‹ Œuvres choisies de DancourtChapitre 105 sur 172 · SCÈNE XIII. iSj · texte numérisé non relu

SCÈNE XIII. iSj

ANGÉLIQUE

Il faiulroil être bien lin, à moins quf; de se faii-e entendre avec des mines

MADAME VA LENT IN

Vous entendrz les mines, mademoiselle ma filK-?

ANGÉLIQU E.

C'est vous qui m'avez montré à les entendre, ma mère.

MADAME VALENT IN

Je VOUS ai montré cela, moi?

ANGÉLIQUE

Oui, vraiment : ne faites-vous pas presque toujours la grimace à mou père?

MADAME V A L E N T I N

El» bien?

ANGÉLIQUE

llli bien! ma mère, cela veut dire que vous êtes fùciice, n'est-ce pas? et par conséquent, un visage gracieux doit signiiler que l'on est contente.

MADAME P I N U I N

Il n'y a rien de plus naturel.

MADA.ME VALENT IN

Elle ne manque pas d'esprit, au moins,

MADAME PIN u IN.

Si jamais elle est sensible à 1 amour, elle en aura bien plus encore.

ANGÉLIQUE

Je n'eu aurai jamais davanla.fje, madame, je vous assure. ^

Théâtre. Com.-dio'.. 3. 1 4

l.^3 LES CUFill^UX DE COMPIÈGNE.

MADAME P I N U I N

Quoi! si vous aviez un aRiant , inceriaîn (3c sa tlestinécj que quelquo personne s'intéressât ;i s'en éclaircir, vous trouveriez moyen de lui faii'e savoir

ANGÉLIQUE.'

Oui, madame, jel instruiroisdemcs sentiments, et en présence de ma mère ratme.

MADAME VALENTIN

En ma présence?

MADAME riNUIN.

Je le voudrois, pour la rareté du fait; cela seroit trop plaisant.

M AU A ME VAî,E>'TIN,

Je ne lui conseiilcrois pas de s'y hasarder.

A5GÉMQUE.

Quoi! vous trouveriez mauvais, ma mère, que j'avouasse naturellcmcuit que je ne suis point insensible à une passion respectueuse?

MADAME VALE:!îTIÎf.

Personne n'a de passion pour vous, mademniselle; voilà des discours inutiles.

ANGÉLIQUE

Si quelqu'un en avoit, ma mèi'c, des dessein.^ lioniiètes et des vues raisonnables lui feroienî aisi"menl trouver le chemin démon cœur. (A ntnâanie Plnuln. ) Mais sans l'aveu de ma famille ^ madame, il ne dtvroit jamais rien r/rétendre.

SGÈ^iE XI lî. iSg

aiAiJ,V?.lE PINUIN.

Que cela est soumis! que cela est respectueux. î Vous devez être bien contente de cette belle eufaiit-là, madame?

MADAME VA LE NT IN

Voilà ce que lait la bonne éducation, cela ae fera jamais que ce que je voudrai.

MADAME PIN U IN

Je sufs si charmée, que je voudrois faire durer la conversation jusqu'à demain. Quoil sans l'aveu de vos parents, on n'auroit donc rien à espérer, mademoiselle?

ANGÉLIQUE

Non, madame, je vous assure.

Vous n'êtes pas charmée d'entendre cela, madame? (A Angérujue.) Et si vous aviez des parents bizarres qui s'opposassent à votre bonheur, qui voulussent forcer votre inclination?

ANGÉLIQ UE.

Je n'aî rien à craindre de ce côté-là, madame.

MADAME p IN UIN.

Il n'y a pas d'apparence, vous avez rrJsoii; mais il ;^rrive des choses si peu prévues , quelquefois. Supposons que cela fût. (A madame Valentin. Avec tout son esprit, je vais l'embarrasser, je gage.) Quelqu'un qui vous aimeroit tendrement et qui eutveprendtoit tout pour vous posséder, vous défendrita-vous de pardonner à ce quelqu'un-là?

i6o LES CURIEUX DE COMPIËGP^E.

ANGÉLIOLE.

Eh! madame, l'amoiu ne doit-il pas pardonnes tout ce que l'amour fait entreprendre?

MADAME PINUIN.

La pauvre enfant! voilà une jolie maxime, n'estce pas, madame?

MADAME VALENT IN

ISon, vraiment, elle n'est point jolie, el; je la liouve fort impertinente, au contraire.

MADAME PINUIN.

Impertinente, madame! un pauvre amant seroit ravi de savoir qu'on pense cela.

ANGÉLIQUE

Ah! je voudrois de tout mon coeur Cjue vous en connussiez quelqu'un, madame, je vous permettrois tout de ce pas de lui aller dire.

MADAME PINUIN.

oh! je n y manquerois pas, je vous en réponds. Votre très humble servante, madame Valentin j adieu, maderpoiselle.

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