‹ Œuvres choisies de Ch. PerraultChapitre 67 sur 97 · LE PETIT POUCET · texte numérisé non relu

LE PETIT POUCET

Il était une fois un bûcheron et une bûcheronne qui avaient sept enfans, tous garçons; Faîne n^avait que dix ans, et le plus jeune n'en avait que sept. On s'étonnera que le bûcheron ait eu tant d'enfans en si peu de tems *, mais c'est que sa femme allait vite egk besogne , et n'en faisait pas moins de deux à la fois.

Ils étaient fort pauvres , et leurs sept enfans les incommodaient beaucoup , parce qu'aucun d'eux ne pouvait encore gagner sa vie. Ce qui les chagrinait encore, c'est que le plus jeune était fort délicat et ne disait mot ; prenant pour bêtise ce qui était une marque de la bonté de son esprit. Il était fort petit, et quand il vint au monde , il n'était guëres plus grand que le pouce , ce qui fit qu'on l'appela le petit Poucet.

Ce pauvre enfant était le souffre-douleurs de la maison, et on lui donnait toujours tort. Cependant il était le plus fin et le plus avisé de tous ses frères , et s'il parlait peu , il écoutait beaucoup.

Il vint une année très-fiàcheuse , et la famine fut si grande , que ces pauvres gens résolurent de se défaire de leurs enfiins. Un soir que ces enfans étaient

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couchés , et que le bûcheron était auprès du feu avec sa femme , il lui dit , le cœur serré de douleur : « Tu vois bien que nous ne pouvons plus nourrir nos enfans ^ je ne saums 4es voir mourir de iaim devant mes yeux , et je suis résolu de les mener perdre demain au bois , ce qui sera bien aisé : car tan4is qu il s'amuseront à &goter, nous n'avons qu'à nous enfuir sans qu'ils nous voient. — . Ah ! s'écria la bûcheronne, pourrais-tu bien toi-même mener perdre tes en&ns ? » Son mari avait beaii lui repié'senter leur grande pauvreté ; elle ne pouvait^ consentir : elle était pauvre , mais elle était leur mère.

Cependant , ayant considéré quelle douleur oe lui serait de les voir mourir de &im , elle y consentit, et alla se coucher en pleurant.

Le petit Poucet ouït tout ce qu'ils dirent, car ayant entendu de dans son lit qu'ils parlaient d'affidres , il s'était levé doucement et s'était glissé sous l'escabelle de son père , pour les écouter sans être vu. U alla se recoucher et ne dormit point du reste de la nuit, songeant à ce qu'il avait à faire. Il se leva de bon matin , .et alla au bord d'un ruisseau , où il remplit ses poches de petits cailloux blancs , et ^isuite revint à la maison. On partit, et le petit Poucet ne découvrit rien de tout ce qu'il savait à ses frères.

Ils allèrent dans une foret fort épaisse , où , à dix pas de distance , on ne se voyait pas l'un l'autre. Le bûcheron se mit à couper du bois , . et ses enbnh

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