‹ Œuvres choisies de Ch. PerraultChapitre 2 sur 97 · LIVRE PREMIER · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER

«Ib sois né à Paris , le i a janvier i6a8; je fiis nommé Charles, par mon frère le receveurs-général des finances, «pii me tint sur les fonts avec Françoise Pépin, ma cousine. Ma mère se donna la peine de m'apprendre à lire : après quoi on m'envoya au collège de Beauvais , à l'âge de huit ans et demi. J y ai fait toutes mes études , ainsi que tous mé^ frères. Mon père prenait la peine de me faire répéter mes leçohs , les soirs , après soupe , et m'obligeait de lui dire , en latin , la substance de ces leçons. Cette méthode est très-bonne pour faire entrer les étndians dans l'esprit des auteurs qu'ils apprennent par cœur. J'ai toujours été des premiers dans mes classes , hors dans les plus basses , parce que je fus mis en siiième que je ne savais pas encore

vii) MÉMOIRES/

bien lire. J'aimais mieux faire des vers que de la prose ; et les faisais quelquefois si bons , que mes rëgens me demandaient souvent qui me les avait faits. J'ai remarqué que ceux de mes compagnons qui eu faisaient bien ont continué d'en faire : tant* il est vrai que ce talent est naturel , et se déclare dès Tenfance.

Je réussis particulièrement en philosopliie : il nie sufSsait souvent d'avoir attention à ce que le régent dictait , pour le savoir , et pour n'avoir pas besoin de Tétudier ensuite. Je prenais tant de plaisir à disputer en classe , que j'aimais autant les jours où l'on y allait que les jours de congé. La facilité que j'avais pour la dispute , me faisait parler à mon régent avec une liberté extraordinaire y et qu'aucun autre des écoliers n'osait prendre. Comme j'étais le plus jeune , et un des. plus forts de la classe , il avait grande envie que je soutinsse une tbèse , à la fin des deux années ; mais moip père et ma mère ne le trouvèrent pas k propos , à cause de la dépense où engage cette cérémonie. Le régent eu eut tant de chagrin , qu'il me fit taire lorsque je voulus disputer contre ceux qui devaient soutenir des thèses» J'eus la hardiesse de lui dire que mes argnmens étaient meilleurs que ceux des Hibemois qu'il faisait venir, parce qu'ils étaient neuOs , et que les leurs étaient vieux et tout usés. J'ajoutai que je ne lui ferais point d'excuses de parler ainsi ^ parce que je ne savais que ce qu'il m'avait montré. Il m'ordonna une seconde fuis de me taire , sur quoi je lui dis , en me levant y q^e puisqu'il ne me faisait plus dire ma leçon ( car , en ce tems-là y les philosophes disaient leur leçon tous les jours , comme les autres écoliers 9 et c'est un grand abus de les en avoir dispensés ) , qu'on ne disputait plus contre moi^ et qu'il m'était défendu de disputer contre les autres , je n'avais plus que faire de

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