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Nous avons cru devoir réunir quelques jugements et témoignages sur Campanelia, tirés de divers écrivains, dont chacun représente l'opinion philosophique de son pays. On verra comparaître ici, en quelque sorte, lltalie, l'Espagne, l'Allemagne et la France, dans les différentes appréciations qui suivent.
Extrait de V Histoire de la littérature italienne^ par Tiraboschl. Livre II, tome V, page 120.
« Quelques ouvrages de Gampanella dénotent une grande science, une vaste érudition et un excellent jugement. Dans son opuscule, sur la Bonne manière d'étudier, qui fait
suite au traité qu*il écrivait sur ses propres ouvrages, il juge un grand nombre de philosophes, de poètes, d'orateurs, d'bbtorîeosn d^ ^biologians et de matbématicieQs, de ma • nière à prouver qu'il les avait lus avec fruit et discernement. Les règles c|u'j1 établit dans le même livre pour étudier avec succès la philosophie et pénétrer dans la connaissance delà nature sont las plus 98g«9quc l'on puisse prescrire. Il montra plus tard de quelles heureuses dispositions la nature l'avait doué, dans l'apologie qu'il publia de Galilée et de son système. Gampanella fait encore preuve de capacité dans plusieurs autres genres, particulièrement dans ses Apkorismes politiques, et dans son livre sur la monarchie Es^ pagnole^ où l'on trouve de judicieuses réflexions. Mais tontes ces qualités sont obscurcies par des défauts bien pl08 grands, et IV)a s'étonne de voir un homme « énidit et si îDgémeBx H Iwev aller d de telles erreurs. Comme C^rdap^ i) s'abandoum 9UX SQper$titioo« le$ plus puériles; il s'iougioa qu'un démon familier était sans ceisse auprès de lui, lui parlant et lui prédisant ses malheurs futurs. Il lui eût pourtant été facile de comprendre que ce prétendu génie tutélatre le servait assez mal, puisqu'il n'avait pas eu raT«*lîr éû sa longue prison et des supplices qui l'attendaient : il aurait dû faire la même réflexion sur Tastrologie judiciaire dont il était follemem épris. La philosophie de Campanella est un amstis de rêves enveloppés dans les termes les plus obscurs» La lecture de ces rêies jette l'esprit dans un labyrinte inextricable, et Ton n'en tire d'autres fruits que de se fatiguer inutilement dans des sentiers embarrassés. Il suit d'ordinaire les opinions de Télésio, dont pourtant il s'éloigne parfois, mais pohr tomber dans d'autres erreurs plus graves encore : en somme, oii peut
dire de lui ce qu*on a dit de Cardan, qull eût pu faire beaucoup de bien aut sciences, s'il eôt mis un frein à 3oû imagiDation et â son intelligence, et sH\ eût ûbsenré le^ règles excellentes qn*\\ prescrit lui-mêtne Aot antres p6\st la recherche de la vérité.
Extrait de Touvrage sur V Histoire de la philosophie, pardonTho mas Lapèiia. Tome lii, pag 121.
Gampanelfâ cîoyait être né pour changer h IMe d» tu f^i^ losophie. Son génie intrépide et indépendant fefiiBait d« s^dssujétir i rautorîté d'Aristote et de ton» se» commenta^ teurs. Il se proposa de donner le ton ir son siècle, et il y serait parvenu peut-être, si le talent et Timaginaticn^ eussent pu Y suffire. On ne peut nier cependant qo'il décourr^ assez bien les défauts de la philosophie scolastique, ni même qu'il entrevît tes moyens d'y remédier. Mais, fante d'un jugement assez solide, il était incapable d'exécuter ce grand dessein ; ses œuvres sont pleines d'en'eurs et de futilités, mais on y rencontre d'excellents morceaux. On peitt lui appliquer ce qu'Horace disait d'Ennius : e II roule au mi^ lien de ta bouc de l'or qu'on votidfait Itti t>i'eildre { » oa
dit qu^il prétendait connaître la pensée d'une personne en se plaçant dans la même situation qu'elle, et en disposant les membres à peu près de la même manière.
(Extrait du Manuel de VHUtoire de la PhilàiopMe, de Tenne^ numn, trad, de jlf. Omtin^ seconde édit., 1839, tome H, p. 63 et sui?.)
Une entreprise analogue à celle de Bacon, pour fonder la philosophie sur la nature et Texpérience, fut conçue par l'un de ses contemporains, Thomas Gampanella, né en 1568, en Calabre. Né avec les dispositions les plus heureuses, et élevé avec soin, il entra dans Tordre des Dominicains, et fit ses cours de philosophie, en qualité de novice, dans le monastère de Cosehza : à cette époque, il fut induit, tant par ses propres réflexions que par les objections de Télésio, à se défler de la philosophie d'Âristote, et s'affranchissant de tout attachement servile à cette doctrine, il chercha à satisfaire SCS doutes en recourant aux systèmes de l'antiquité. Il reconnut comme sources uniques de toute connaissance la révélation et la nature. La première est le fondement de la théologie, la seconde de la philosophie; ces sciences ne sont outre chose que l'histoire de Dieu et celle de l'humanité. Le
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scepticisme, chez Gampanella, ne fat qu'une situation d'es<prit passagère et de courte durée ; il se hâta de la remplacer par un échafaudage dogmatique, construit avec trop de précipitation et sans avoir songé à s*y préparer par une propé* deutique approfondie. Il avait embrassé trop d*études diverses, et aspirait à devenir à la fois le réformateur d'un trop grand nombre de sciences, pour qu'il lui fût possible de pénétrer bien avant dans chacune, et d'en traiter d'une manière rigoureuse. Son projet de réaliser une réforme complète en philosophie fut, d'ailleurs, troublé par les malheurs de sa vie. Accusé d'un crime d'État par ses ennemis, il passa vingt-sept années dans une prison rigoureuse; acquitté et remis en liberté, en 1626 , le besoin d'un asile plus sûr le força de passer en France, où il mourut en 1639, à Paris.
Campanella était un esprit éclairé et philosophique ; il joi-> gnait à des connaissances très-étendues un véritable amour de la vérité , dont il faisait la condition première de toute philosophie. Gomme Bacon, il proposa iine nouvelle manière de classer les sciences. Il avait , tant sur la philosophie que sur beaucoup d'autres études, d'excellentes vues; mais la vivacité de son esprit l'empêchait d'approfondir avec patience, et de terminer ce qu'il commençait. Ses principaux efforts portèrent sur la métaphysique, considérée comme fournissant des principes pour la théologie, les sciences naturelles et la morale. Il ne voit qu'une logique et un voca-
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bulaire dans la pr^tradoe métaphysique d*Âristote. La yéri** taUe iDétaphy$iq»e «st, selon l»i, une science rigonreiise et nécessaire ; les sens ne ibnt connaître que les objets isolés, tels qu'ils nous apparaifssent , maïs non leur réalité et leurs rapports généraux. La logique n*est pc^nt une scienee qui s^occupe du réel et du nécessaire, de Dieu ou de hr création ; c'est un art qui a pour objet la langue pbik)9<^bjqae (Pkibs, rat.^ p. 11, Diat., p. 2). La âiculté de sentir est, selon lut, notre unique faculté de connaftre (sentvre est sctré)^ et 8 y ranaène toutes les autres facultés de Tesprit ; sentir, c'est percevoir une moâification dont nous sommes affectés; la réflexion, la mémoire, Fimagination ne sont autre chose que la sensibilité âiversement déterminée ; la pensée est Fensemble, la réunion des connaissances données par la sensation, et cette réunion doit elle-même être sentie de la même manière.
Avant tout, ce qui occupe le plusCampanelIa, c'est de rechercher la possibilité d'un dogmatisme philosophique è op« poser au doute des sceptiques, et il donne là-dessus un travail assez complet dans sa métaphysique (livre I). Tantôt fl nie les motifs du doute établis par les sceptiques, tantôt H les restreint ou il repousse les conséquences qu'on en a tfaréee. En général, il en appelle à notre désir de connaître, véritdbie besoin qu'éprouve la raison d'arriver à la vérité des choses telles qu'elles sont en eUes-raémes. On ne saurait, sans ad«
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OMltre fiertaias priscipes de coonaissaiioet oombattre b yé* rite de la eonnaûsanoei et le scepUcîsuie |ul-B|êaie est forcé de se Mumettre k ces pi^iacipes» Il existe des principes ineofltesteblesi et qdi r^osentsur le témoîgaage du sens cemmttiib Par le eenseoaunun, nous eft^ttdo&s : l"" que ùCm eomiâesi que taons petivons^ que nous savons et que mwi voulons; 2" <)ae. notre pouTOÎr^ noire savoir et notre v^olé eotft bbrnées ; d"" qu'en même temps que nous pouvonSi savons et vovloilft, noilre pouvoir» notr(3 savoir , notre voloaié Ont dés objets autres qne nous. Gampanella s*en tint à ces principes » sans entrer pins avant dans la difficulté* paroexiu'il considère le monde oolnnle une révâation en acte, donnée per la puissance divine {opèrandô)^ révélation qui , avec celle de la pah)le sacrée « est le seul motil légitime de tonte iènne oonvictien pwir notre esprit