LE MAITRE CHAT
marquis de Carabas. — Gomment, monsieur le marquis 9 s'écria le roi , ce château est encore à vous ? il ne se peut rien de plus beau que cette cour et que tous ces batimens qui Fenvironnent ; voyons les dedans , s'il vous plaît. »
Le marquis donna la main à la jeune princesse; el) suivant le roi qui montait le premier, ils entrèrent dans une grande salle , où ils trouvèrent une magnifique collation , que Fogre avait fait préparer pour ses amis , qui le devaient venir voir ce même jour-là 9 mais qui n avaient pas osé entrer , sachant que le roi y était. Le roi , charmé des bonnes qualités de M. le marquis de Càrabas , de même que sa fille , qui en était folle , et voyant les grands biens qu'il possédait , lui dit , après avoir bu cinq ou six coups : « Il ne tiendra qu'à vous, monsieur le marquis, • que vous ne soyez mon gendre. » Le marquis , faisant de grandes révérences, accepta l'honneur que lui faisait le roi ; et, dès le même jour, il épousa la princesse. Le Chat devint grand seigneur, et ne courut plus après les souris que pour se divertir.
MORALITÉS
Quelque grand que soit Favantage De jouir d'un ricke këritage Venant à nous de père en fils y Aux jeunes gens , pour rordinaire , L'industrie et le savoir-faire Valent mieux que des biens acquis*
ou LE k:hat botté. 6^
Si le Hls d*un meunier , avec tant de vitesse,
Gagne le cœur d^one princesse , Et s*en fait regarder avec des yeux monrans , Cest <|ue fkabity U mine et la jeunesse.
Pour inspirer de la tendtesse , Ne sont pas des moyens toujours indifTérens.
REMARQUES
Ce conte remonte aussi au tems où les bétes parlaient; car le mattre du Chat Botté n^est pas du tout surpris de Tentendre commencer sa petite harangue.
On a dit que le Chat était un adroit courtisan ; et il est certain qu'il se montre habile politique dans tout ce qu'il fait. On a prétendu encore que le marquis de Carabas était la critique d'un seigneur de la cour de Louis XIV; et, s'il faut en croire quelques doctes , l'usurpation du château et des biens de l'ogre ne serait qu'hne aliusioii k l'itidélicatessede d'Âubigné , qui s'em^para^esbiem d'un protestant, banni par suite des persécutions religieuses de la fin du dixseptième siècle. Alors le Chat serait madame de Maintenon.
Quoi qu'il en soit, le nom du marquis de Carabas a inspire beaucoup de quolibets. C'est, comme on sait, le héros à une chanson célèbre de M. Bét^éngér. Parmi les pièces que le mahre Chat a inspirées , le Marquis de Carabas , ou le ChatBoUé, féerie en deux actes, de MM, Brazier et Siinoimifli , |*eprésentée à la Gaité , en 1811 , n'est que le conte , ingénieusement mis en action d'un bout à l'autre. Le Chat mange l'ogre , travesti en souris , etc. Ce rôle du Chat était rempli par une petite fille. On a joué aussi un Chai Botté au Vaudeville , et plus récemment au petit théâtre de M. Comte.
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