‹ Œuvres choisies de Ch. PerraultChapitre 48 sur 97 · LIVRE IV. XCIX · texte numérisé non relu

LIVRE IV. XCIX

juste pour ne pas les payer ce qu'ils valent : » et c'est ce qui arriva. Us furent payés à Fordinaire, et Ton n'eut point d'égard aux marchés faits avec les autres ouvriers.

' Ce changement me rendit le travail si onéreux , ^t M. Colhert devint si difficile et si chagrin , qu'il n'y avait plus moyen d'y suffire ni d'y résister. Dans ce même tems il voulut que M. de Blainville , son fils , que l'on appelait alors M. Dormoy , travaillât sous lui dans les bâtîmens , et fit presque tout mon etnploi. Je pris le parti de le lui abandonner tout entier.

Je mis tous les papiers des bâtimens en bon or^re ; je les lui rendis avec un inventaire très-exact , et me retirai sans éclat et sans bruit. Après la mort de M. Colhert , on me remboursa ma charge ,' qui était d'environ vingt-cinq mille écus , avec vingt-deux mille livres ; et MM. Le Brun * et Le NAtre eurent chacun vingt mille livres de gratification pour leurs bons et agréables services , provenant du prix de ma charge , qui fut vendue soixante-six mille livres, ou environ.

Me voyant libre , je songeai qu'ayant travaillé avec une application continuelle pendant près de vingt années , et ayant cinquante anis passés , je pouvais me reposer avec bienséance , et me retrancher à prendre soin de l'éducation de mes enfans.

Dans ce dessein , j'allai me loger en ma maison du faul>oarg Saint-Jacques ^ qui , étant proche des collèges , me donnait une grande facilité d'y envoyer mes enfans , ayant tOQJours estimé qu'il valait mieux que des enfans vinssent coucher à la maison de leur père / quand cela se peut faire commodément, que de les mettre pensionnaires dans un collège , où les mœurs ne sont pas en si grande sAretc. Je

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leur donnai un précepteur ; et moi-même j'avais aoin de veiller sur leurs études.

M. de Louvois ayant été iait surintendant des bâtîmens^ après M. Colbert, nous allâmes, M. Charpentier, 91 • Tabbé Tallemant, M« Quinault et moi, à Fontainebleau, pour demander à M ^ de Louvois s'il souhaitait que nous continuassions les exercices de la petite académie des inscrip* lions et des médailles, que nous tenions chez M, Colbert, Mous fîmes un mémoire, et ce fut moi qui le dressai,^ comme tenant la plume de cette académie. Ce ménjioire marquait à quelle intention M. Colbert l'avait établie , qui était d^avoir auprèa de lui des gens de lettres, pour prendre leur avis en lûen des occasions où il est nécessaire d'avoir une connaissance de la manière dont eu ont usé les anciens, et pour fai^'e des descriptions des monumens, et autres choses remarquables que Ton ferait, et qui mérite^ raient de passer dans les pays étrangers et d'être laissés à la postérité. Ce mémoire fut donné à M% de Louvois, qui le donna à lire à M« le chancelier son père. Ce mémoire fit un effet assez étrange : M. le chancelier le Tellier s'était toujours moqué de cette petite académie ; elle était le sujet ordinaire de ses plaisanferiçs, et il disait qu'il ne trouvait pas d'argent plus mal placé que celui que M. Colbert donnait à des faiseurs de rébus et de chansonnettes. Cependant^ quand il eut lu ce mémoire , il changea de ton , et dit à M« de Louvois son fils , en le lui rendant : « Voilà un établissement qu'il faut conserver avec grand soin ; car rien ne peut faire plus d'honneur au roi et au n^aume ^ à si peu de frais. » L'après-dînée de ce même jour, M. Charpentier , M« Quinault et M» l'abbé Tallemant se présentèrent à M. de Louvois. Je ne crus pas qu'il fût à propos que je m*y trouvasse , dans la crainte que M., de Louvois ae m^

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dh quelque ckose qui me déplût, et que, dans la chaleur « je ne lui fisse quelque réponse dont j'aurais été fâché dans la suite. M. de Louvois leur dit ces paroles : « Vous arcs jusqu'ici , messieurs , fait des menreilles ; mais il faut, s'il se peut, faire encore mieux à l'avenir : le roi vous va don* Qer la matière , où il ne tiendra qu'à vous de iaire des choses admirables. Combien étes-vous? — Nous sommes quatre, monseigneur, répondit M. Charpentier. — Qui sont-ils? loi dit M, de Louvois. — Il y a, reprit M, Charpentier, M. Perrault...... — M. Perrault , dit M. de Louvois, vous

TOUS moquez , il n'en était point : il avait assez d'affaires dans les bâtimens^ et les autres, qui sont-ils? -— Il y a , dit M, Charpentier , M. l'abbé Tallemant , M. Quiiiault et moi. ^- Mais ne vous voilà que trois , où e&t le quatrième? — JTai eu Thonneur de vous dire, reprit M. Charpentier, qu'il y avait M. Perrault. — EU je vous dis , reprit M. de Louvois avec un ton de voix élevé , et qui marquait qu'il ne voulait pas être davantage contredit, qu'il n'en était pas. >» M, Charpentier se tut ; et M. de Louvois poursuivit : K Qui était donc ce quatrième? » Alors l'un des trois, dit : « H. Felibien venait quelquefois dans l'assemblée, lire des descriptions qu'il faisait de divers endroits des bâtimensdu roi. •** Voilà enfin ce quatrième que je cherchais , dit M. de Louvois : or ça, allez-vous-en , messieurs , et travaillez de toutes vos forces. »

Voilà conmie je fus exclus de la petite académie , où jaurais été assez aise d'être continué ; mais il fallut encore aoufirir cette mortification.

Pour me donner quelqu'occupation dans ma retraite , je composai le poëme de Saint-Paulîn, qui eut assez de succès^ «wlgré les critiques de quelques personnes d'esprit.

Je composai ensuite le petit poëme du Siècle de Louà^

cij MEMOIRES,

le- Grand, qui reçut beaucoup de louanges dans la lecture qui s'en fit a rAcadëmie Française , le jour qu'elle s'asr sembla pour témoigner la joie qu'elle ressentait de la coa^ valescence de Sa Majesté , après la grande opération qui lui fut faite. . Ces louanges irritèrent tellement M. Desrr préaux , qu'après avoir gcoudé long-tems tout bas , il se leva dans l'Académie, et dit que c'était une honte qu^on fft une telle lecture , qui blâmait les plus grands hommes de l'antiquité. M. Huet , alors évéque de Soissons , lui dit de se taire, et que s'il était question de prendre le parti des anciens, cela lui. conviendrait mieux qu à lui, parce qu'il les connaissait beaucoup mieux ; mais qu'ils n'étaient là que pour écouter. Depuis cette .aventure , le chagrin tle M. Despréaux lui fit faire plusieurs épigrammes , qui n'alr laient qu'à m'ofien&ervmais nullement à ruiner mou sentiment touchant les anciens* M. Racine me. fit compUment sur cet ouvrage , qu'il loua beaucoup , dans la supposition que ce n'était qu'un pur jeu d'esprit qui ne contenait point mes véritables sentimens , et que , dans la vérité , je pensais tout le contraire de ce que j'avais avancé dans mon poë'me. Je fus fâché, qu'on ne cràt pas , ou du moins qu'on fit semblant de ne pas croire que j'eusse parlé sérieusemeat ; de sorte que je pris la résolution de dire en prose ce que j'avais dit en vers , et de le dire d'une manière à ne pas faire douter de mon vrai sentiment ià-dessus. Yoilà qu'elle a été la cause et Torigine de mes quatre tomes de Parallèles .', .

' Ici finissent les Me'moircs de Charles Perrault. 5op livre da Parallèle des Anciens et des Modernes parut en 4 vol. in-ia , à Paris , de i6S8 à 1696. Outre cet ouvrage fameux , 41 a laisse les Murs de T/oie, ou V Origine du Burlesque f composé en société avec ses frères^ comme on Ta vu^ imprimé en i653 j les Eloges des Hommes Jllus-

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