‹ Œuvres choisies de Ch. PerraultChapitre 46 sur 97 · LIVRE IV. XCV · texte numérisé non relu

LIVRE IV. XCV

fleur, mais même d'y toucher; Ils s y promÀDcnt tous comme des persomies raisonnables : les jardiniers peuvent, monsieur, vous en rendre témoignage; ce sera une affliction publique de ne pouvoir plus venir ici se promener , surtout à présent que Ton n'entre plus au Luxembourg ni à l'hôtel de Guise. — Ce ne sont que des fainéans qui viennent ici,, n^e dit-il. — Il y vient, lui répondis-je , des personnes qui relèvent de maladie, pour y prendre Tair; on y vient parler d'affaires , de mariages et de toutes choses qui se traitent plus convenablement dans un jardin que dans une église , où il faudra à l'avenir se donner rendez-vous. Je sois persuadé, continuai-je , que les jardins des rois ne sont si grands et si spacieux , qu'afin que tous leurs enfans puissent s'y promener. » Il sourit à ce discours, et dans ce même tems la plupart des jardiniers des Tuileries s'étani présentés devant lui , il leur demanda si le peuple ne faisait pas bien du dégât dans leur jardin, k Point du tout , monseigneur , répondirent-ils presque tous en même tems, ils se contentent de s'y promener et de regarder. — Ces Messieurs y repris -je, y trouvent même leur compte, car Therbe ne croît pas si aisément dans les allées. » M. Gi^lbert lit le tour du jardin , donna ses ordres , et ne parla point d'en fermer l'entrée k qui que ce fût. J'eus bien de la joie d'avoir en quelque sorte empêché qu'on n'otât cette promenade au public. Si une fois M. Colbert eût fait fermer les Tuileries , je ne sais pas .quand on les aurait rouvertes. Cette dureté aurait été louée de toute la cour, <iai ne manque jamais d'applaudir au ministre , particulièrement quand il paraît y avoir du zèle pour le plaisir du prince,

Environ vers ce tcms là, Lulli se fit donner le droit de composer seul ^des opéra et d'en recevoir le profit, qui

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était considérable. Ce spectacle avait commencé par un petit opéra dont Messieurs. , « . faisaient les premiers personnages. 11 fut chanté d'abord au village d'Issi, dans la maison d^un orfèvre , où il réussit beaucoup. On m^ mena à la première représentation, qpi fut applaudie. L'abbé Perrin avait composé les paroles , et Cambert la musique. Le succès de cette pastorale en musique leur fit entreprendre d'autres opéra qui furent représentés en public avec applaudissement, et avec bien du profit pour le poète , le musicien, et pour tous les acteurs. LuUi, qui s'était moqué jusque-là de cette musique , voyant le gain qu'elle produisait , demanda au roi le privilège de faire seul des opéra et d en avoir le profit. Perrin et Cambert s*y opposèrent , aussi bien que M. Colbert , qui ne trouvait pa^ qu'il y eût de justice à déposséder les inventeurs ou du moins les restaurateurs de ce divertissement. Lulli demanda cette grâce au roi avec tant de force et d'importunité , que le roi , craignant que de dépit il ne quittât tout , dît à M. Colbert qu'il ne pouvait pas se passer de cet homme dans # ses divertissemcns , et qu'il fallait lui accorder ce qu il 4cniandait : ce qui fut fait dès le lendemain. Deux ou trois jours après , j'entendis dire à ce ministre que le» courtisans trouvaient à redire à ce qu'on faisait pour Lulli, parce que cet homme allait gagner des sommes immenses; qu'il aurait mieux valu la laisser partager entre plusieurs musiciens ; que ce gain les aurait engagés par émulation à se surpasser les uns les autres, et à porter notre musique à sa dernière perfection. « Je voudrais , disait M. Colbert, que Lulli gagnât un million à faire des opéra , afin que l'exemple d'un homme qui aurait fait une telle fortune à composer de la musique , engageât tous les autres musiciens à faire tous leurs cfiforls pour parvenir au même

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