‹ Œuvres choisies de Campanella: précédées d'une noticeChapitre 67 sur 70 · SÎ · texte numérisé non relu

SÎ

Le problème de la métahysique est ainsi conça : rendre raison des choses comme elles existent et en tant qu'elles existent» Âiiome s certaines choses existent et nous appa- Niissent Elles sont vraies ou fausses; ce qu'il faut examiner d'après la règle de la réflexion : le même ne saurait être et ne pas être, et d'après les propriétés fondamentales de l'être et non-être. Ces propriétés, appelées pritnaUtés^ sont pour l'être : la possibilité ou virtualité {potentia)^ la connaissance ouïe savoir (sapientia)^ et la sympathie ou l'amour {amor). Ce qui ^eut être , est; ce qui est , doit être. Toute chose

doit sentir^ être sentie et connue ; autrement elle serait pour nous comme si elle n*était point Tout être tend à se conserver ; aucun ne veut sa propre destruction ; sans cette disposition , il n'aurait ni durée, ni énergie ni existence. Les primautés du non-être sont Timpossibilité ou la non-puisi^nce (impotentia), Fabsence de connaissance {insipieraia) et Tantipathie {odium metaphysicum). L'existence, la vérité, la bonté, dont la manifestation extérieure est la beauté, tels sont les objets destrois primalités de Têtre. Ces propositions conduisent ensilite Fauteur à Dieu, Têtre premier etlasupréme unité {Métaphys. VII^ 1 sq.), dont il détermine les propriétés et les facultés principales, appelant nécessité Faction de la puissance, destinée, Faction de la connaissance, harmonie. Faction de l'amour. C'est sur la théologie qu'il fonde sa théorie cosmologique , pneumatologique et psycholc^* que, dans laquelle il cherche à rendre raison de l'existence et de la fin de la création, surtout d'après les vues et les hypothèses d'autres philosophes néoplatoniciens et cabalistes, et d'après celles de Telesio. Il reconnaît l'unité de la vie dans la nature {mundum esse Dei vivàm statuam). Par l'union de l'être et de la nécessité, qui en est inséparable, avec le nonêtre et son caractère de contingence, il explique le mélange de nécessité et le hasard que présente le monde ; de là, il déduit sa tbéodicée. Il maintient l'existence d'un monde incorporel et d'esprits chargés de mouvoir les astres. L'âme est un esprit corporel qui se connaît soi-même comme étant une substance subtile, chaufle et lumineuse. De ses propriétés fondamentales et de ses constantes aspirations vers l'immortalité qu'il lui est impossible d'atteindre en cette vie, Gampanella tire, la démonstration de son immortalité. Dans sa morale»

Sun CAMPANELLA. 293

qu'il fonde sur sa doctrine ontologique, il met en avant plusieurs idées neuves. L'être infini est le bien suprême : toutes choses se rapportent donc à lui et tendent vers lui ; c'est la loi religieuse. La religion est le chemin qui conduit 4'âme, du monde des sens au monde invisible, et à la plus haute perfection : elle consiste dans l'obéissance à notre Créateur, dans la contemplation des choses divines et humaines^ et l'amoyr dé Dieu. Ici se placent des considérations très-remarquables sur la religion naturelle et artificielle, intérieure et extérieure, innée et acquise.

La philosophie de Gampanella a plus de mérite négatif que . de valeur positive. On reconnaît^ un zèle sincère et ardent pour la vraie connaissance de la raison^ dans les luttes qu'il soutint contre la philosophie aristotélique, l'athéisme ^ la . fausse politique ou le machiavélisme, et dans la manière dont il défend la liberté de penser et le droit qu'a la raison de se frayer des routes nouvelles ; mais ses principes en eux-mêmes, l'ensemble de son système, dans lequel il rattache d'un lien assez faible ses propres idées et. celles d'aulrui, des vérités et des conceptions fausses, attestent chez cç philosophe l'impuissance de résoudre d'une manière satisfaisante les grands problèmes de la science. Il a néanmoins la gloire d'avoir exprimé clairement le besoin de cette solution, dans l'intérêt de la connaissance rationnelle et théologique.

ilàh JUGEMSIITS K TÉMOIGNAGES

Ce qui frappe le plus ea GampaoeUa» c'est l'inébrimlable fermeté de sqd earactère. Dans les cachots des espagnols, dès que les plaies qu'avaieiit laissées sur son coips les instraneiits de torture se fermaient, il reprenait la plume et pourouivait ses travaux. Il a composé ainsi plusieurs ouvrages qu*il faisait passer à ses amis et qui ont été publiés. Le nombre de ses écrits est prodigieux. La théologie, la philosophie, la politique étaient ses sujets favoris (1). Il a écrit en italien des poésies philosophiques qui ont beaucoup de mérite. Son Traité de ses ûuvtagés et de ià manière tk iraùû&kr est Ibrt intérei^nt; Dans sa V^k du soleil, ou BépmMifie phitosophitjue \\ a sinnoncé le progrès itidéfini de l'htiknanitè. Du tond de ^on cachot, il âeva couràgeuseibent la vot)t ponr prendt^ la défense de Galilée. Malheureusement, Calttpatiella croyait à Tasirologie, et ses ouvrages sont entachés dés

erreurs du temps (2).

(1) CampabelU s*o€cupa aussi de médecine et de chimie : tl lenla d'extratiré le mercart des cadavres des hommes i|ui tvaiwit M trtitts fs» des fridiMiB mùtittrielUa (Osiii|Nm«lla, èé mrUpreprUà, tng. 27). Une ëHM» «ssez remarquable, c*estraaimMUéeooirs Machiavel, qui perce dans tcus les écrits de Campanella.

(2) Au reste, c'est comme astrologue qu*â sut se concilier l^inlérét d'Urbain VIII et ^û Carditiiit de HiéheUeâ mptUml tfto, tli. €att. paneUd; page 24 et 26.)

SUR GA^ANiaLA. 2^5

Cet homme dé fer mérite une place dans rbistoire, parmi les pbiloscqphes toujours peu nombreux jqui ae se sgot pas bornés à dire aux auures ce qu*il fallait faire. Campanella a chèrement payé le droit d*étre placé au premier rang de fieux qui iMt souJOTert pour Fiodépendance de l'Italie.

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f fiijMlder0NI«{w»f U Pmmfk k auééa^'kitUiême sièdU, par M. Cousiii, tome I, «^xième leçeo.

Beat htmutm m pfêseitCêM 1 îi fin d«i xvi» siècle, qui le reftouvéltetit (le Mnsuftfislttift) atec InfiniMébl de sagesse et é^ pt^MtHûi ^ qtii «otol de véritables réfmmateurs en phj- Itfeopfaie ; je f^ui parler de Tdesio et de Campanella.

fetesio et Campanella n'appartiennent pIUs ni à k secte averroîsle, ni "k la secte àlexandriste du péripatétisme. Ce sont dêjli des philosophes indéperldants, qui même ont combattu Vautorité d^Àristote; mais au fond ils se rattachent en^ core à leur Insu au péripatétisme, tant pa^ leurs principes que par leurs cô'nsiqiienoés : cal* ils sont sensualistes et em^ piriques.

Éernardino Telesio était né à Cosenza, dans l'état de Napies, en 1508. Il professa la philosophie naturelle à Naples, et mourut en 1588. Il renouvela, parmi les systèmes an* tiqyes, w sftKme qui jusqu'alors n'avait pas eui que je

596 JUGEMENTS ET TÊMOIGf^AGES

sache, d*organe moderne, savoir, la physique deDémocrite, que nous avons toujours vue dans Tantiquité s*al]ier au sensualisme. Son grand ouvrage est intitulé: De nctturâ,juxtà propria prindpia, La première partie parut à Rome, en 1565, in-(i°; l'ouvrage entier à Naples, en 1586. Je n'ai sous les yeux que l'édition de Rome. Sans doute, dans le système de Telesio, Parménide est mêlé à Démocrite, mais c'est Démocrite qui domine. Son principe général est qu'il faut partir des êtres réels, et non pas d'abstractions : Realia entia, non abstracta; il combat la scholastiqûe et rappelle son siècle au sentiment de la réalité, à l'étude de la nature. Il a fondé une académie libre qui, de son nom on de celui dé sa patrie, s'appelle Academia Telesiana ou Cosetuina. Dans les deux livres dont se compose l'édition de Rome, je . puis assurer que partout l'expérience, et l'expérience des sens, est sa règle unique. Sa préface, que je ne peux pas vous lire, est extrêmement remarquable ; il y déclare qu'il .ne répondra pas même aux objections qui seraient tirées de la logique des écoles^ mais qu'il répondra volontiers à toutes les observations qui seront empruntées à l'expérience sensible. C'est là le caractère de sa philosophie. Il ne faut pas s'arrêter h quelques pensées isolées plus ou moins idéalistes que les historiens de la philosophie ont tirées de son ouvrage. Il faut surtout s'attacher à l'esprit général de cet ouvrage, qui fait presque de Bernardino Telesio un précurseur de Bacon. Il fut aussi inquiété par l'autorité ecclésiastique, mais il prévint l'événement, quitta Naples et se réfugia dans sa patrie où, il mourut.

Après Telesio vient lin autre Napolitain, Thomas Campa-

sua GAMPANELLA. 297

nella, dominicain calabrois, né en 1568, qui étudia précisément dans la ville natale de Telesio, à Gosenza, et continua et étendit même^n entreprise. Telesio n*avait voulu réformer que la philosophie de la nature; Thomas Gampanella entreprit la réforme universelle de toutes les parties de la philosophie. Il parait même qu'il ne s'était point borné à une tentavive de réforme philosophique, et que ce moine énergique avait conçu un plan forminablé d'insusrectlon dans les couvents de la Galabre contre la domination espagnole ; du moins en fut-il accusé et jeté dans les fers, où il resta pendant vingt-sept ans. Il supporta cette captivité avec une fermeté d'âme admirable; si Ton en juge par les chants qu'il y composa (1). Après vingt-sept ans il fut délivré, quitta sa patrie et vint chercher un asile en France, sous la protection du cardinal de Richelieu, ennemi implacable de la puissance autrichienne et espagnole. Il vécut tranquillement à Paris, et y mourut en 1639. Sans doute, l'entreprise philosophique de Gampanelia était au-dessus de ses forces; il avait dans l'esprit plus d'ardeur que de solidité, plus d'étendue que de profondeur. Il recommanda l'expérience sans la pratiquer ; il annonçait le besoin d'une révolution, il ne la consomma pas; mais il ne faut pas moins tenir compte de ses nobles efforts à cet ingénieux et malheureux Dominicain (2).

(1) Scella d'alcune poeMe filosofiche, 1632. —Voyez YAdraslen d'Aleœd^f.

(2) De senmrerum et magid; Francf.,1620. Philosophia ratiofiaiis et recUiSf partes V; Paris, 1638. Univer salis philosophiœ sive metaphysicarum rerumjuxtà propria dogmata^ partes III; Paris, 1^38. Bealis philosophiœ epilogisticœ, parles IV; Francf., 1828, etc. Voiel quelques pensées de Gampanelia : t Sentirc est scire.» Contre

2M JUGEMENTS BT TtMOIOlfAGES

Extrait derarticle,parM Cousin, surVânlDit oublié dtDi ki Mnmf des deux mondes, du t*^ Décembre 1843.

CM sartotit en Italte qae h réfordie philUBotihiqiiè jeti un immenie éclat et se fit jour k tiii?en h pertécutioil et M tappitces. L'iuiie joue no itle e^wm médiDcre ftins Ui teolaBUqoe^ car saint Tliomas et Mint Botailtentarei nés en Italie, se sont formés et ont eàstigiié en France t leur école et leur gloire nons appartiennent» L*lulie pareil encore moins dans la philosophie moderne : cUe a produit aisnré^ ment plusieurs hommes de mérite» mais pas un génie du pre» mier ordre ; elle est, à proprement parler i le tbéfttre de la phiio^ Sophie de la renaissance» L'Italie était ft cette époffùt h pafi le plus afanoé dans toutes les choses de Tesprit» Par plus d'un motif» le besoin d'une 'philosophie notfvelle devait f naître, et c'est de là qu'il se répandit d'un bout de l'Europe k riutre« Les mathématiques» la physique» les sciences naturelles y prirent de bonne heut^ un grand essor. C'est dans les académies italiennes que Bacon vint apprendre les règles de la physique expérimentale» qu'il exprima plus tard dans

» la seholastique : « Cognitio dlTinorum non habelur per syllogis- » muin, qui est quasi sagilta quâ scopum altingimus à longo absque » gestu, nequemodô per auctoritatem^quod est tangere quasi per »»•

» Bum alieaam, se4 per tactum iutriosecum » Comme apologie de

sa eoDduite : • Non omnis nevitas in republicâ et Ecciesiâ phUosophis » suspecta, sed ea taolùm quse prtnaipia «terna deslruit. «^ Movelor » improbtts non est qui scienlias iterùm format et reformai beminoa 9 eulpA eollapsas. »

SUR eAMPANEUA. 2$9

an langage fnagnifiqne (4). Tout ce qui pense alors est pour nne réforme, et pour une réforme profende et radicale. On en dtf nit asses mal Tobjef. On la poursuit par les routes les plus opposées. Cehii-dia cherche dans rexpérience sensible exdusivement consultée, celui-là dans un mysticisme spéculatif et chimérique. A côté des TieillesunÎTersités 8'éiè?entde libres sociétés, dévouées k l'esprit nouireau : il pénètre jusque dam les cooveni», ces antiques asiles de la scolastique, et ses plus ardents apdtres lui Tiennent du sein des ordres reU«> gienx. Il n'y a pas une partie de Fltalie qui ne fournisse son contingent k cette noble milice ; mais c^est k Naples que se rencontrent les réformateurs les plus illustres, les plus bar-* dis, les plus malheureux.

Qui ne connatt les aventures et la triste destinée de Bruno et de GampaneUaT C'étaient deux hommes d*un esprit rigou* renx, 4'une âme intrépide, d^une fi?e et forte imagination. Bien supérieurs k La ftamée, il ne leur a manqué qq^un autre alède, des études plus régulières et la yraie méthode. Ce qui draiine en eut, c'est ^imagination ; leur raison n'était pas OBcere asses mAre pour la contenir, et ils se laissent empor* ter à des systèmes qulis n'avaient pas suffisamment étudiés, et qu'ils ne comprirent jamais bien.

Bruno s'éprix de Pythagore et de Platon, surtout du Py^ tiiagore et du Platon des Alexandrins. Tonché et comme enivré du sentiment de rfaarm<mie universelle, ii s'élance d'à-

(1) On raconte même que, s*étant présenté comme candidat à la cé^ lèbre Acadamie des Lineêi, il ne ûit pas admis. Froipvtto deUe Me^ mQri$fm§4âolê M lÀneei^ dà F. CaneûUieri ; Roma, 1^23, et Jowr^ ml deê Savants, février Mfô, p« lûO.

300 JUGEMENTS ET TÊMOIGHAGES

bord aux spéculations les plus sublimes où l'analyse ne Ta pas conduit, où l'analyse ne le soutient pas. Errant sur des précipices qu'il a mal sondés, sans s'en douter et faute de critique, il recule de, Platon aux Éléates, anticipe Spinoza et se perd dans l'abtme d'une unité absolue, destituée des caractères intellectuels et moraux de la divinité et inférieure à l'humanité elle-même. Spinoza est le géomètre du système, Bruno en est le poète (1). Rendons-lui du moins cette justice, qu'avant Galilée il renouvela l'astronomie de Copernic L'infortuné, entré de bonne heure dans un couvent de Saint- Dominique, s'était réveillé un jour avec un esprit opposé à celui de son ordre, et il avait fui. Il était venu s'asseoir, tantôt comme écolier, tantôt comme maître, aux écoles de Paris et de Wittemberg, semant sur sa route des écrits ingénieux et chimériques. Le désir de revoir l'Italie l'ayant ramené à Venise, il est livré à l'inquisition, conduit |à Rome, jugé, condanmé^ brûlé. Quel était le crime de Bruno? Aucune des pièces de cette sinistre affaire n'a été publiée; elles ont été détruites, ou elles reposent encore dans jes archives du saintoffice, ou dans un coin du Vatican, avec les actes du procès de Galilée. Bruno fut-il ^accusé d'avoir rompu les liens, qui l'attachaient à son ordre? Mais une telle faute ne semblait pas devoir attirer une telle peine, et c'eût été, d'ailleurs, aux Dominicains à le juger., Ou bien fut-il recherché, comme protestant, et pour avoir, dans un petit écrit, sous le nom de la Bestia triomfante, semblé attaquer la papauté elle-même ? ou

(1) M. Wagner a publié en 1830, à Leipzig, en deux volumes, les ceuvres de Bruno; U devait donner aussi une édilioQ de les écrits la* tins : il Ta commencée, mais non terminée.

SUR GAIIPANELLA. 301

bien encore fut-il accasé seulement de mauvaises opinions en général, d'impiété, d'athéisme, le mot de panthéisme n'ayant pas encore été inventé? Cette dernière conjecture est aujourd'hui démontrée. Il y avait alors à Rome un savant allemand, profondément dévoué au saint-siége, qui se ût une fête d'assister au procès et au supplice de Bruno, et qui raconte ce qu'il a vu à un de ses compatriotes luthériens, dans nne lettre latine plus tard ret;rouvée et publiée (1), et où l'on voit avec une admiration mêlée d'horreur comment sait mourir un philosophe. Cette lettre est peu connue, et, comme elle n'a jamais été traduite en français, nous en donnerons ici quelques fragments. Elle prouveque Giordano Bruno a été mis à mort, non comme protestaat, mais comme impie, non pour tel ou tel acte de sa vie, sa fuite de son couvent ou l'abjuration de la foi catholique, mais pour la doctrine philosophique qu'il répandait par ses ouvrages et par ses discours.

Gaspard Sghoppe a son ami Conrad Rittershausen (2).

»... Ce jour me rournit un nouveau motif de vous écrire : Giordano Bruno, pour cause d'hérésie, vieut d'êlre brûlé vif en public, dans le Cbamp-de- Flore, devant le théâtre de Pompée.., Si vous étiez

(1) Elle a paru pour la première fois dans les Acta Utteraria de Struve, ascic. v, p. 64.

(2) En latin, Scioppius mtersh^siu$. Ce Schoppe visita Campanella dans sa prison cl répandit, ainsi que Tobias Adamus, ses ouvrages d*abord en Allemagne, puis dans le reslc de l'Europe.

3M JUGEMENTS ET fÉMOIGMAGES

à Hmm m pê nonciR, la piastre dis lUU«&s v«us àinàmà ^ii*oii « i^rôM u« tolMrW9, et €«1» veus conArocrAU ^qn» douU daps ridép qqq vous vpus êtes foriQ^e dç »Qire cruaul^. Mai^^ U faut bUn qim Toi)^ le sachiez, mon cher Ritlershausen, nps Ilalien^ D*opt p^s apprU à distinguer entre les hérétiques de toutes les nuanceç; quiconque est hérétique, ils TappeUent luthérien, et je prie Dieu de les mainte* BIT eo çetiA «implittilé qu'ils ignereai toujours «n quoi use hérésie

dilK^edfii 9Ulf^ ,

... ^ ... . J'aurais p^u^être pru moi-qi^me, d*4pf^s le hFilit $4? oéralf que ce Bruno était brûlé ppur cause de Iqlhéranisnie, si je u*f^ ▼ais été présent à la séance de Tinquisition où sa sentence fut proeon* cée, «t si je n'avais ainsi appris de quelle hérésie il était coupable... (SuH un rfyAl de la via et 4es voyages de Srona et des doetfîBes qu'il 99sei^q9lt.)..» U ^erai^ ifopossibliî de faire i}iia rev|}a jcomt^^ 4f toutes les monslruositéi qu'il a av^jïcéfis, ^U dan^ ses livres, soif dans ses discours. Pour tout dire, en un mot^ il n'est pas une erreur des philosophes païens et de nos hérétiques anciens ou modernes qu'il ii*id( soatenua. .. A Venise, entia, il iofflbaenire les mains de Tinquisi* iioç: après y être 4$iaeuF< «sses lop^-temps, U fut envoyé à Rfime, interrogé à plusieurs reprises par le saint-oflice, et convaincu par U% premiers théologiens. On lui donna quarante jours pour réfléchir; il promit d'abjurer, puis il recommença à défendre ses folies, puis il demanda encore un autre délai de quarante jours; enfin, Une cherchait qii*A sa jouer du pap^etde l'inquisition. En conséquence, environ deux ans après son arrestation, le 9 février dernier, dans le palais du grand inquisiteur, en présence des très illustres cardinaux du saintofiBce (qui sont les premiers par l'âge, par la pratique des affaires et la oonnaissance du droit at de la théologie), en présence des théologiens eonsultants çt da magistrat séculier, le gonverneur de la ville, Bruno fut introduit dans la salle de l'inquisition, et là il entendit à genoux la lecture de la sentence prononcée contre lui. On y racontait sa vie, ses études, ses opinions; le zélé que les inquisiteurs avaient déployé pour le convertir, leurs avertissements fraternels, et l'impiété obstinée dont il avait lait preuve. Ensuite il fut dégradé, excommunié et livré an magistrat séculier, avec prière, toutefois, qu'on le punît avee clémence et sans effusion de sang. A tout cela Bruno ne répon-

9UR GAMPANSLLA. iH

dit que ees paroles de meRaoe t • La sentent qm WM porta ediii » trouble peut-être en ce moment plus que moi. » Les gardes du gouverneur le menèrent alors en prison: )à on s'efforça encore de lui hit âbjtirèf ses eireUrs. Ce fut en vain. Aujourd'hui Aoiié, on Va conduit au bÛchéf. Cbmrrie dh lui montrait l'imagé àû Sauveur crticifié, il ]'a repoussëe av^c dédàiii et d'Ud hir farotich«. Le tâàtbétitetit tA iDorlau& milieu des flammes^ et ja pense qtt'il sera allé raeont^r^ daht ces autres mondes qu'il avait imaginés (1), comment les Romains ont coutume de traiter les impics et les blasphémateurs. Voilà, mon cher ami, (te quelle iHatiièré oh procède chez nolis contre les hommes, ou t^lutdt contre les ttionsli^eâ de cette espèce. .

« Rome» 17 fôvrier 1600. n

Gampanella, dominicain comme Bruno et novateur comme lui, est un esprit d'une autre trempôé II a déjà plus de raison et de lumières. Tout aussi ardeùt que Bruno contre Aristote^ son [platonisme est plus réfléchi, et la réforme qu'il entrer prend est à la fois plus sobre et plus vaste. BUia mérite éki« core aujourd'hui d'être étudiée* Plein d'enthousiasme pou^ le bien, il combattit les doctrines morales et politiques de Machiavel $ du fond de sa prison» il défendit le système ê» Gopernic et fit une apologie de Galilée pendant le |»*ocès que faisait à celui-ci l'inquisition : victime hérdiquei écrivant eH faveur d'une autre victime dans l'intervalle de deux tortures! On a de lui un très-bon livre contre l'adiéisrae. Sa pensée est toujours chrétienne» et, loin d'attaquer l'Église» ilk gto^ rifie partout Mais il paraît qu'à force de lire Platoû et saint

(1) Atroce allusion aux mondes innombrables et à Tunivers infini de Bruno.

Thomas, il y puisa une telle hoitenr de la tyrannie et une telle passion pour un gouvernement fondé surTesprit et sur la Ycrtu, qu'il rêva de délivrer son pays du despotisme espagnol, et trama dans les couvents et dans les châteaux de la Calabre une conspiration de moines et de gentilshommes qui, n*ayant pas réussi, le plongea dans un abîme d'inforlunes. De profondes ténèbres convrent encore toute cette affaire. Le dernier historien de Gampanella, M. Baldacchini, de Naples (1), a en vain cherché dans toutes les archives le procès de son célèbre compatriote ; tout a disparu, et nous en sommes réduits au témoignage de ses ennemis. Tous du moins sont unanimes sur sa constance et son inébranlable courage. Une fois mis en prison pour crime politique, on y mêla d'autres accusations théologiques et philosophiques : il demeura vingtsept ans dans les fers. Un auteur contemporain et digne de foi (2) raconte que Gampanella soutint, pendant trente-cinq heures continues, une torture si cruelle « que, toutes les veines et artères qui sont autour du siège ayant été rompues, le sang qui coulait des blessures ne put être arrêté, et que pourtant il soutint cette torture avec tant de fermeté, que pas une fois il ne laissa échapper un mot indigne d*un philosophe. « Gampanella lui-même fait le récit de ses souffrances dans la préface de l'Athéisme vaincu (3)

(1) Vita e Filosofia ai Tomfnaso Campanella, da Michèle Baldacchini, 2 vol. in-8o; Napolî, 1840 et 1843.

(2) J.-N. Erylhraeus ( Kossi}, dans sa Pinacotheca imaginum tZlustrium, 1643-1648.

(3) Non imprimée dans TédUion que Gampanella a donnée de cet ouvrage ; retrouvée comme la lettre de Schoppe, et publiée aussi par Struve, Acta litteraria, fascic. ii.

ToDtefois, en protestant contre les chefis de Taccusation qui lai est intentée, Gampanella convient qu*il a pu faillir: « Je ne prétends pas, dit- il, que je sois irréprochable... Tout ce que je soutiens, c'est qu*il n'y a pas de quoi me punir ainsi. »

Yanini est bien au-dessous de Bruno et de Gampanella. Il n'a le sérieux de l'un ni de Tauirc, ni la vaste imagination du premier, ni l'enthousiasme énergique du second.

Dans les Fragments histnriques de Racine, tome IV, page 419 de la belle édition des Œuvres complètes de Racine, publiées par M. Aimé-Martin, on trouve le passage suivant:

PREDICTIONS DE CAMPANELLA

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