‹ Œuvres choisies de Campanella: précédées d'une noticeChapitre 49 sur 70 · VIU · texte numérisé non relu

VIU

Je méprise la prisai Oe corps) qui me fait sabir plsMurs

morts par la crainte incessante d*ane seiile. Enveloppe» retourne à la terre ta mère, moi, je veux m'en retourner vers ceux qui me sont semblables. Tu n*es pas même le corps que j*avais d*abord, car tu te détruis et te transformes tous les jours, par les substances que tu perds et que tu prends. Pourquoi m*affligerais-je tant de me déllTrer de toi?

TROISIEME GANZONE.

Tu me réponds en pleurant : — Pour toi j*ai levé la tête» mes mains ont écrit pour toi, mes pieds t*OQt porté, c'est mal de me mépriser ainsi. D*ailleurs, n'es-tu pas un peu matière ? La douleur te tourmente et la joie te dilate. Oublies-tu que si une mauvaise odeur se répand dans l'air, tu en souffres aussi ? Pourquoi me mépriser, moi par qui tu jouis? moi qui te donne la gloire, l'amour et la bonne chère ? —

— Compagnon, si tu as oublié les douleurs que tu dus éprouver, quand tu te changeas de terre en herbe, et d'herbe en chair, tu oublieras de même celles que tu éprouves pour redevenir terre. Une fois ce changement opéré, tu en seras heureux. Dieu veut te dissoudre pour te faire servir à d'autres œuvres^ mais tout changement est adouci par l'amour

DE CAMPANELLA. l&l

éternel, et tu feras de nouveau partie de moi-même, s*il est vrai que tout tende à s*unir à son tout.

Que te dois-je ? S'il fallait que j'eusse de la reconnaissance pour ce que tu m'as été et pour ce que tu me seras, je porterais une montagne (1); lorsque l'art suprême t'aura rendu immuable, nous nous réunirons. Ne pense pas que je craigne de me dissoudre dans le néant ou dans une chose qui me soit étrangère. Le corps qui m'enveloppe me fuira et m'oubliera, comme je le fuirai moi-même. Quand il se transforme, je souffre, mais en me séparant de lui, jenesouffri-' rai pas.

L'immense désir des choses éternelles est la force par laqndle je tends toujours plus haut, et qui me fait dépasser et la terre et le ciel ; aucun effet ne pouvant être supérieur à sa cause, je comprends que je ne dépends pas de l'air et du soleil, ni d'aucune chose périssable, mais des choses immortelles. C'est ce qui me distingue de toi, qui n'aimes et qui ne connais que ton destin borné. C'est la plus grande preuve que l'âme est divine.

(1) Cest à dire que si l'on avait tous les atomes dont a été,est et sera formé notre corps, qui se refait chaque sept an8,cela formerait une masse énorme.

La mort est douce pour celui à qui la vie est amère ; celui qui naît dans les pleurs doit mourir en souriant Rendons enfin ces misérables lambeaux au destin qui nous les prête avec tant d'usure. Avant de reprendre en entier ce corps morte], il nous redemande notre ouïe, nos dents et nos yeux si cliers. Prends tout ce qui t'appartient, ô terre avare ! Et pourquoi ne m'emportes-tu pas moi-même vers le Styx? Heureux qui se sauve du temps !

O mon corps ! mort vivante, nid d'ignorance, sépolcre que je porte avec moi, vêtement du péché et de la douleur, poids de misères et labyrinthe d'erreurs, tu me retiens icibas par des caresses et par la crainte, afin que je ae tourne pas les yeux vers le ciel, bien suprême et ma vraie demeure; tu crains que, m'éprenant de sa beauté» je ne te dédaigne et t'abandonne, charbon éteint !

QUATBIEME CANZONE.

L'intelligence suprême demande une philosophie en actioii» et pour la satisfaire, il faut que je me dépouille des deux

DE CAMPANELLA. \h%

derniers vêtements de Tâme, Famour de la vie et Tamour de la gloire. Il est douloureux de les quitter, mais quand on l'a fait, aucune douleur ne peut plus nous atteindre. Celui qui dans sa propre intdligence adore l'intelligence éternelle, veut avec eDe, et est heureux de se confondre en elle. Mais oo n'est pas grand par soi-même, quand on cherche à le pandtre ^ autrui.

Si ma délivrance était meilleure que mon infortune pour le bien de l'univers, pour la gloire divine et pour moi-même, je serais délivré par le Tout-Puissant, xar la ruse et la force ne pourraient rien contre sa volonté. Ainsi, tyran, redouble tes aruautés, cela ne peut être un mal, puisque Dieu le permet. Le malade ne donne pas de lois au médecin.

Celui qui, voyant Pierre, André et Paul jouir de leurs tourmentSi ne sait pas se détacher de la secte d'Épicure, q[ui oe trouvait de plaisir que dans le plaisir, non-seulement celui-là est impie, mais encore insensé. L'amour éternel nous élève par nos souffrances et nnos les fait paraître dou. C9S, conmie celles qu'éprouvent les vrais amants.

t^ POÉSIES

O mes amis! fayez les enseignements du«monde; une haute philosophie doit nous guider désormais, car je n'argumente plus seulement, mais j*ai vu et j'ai des preuves assurées des grands mystères. Je goûte déjà le vrai pain du Christ. De grâce, que les doctrines qui ne sont pas marquées du sceau divin nous soient en haine, car j*ai vu le démon !

11 croyait m'abuser par ses mensonges, et il m'a fait connaître, bien que ce soit en m'infligeant le martyre, que je suis immortel, qu'il y a là-haut un aréopage invisible, que les âmes, en sortant de nos corps, vont rejoindre les âmes blanches où les âmes noires, et que nous serons réunis aux bons ou aux méchants, selon que nous aurons fait le bien ou le mal.

Les uns sont poussés à servir Dieu par la crainte de l'enfer, d'autres par l'espoir du paradis ; d'autres le servent par hypocrisie, mais nous, nous devons le faire par amour pour l'intelligence suprême et le bien éternel, qui sont dignes d'adoration par eux-mêmes. C'est un bien d'agir ainsi, lors

même que nous serions certains que Dieu, nous a destinés à l'enfer.

DE GAMPAKELLA. 146

Que celai qui cherche Dieu dans ses œuvres, pour s'unir à lui et pour lui rendre hommage soit persuadé, comme je le suis moi-même, qu*il obtient par là un pardon tacite de ses fautes et qu'il arrive à la science de Finconnu. Dieu nous paie toujours de retour, il aime qui Taime, et il répond k qui l'appelle ; il hait et méprise le mal, parce qu'il est unité et bonté; Use donne à qui se donne à lui.

vni.

Si par hasard quelqu'un écoute ces chant3 de douleur éclos sous terre et ensevelis avant que d'être nés, qu'il change de vie ; car ce n'est pas légèrement que je parle, mais convaincu par l'expérience, par la loi naturelle et par Dieu.

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