‹ Œuvres choisies de Campanella: précédées d'une noticeChapitre 55 sur 70 · L'HOSPITALIER · texte numérisé non relu

L'HOSPITALIER

Mais avec qui un peuple aussi heureux peut-il éire en guerre ? quelles causes le décident-elles à se battre ?

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LE feÉNblâ.

Les Solariens n'àaratent-ils aucune alternative de guerre^ ne cesseraient pas pour cela de s'exercer dans Tart militaire et la chasse, afin de ne pas s'amollir et de n*être pas pris au dépourvu ; maisil n*en est pas ainsi, car il existe quatre autres royaumes dans la même ile, dont les rois sont très-jaloux de leur félicité, car les peuples qu'ils gouvernent, au Heu de leur obéir, voudraient vivre à la manière des Sdariens et même être leurs sujets ; c'est pourquoi ces rois déclarent souvent la guerre aux habitants de la cité du soleil, la moti* vant sur ce que ceux-ci ont usurpé une partie de leurs États et sur ce qu*ils mènent une vie impie, n'ayant pas d'idoles et ne suivant ni la religion des autres païens, ni celle des anciens brachmanes. Les Indiens les attaquent comme deis sa^ jets révoltés, et les habitants de Taprobane, qui les aidèrent d'abord, se déclarent aussi contre but maintenant ; cependant les Solariens sont toujours victorieux. Aussitôt qu'ils ont reçu quelque insulte, ou que leurs alliés ont été lésés, ou bieà encore qu'une ville opprimée les appelle comme libérateurs, ils s'assemblent en conseil^ et après s'être agenouillés, ilsde<& mandent à Dieu de leur inspirer une bonne résolution ; en-* suite ils examinent de quel côté est le bon droit, et s'ils jugent que ceux qui les ont appelés à leur aide ont raison, ils déclarent la guerre de la manière suivante : un prêtre, nommé le Faretuù, est député sur l'heure vers les ennemis pour leur demander soit la restitution du butin, soit la cessation de toute hostilité envers leurs alliés, soit la délivrance des villea

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opprimées. Si rpn ref^s^ 4>coêc|çr à s^ demandes, il déclare la guerre, en lQYuqu^(it contre k^ défenseurs d*uaç ipaiiiTaise cause, U cogère 4^ 9ÂÇu des i^ogeances; si Tenpemi hésite, le Fçrensis luiaçc^orde pne heure pour réfléchir, si c*est un ro|; trois, $i ç*^t uae république^ afin qu'on ue cherche pas i gagner d^ (^Knps par des réponses évasives. Pès que \^ guerre est déçUré^, Vexécqtion en est confiée au lieutenant (Vicarius) de Puissance. Afin d'éviter tout retard, ce defqier pe prend çQns.çil que de lui-même et décide tout ^ns cqnlrôle, siinsi que le faisaient les dictateurs romains. Cependant, lorsqu'il s*agit d'une a(faire de grande impor* tance, il consulte Iç Soleil^ Amom et Sagesse; mais, avant tout, un orateur ei^pqse daps le grand conseil les causes et la justice 4? l'expédition. Ce grand conseil est composé de tous les Sçhriens âgés de plus d^ vingt aus. C'est ainsi que se font les préparatifs nécessaires. Toutes sortes d'armes sont conservées dans les arsenaux, et l'on s'exerce à en faire usage (ians des batailles simulées, (.es murs extérieurs de chaque enceipte sont garnis de bonubardes, et des hommes sont toujours prêts i les servir. Ils ont aussi des canons montés sur des roues ^t qu'ils traînent sur les chaqaps de bataille ; les munitions de guerre et de bouche se transportent à dos de mulet ou d'âne et sur des chariots. Sitôt qu'ils sont en campagne, lorsqu'ils forment un camp, ils placent au centre les approvisionnements, les canons, les chariots, les échelles et les machines de guerre. Ils se battent avec ardeur, mais'leqr impétuosité est toujours réglée par la prudence : par exemple, il leur arriva de feindre de battre ^n retraite. L'ennemi, pensant qu'ils cèdeut et fuient, les poursuit, mais les Solani^n^i ^ r^t^Rî^Dt mmipt en légior^, forment deu)^ ailes et

80 reposent un instant, tandis que l*artillene vomit des prO' jectiles meurtriers contré Tennemi, dont ils achèvent ensuite facilement la déroute. Ils ont une foule de ruses semblables, car dans les stratagèmes et dans Fusage des machines de guerre aucun peuple ne les surpasse. Us établissent leurs camps à la manière des Romains et dressent leurs tentes, les entourent de palissades et de fossés a?ec une célérité surprenante. Des chefs particuliers président aux travaux, aux machines, au service des canons. Tous les soldats savent se servir de la houe et de la hache. Cinq, huit ou dix généraux, experts dans Tartdes stratagèmes et des évolutions, commandent aux diverses parties de Tarmée les mouvements qu'ils sont convenus d'exécuter à Tavance. lis conduisent d'ordinaire avec eux une troupe d'enfants à cheval, afîn de les habituer à la vue du sang répandu, comme les louveteaux et les lionceaux ; mais au moment d'un grand danger, on les place à l'écart, ainsi quelesfemmes armées. Après la bataille, ces femmes et ces enfants félicitent les guerriers et pansent les blessés, et les reconfortent avec des caresses et de douces paroles , qui produisent un effet merveilleux. Les combattants, voulant se montrer courageux aux yeux de leurs femmes et de leurs enfants, tentent d'incroyables efforts, et l'amour leur fait remporter la victoire. Celui qui monte le premier à Tassaut reçoit une couronne de gazon, aux applaudissements des femmes et des enfants; celui qui sauve la vie à un compagnon d'armes en reçoit une de chêne ; celui qui lue un tyran en consacre les dépouilles opimes au temple, et le Soleil lui donne un surnom rappelant son action. D'autres couronnes sont également distribuées. Chaque cavalier porte une lance et deux pistolets d'un fort calibre et dont le canon va se rétré-

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cissant à Torifice, et qu'ils suspendent aux arçons. I^ manière dont sont fabricfuésces pistolets fait que la baUe pénètre toute armure. Ils portent également une dague et un poignard. La caTalerie, qui porte d'épaisses armures, a dos massues en fer. Si la dague et les balles s'émoussent sur les cuirasses des ennemis, ils ont recours à cette massue, pour les abattre, comme Achille contre Cygnus. Deux chaînes de six palmes où pendent deux boules de fer sont attachées à cette massue, de sorte qu'en frappant elles entourent le cou de l'ennemi que l'on peut facilement tirer ^ soi et renverser. Pour pouvoir faire plus commodément usage de leurs massues, ils ne gouvernent pas leurs chevaux avec les mains, mais avec les pieds ; les rênes se croisent sur les arçons de la selle et viennent s'attacher aux étriers, qui sont faits en forme de sphère à l'extérieur et de triangle à l'intérieur. Or» en tournant, le pied fait tourner également la sphère à laquelle les rênes sont attachées, et, par ce moyen, il les tend ou les relâche ; en tournant le pied gauche ils tirent le cheval vers la droite et vice versa. Les Tarlares, bien qu'ils conduisent aussi leur chevaux avec les pieds, ignorent cependant ce procédé d'attacher les rênes aux étriers ; la cavalerie lé« gère entre successivement dans le combat de la manière suivante : d'abord les arquebusiers, puis les lanciers, puis les frondeurs^ qui sont irès-estimés, et dont une partie se porte en avant, et l'autre revient tour à tour, comme les fils d'un métier de tisserand ; puis marche une troupe de réservé armée de piques; enfin, c'est l'épée à la main que tous ensemble tentent le dernier effort.

Aprôsla gaerre^ on célèbre des triqmpbes à la manièredes Romaips, maisplqs magnifique^ encore. Tandis qu'on rend à Dieu des actions de grâces, le général de Texpédition se prér sente au milieu du iemple, et le poèfe historien qui, selpa Tnsage, a assisté à la guerre, raconte tout ce qui 8*y est passé, pnsuile le Métaphysieien couronne de laurier le gé* néral, et Ton accorde des présents et d^ récotnpeipies aui^ soldats les pins w^leur^u^, et on les ei^f^pte pour plusieurs jours de tout travail. Uais ils ^nt ii^seosibles à cette dernière faveur, et, ne pouvant rester pisifs, ih vont aider Içur^ amis. Les soldats, aq copfraire, qui opf été vaincu^ par leur ffiute, oii qui ^*pnt pas gfirdé leurs avantage^, sont puj))i(|ueaipnt )))âipés. Celui qpi le prcfpier a (jonpé Te^epiple de la fuit^ne peutécti^pper ^ l^ iporl. ^ paoin^ qi|0 toute |*armée ne defpapd^? ^^ gfâpe et qpe çh?cun cons^pte i prepdrç pour ])|i-p)0yi]ie une partie ^e la peipi^ encpqrpe pj|r (e coqpable. liais rareJTieot pp Ipi piopirp une telle indulgence, si c^ p'e^jt lorsque de forces raisops Tautorisept. Le soldqt qpi n*a pas ^coqru son compagnon d*armes est frappé de verbes. Celui qui a moptré de Tinsubordination est je^é dans une fosse pour ^re dévoré par les b$tes. On ne lui donne ppuf toute arme dé|epsive qu'un bâton, et s'jl pçu( triompher des lipns et des oprs, c^o^e presque impossible, on lui fait grâce.

Les villes soumises , ou qui se donnent d'elles-mêmes sont constituées en communauté et reçoivent une garnison et de$ magistrats solariens. Peu à peu elles s'habituent à la manière de vivre et aux mœurs de la cité du Soleil. Elles y envoient leurs enfants, qu'on y élève sans rétribution.

Je n« saDiais te parler en détail des explorations, des vedettes, des usages et d^s rites pratiqués au-dedans et audehors de la Cité. Tu te les imagineras facilement. On assigne à chacun remploi qu'il doit occuper, d'après son caractère et la constellation sous laquelle il a été engendré. C*eet pourquoi tous font bien ce dont ils sont chargés et le font avec plaisir, puisque leurs travaux coïncident avec leurs dispositmns naturelles.

Des sentinelles placées sur les murs de la septième enceinte sur les tours et sur les retranchements, gardent nuit et jour les quatre portes de la ville. Cette garde est confiée aux femmes pendant le jour, et aux hommes pendant la nuit Ce service exerce leur activité et rend toute surprise impossible. Chaque sentinelle reste en faction pendant trois heures, ainsi que cela se pratique chez nous. C*est au coucher du soleil qu'on vient organiser les postes, aux sons d'une symphonie à laquelle se mêlent les tambours. Les Solariens cultivent le plaisir de la chasse, comme étant une image de la guerre. A certains jours de fête ils livrent des combats simulés à pied et à cheval sur les esplanades, pendant le^qtiels la musique joue pour les animer. Ils se plaisent à h pardonner les erreurs c|; les Qflens,es de leurs ennemis, et les secourent après la victoire. Si la république décide de raser une ville ou de punir de mort quelques uns de ses ennemis, on exécute ces arrêts le jour même de la victoire, pour n'avoir plus ensuite qu'à s'occuper du bonheur du euple soumis.

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