hélas ! main* tenant tout n'est que fausse grandeur.

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Locres, Tarente, Sybaris et Crotone, Samnium, GapouCi Florence, Reggio, Ghiusi, Gènes ont chacune autant de gloire que toute la Grèce. Quant à Rome, elle suffit à contrebalancer le monde entier ; et Venise laisse bien loin derrière elle toutes les véritables ou fausses gloires de la Grèce ; Ye-* nise, qui s'enorgueillit de ses vierges et de ses épouses, Venise, qui nage dans la mer, rugit sur terre et vole dans le ciel, tour à tour poisson et lion ailé, portant l'Évangile (2).

(1) All^niftn k Inl-même.

(2) Armes de Venise.

La Grèce einprunla Hercale et Jupiter, et ses autres dieux, ainsi que leurs exploité à l'Assyrie et à l'Egypte, puis elle donna leurs noms et attribua leurs actions à de vils Thébains, à des Cretois et à des Achéens; c'est toi qui le dit, sincère Platon. Ainsi, elle s'approprie les sciences dont elle fait faussement parade, comme si elle les avait inventées* Puis, ayant confondu les temps, elle admire son histoire qu'elle même a falsifiée. £t une preuve non douteuse qu'elle ment, c'est qu'elle dit avoir donné naissance aux vieilles nations (1).

Si les autres nations en eurent la honte, l'Italie accueillit très-souvent de telles fablçs, l'Italie, a qui Noé a enseigné les lois, les arts et les sacrifices, car Janus n'est pas un mensonge (2). Celui qui voudra mieux se pénétrer du sens de mes paroles n'a qu'à se souvenir de Fabius, de Scipion, de toute la grande famiJie des héros de Bome,]car cette seule famille surpasse par le nombre des grands hommes et par leurs vertus tout ce que la Grèce a chanté et rêvé de ses héros. Nobles Latins !^que les exemples de vos ancêtres vous gardent des imposteurs et des impies»

(1) Fable de Deucalion.

(2) Dans l'esprit de l'autfur Janus n'est pas un f«ttx dieu, eest^oé lui-même.

Dli CAMPAiSJiLLA. t^ll

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